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ASEAN – ÉNERGIE : Le pétrole du Moyen-Orient, talon d’Achille de l’Asie du Sud-Est

Date de publication : 07/10/2026
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Raffinerie Singapour

 

 

La crise au Moyen-Orient met en lumière une fragilité majeure de l’Asie du Sud-Est : sa dépendance au pétrole importé. Réunis à Manille, les ministres de l’Énergie de l’ASEAN cherchent à mieux protéger une région dont les besoins ne cessent d’augmenter. Une question devient pressante : comment éviter que chaque crise pétrolière venue de loin ne se répercute sur les économies de la région ?

 

Des embouteillages de Bangkok aux jeepneys de Manille, une même vulnérabilité se cache derrière le prix affiché à la pompe. L’Asie du Sud-Est reste très dépendante du pétrole venu du Moyen-Orient.

 

Avant la crise actuelle, environ 60 % du pétrole brut importé par la région provenait du Moyen-Orient, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). La prolongation du conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, les menaces sur les infrastructures et les perturbations des routes maritimes rappellent donc brutalement à l’ASEAN combien son dynamisme économique reste tributaire d’une énergie importée de loin.

 

C’est dans ce contexte que les ministres de l’Énergie de l’ASEAN se retrouvent cette semaine à Manille. La sécurité des approvisionnements, autrefois sujet essentiellement technique, devient une question économique et stratégique de premier plan.

 

Du Moyen-Orient aux pompes asiatiques

 

La géographie explique une partie de cette vulnérabilité. Le brut venu du Golfe doit parcourir l’océan Indien avant de rejoindre les raffineries asiatiques, souvent par des passages maritimes stratégiques. Une perturbation durable des approvisionnements ou du trafic maritime peut donc rapidement se traduire par une hausse des coûts dans toute la région.

 

Les conséquences dépassent largement les stations-service. Un pétrole plus cher renchérit le transport des marchandises, les déplacements, certaines productions industrielles et, à terme, le coût de la vie.

 

Aux Philippines, les médias locaux rapportent ainsi le cas de chauffeurs de jeepneys dont les dépenses quotidiennes de carburant ont fortement augmenté. Le gouvernement philippin maintient d’ailleurs le pays en situation d’urgence énergétique et étudie avec ses voisins la possibilité de renforcer les stocks régionaux.

 

La Thaïlande n’échappe pas à cette équation. Une augmentation durable des cours mondiaux du pétrole se répercute sur les coûts de transport et de production, avec, à terme, des effets possibles sur les prix à la consommation.

 

Mais tous les pays ne paient pas la même facture

 

Cette dépendance commune ne signifie cependant pas que la flambée du pétrole frappe tous les pays de l’ASEAN avec la même intensité. Comme Gavroche l’avait souligné dans une précédente analyse, les mécanismes nationaux de fixation des prix jouent un rôle déterminant dans la transmission du choc pétrolier aux consommateurs.

 

En Malaisie et en Indonésie, les prix des carburants restent fortement encadrés et les pouvoirs publics peuvent absorber une partie du choc grâce aux subventions. Aux Philippines, où les prix sont davantage soumis au marché, la hausse se transmet beaucoup plus rapidement à la pompe. La Thaïlande occupe une position intermédiaire, avec des mécanismes permettant d’amortir temporairement certaines augmentations.

 

Cette protection ne fait toutefois pas disparaître la facture : elle la déplace. Lorsque les gouvernements empêchent les prix à la pompe d’augmenter au même rythme que le cours du brut, une partie du coût est supportée par les finances publiques ou par les fonds chargés de stabiliser les prix des carburants. En Thaïlande, ce mécanisme représente déjà une charge importante pour le fonds pétrolier national.

 

La crise révèle donc une double réalité : la vulnérabilité énergétique est régionale, mais ses conséquences immédiates dépendent largement des politiques menées par chaque gouvernement.

 

Une dépendance qui pourrait coûter de plus en plus cher

 

Le problème risque de s’accentuer avec la croissance économique de l’Asie du Sud-Est. L’AIE estime que la région pourrait représenter près de 20 % de l’augmentation de la demande mondiale d’énergie d’ici 2035. Sans changement structurel, sa facture nette d’importations énergétiques pourrait passer de plus de 80 milliards de dollars en 2024 à environ 245 milliards en 2035.

 

Autrement dit, plus l’ASEAN se développe, plus sa dépendance aux importations risque de l’exposer aux soubresauts des marchés mondiaux si elle ne modifie pas son modèle énergétique. La crise actuelle donne donc une nouvelle urgence à des projets discutés depuis plusieurs années.

 

14 200 milliards de dollars pour changer de modèle

 

À l’ouverture de la réunion de Manille mardi 7 octobre, le secrétaire général de l’ASEAN, Kao Kim Hourn, a rappelé que les crises géopolitiques pouvaient rapidement affecter les marchés de l’énergie, les chaînes d’approvisionnement et la vie quotidienne des populations. L’organisation s’est fixé plusieurs objectifs pour 2030 : réduire de 40 % l’intensité énergétique de ses économies et porter les renouvelables à 30 % de l’approvisionnement énergétique primaire et à 45 % des capacités électriques installées.

 

L’ampleur des investissements donne la mesure du chantier. Selon l’ASEAN Centre for Energy, cité par Kao Kim Hourn, la transformation du système énergétique régional nécessiterait environ 14 200 milliards de dollars d’investissements cumulés d’ici 2060, soit quelque 400 milliards de dollars par an.

 

Il ne s’agit pas uniquement d’installer davantage de panneaux solaires ou d’éoliennes. L’ASEAN veut développer l’électrification, améliorer l’efficacité énergétique et surtout mieux connecter les réseaux de ses dix États membres.

 

Produire et partager davantage d’électricité

 

L’un des projets emblématiques est l’ASEAN Power Grid. L’idée est simple : développer les interconnexions afin qu’un pays produisant un excédent d’électricité puisse plus facilement l’exporter vers un voisin qui en a besoin. La région travaille également sur le Trans-ASEAN Gas Pipeline, destiné à renforcer les échanges de gaz, tandis que l’ASEAN Framework Agreement on Petroleum Security (APSA) doit permettre aux États membres de coordonner davantage leurs réponses en cas de rupture d’approvisionnement.

 

Ces mécanismes ne régleront toutefois pas la crise actuelle. Les capacités de stockage demeurent insuffisantes dans plusieurs pays et constituer des réserves stratégiques demande du temps et des investissements importants. L’objectif à long terme est donc différent : réduire la dépendance plutôt que simplement apprendre à mieux gérer les pénuries.

 

L’AIE estime d’ailleurs que les investissements déjà réalisés dans les renouvelables, l’électrification et l’efficacité énergétique ont permis à l’Asie du Sud-Est d’éviter des milliards de dollars d’importations supplémentaires de combustibles fossiles.

 

La crise du Moyen-Orient pose finalement à l’ASEAN une question simple : comment continuer à faire croître des économies toujours plus gourmandes en énergie sans rester à la merci de chaque crise pétrolière survenant à plusieurs milliers de kilomètres ? À Manille, l’ASEAN tente désormais de faire de cette vulnérabilité un accélérateur de sa transition énergétique.

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AFI Thaïlande

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