
À des milliers de kilomètres de Paris, les difficultés budgétaires françaises s’imposent dans les discussions économiques internationales. Réuni à Bangkok pour les assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a lancé un avertissement aux responsables politiques français. Un message qui a rapidement provoqué de nouvelles tensions à Paris.
La crise politique française s’exporte jusqu’en Thaïlande. Mercredi 14 octobre, depuis Bangkok, le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a appelé les parlementaires et le gouvernement français à prendre leurs responsabilités pour permettre l’adoption du budget 2027.
Interrogé en marge des assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, le responsable monétaire a rappelé que la Constitution française prévoit plusieurs mécanismes permettant d’adopter un budget même en l’absence de majorité parlementaire.
Une référence notamment à l’article 49.3, qui permet au gouvernement de faire adopter un texte sans vote, sauf si une motion de censure est adoptée, ainsi qu’aux ordonnances prévues, sous certaines conditions, par l’article 47 de la Constitution.
Pour Emmanuel Moulin, le problème relève avant tout de la responsabilité des élus et de l’exécutif. Ni la Banque de France ni la Banque centrale européenne (BCE) ne peuvent résoudre une impasse parlementaire.
La crédibilité financière française en question
Ces déclarations interviennent alors que la France tente de convaincre les investisseurs internationaux de sa capacité à reprendre le contrôle de ses finances publiques. Le projet de budget 2027 vise à ramener le déficit public à 5 % du produit intérieur brut. Mais son adoption demeure incertaine dans une Assemblée nationale dépourvue de majorité stable, à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027.
À Bangkok, le gouverneur de la Banque de France a voulu rappeler que la France avait déjà réussi, par le passé, à réduire significativement ses déficits. Il a notamment évoqué les efforts réalisés avant l’entrée dans l’euro et entre 2011 et 2019. Il a cependant souligné la nécessité de poursuivre les réformes structurelles afin de soutenir la croissance et de rétablir durablement les finances publiques.
Le message dépasse la seule politique intérieure française. Les difficultés budgétaires du pays préoccupent également les investisseurs internationaux, notamment asiatiques, qui détiennent une partie de la dette souveraine européenne. Une perte de confiance peut entraîner une augmentation des taux d’intérêt exigés pour prêter à l’État français, renchérissant ainsi le financement de sa dette.
Le FMI prévient : la confiance ne reviendra pas immédiatement
La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a elle aussi évoqué la situation française mercredi 14 octobre à Bangkok. Selon elle, l’adoption d’un budget orienté vers la réduction du déficit et de la dette constituerait une étape nécessaire. Mais elle ne suffirait pas à restaurer immédiatement la confiance des citoyens et des investisseurs.
L’avertissement intervient dans un contexte international marqué par la remontée des coûts d’emprunt et les tensions énergétiques liées au conflit au Moyen-Orient. Pour les économies fortement endettées, dont la France, cette situation réduit les marges de manœuvre budgétaires. Une part croissante des ressources publiques risque d’être consacrée au paiement des intérêts, au détriment d’autres dépenses.
Le FMI rappelle ainsi que les gouvernements ne peuvent compter uniquement sur une reprise de la croissance pour résoudre leurs difficultés financières.
Des déclarations qui provoquent une polémique à Paris
Les propos tenus depuis Bangkok ont rapidement suscité une réaction politique en France. Jeudi 15 octobre, le Rassemblement national a demandé la démission d’Emmanuel Moulin, qu’il accuse de manquer à son obligation de neutralité en intervenant dans le débat sur l’adoption du budget. Le député Jean-Philippe Tanguy a notamment estimé que les responsables des grandes institutions publiques devaient préserver leur indépendance vis-à-vis des choix politiques.
La polémique souligne la position délicate du gouverneur de la Banque de France. Son institution doit rester indépendante du pouvoir politique, tout en alertant publiquement sur les risques économiques et financiers auxquels le pays est confronté. Emmanuel Moulin, nommé à la tête de la Banque de France en juin 2026, avait déjà défendu la nécessité d’adopter un budget avant la fin de l’année lors d’une intervention sur France Inter, le 7 octobre.
Bangkok, nouvelle étape de la diplomatie économique française
Ces déclarations prennent un relief particulier alors que Roland Lescure, ministre français de l’Économie et des Finances, est à Bangkok du 15 au 17 octobre. Selon le programme officiel publié par Bercy, il doit participer aux réunions du FMI et de la Banque mondiale et rencontrer plusieurs de ses homologues.
Il doit également coprésider avec Emmanuel Moulin une réunion des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales du G7, organisée dans la capitale thaïlandaise. Cette séquence internationale intervient à un moment où Paris doit rassurer ses partenaires sur sa capacité à surmonter ses blocages politiques et à stabiliser ses finances.
En accueillant les assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, Bangkok devient ainsi, pour quelques jours, une tribune internationale où les difficultés françaises s’invitent dans les débats. Pour Paris, l’enjeu dépasse désormais les querelles parlementaires : l’incertitude budgétaire risque aussi d’inquiéter les investisseurs et de renchérir le coût de la dette française.
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