
Après avoir raconté ses démarches pour trouver une assurance santé à 72 ans, Jean-Luc Kapetanovic poursuit son enquête. Dans ce troisième et dernier volet, il examine les offres disponibles en Thaïlande, compare leur coût à celui de la protection sociale française et révèle les limites parfois méconnues des contrats.
Une chronique de Jean-Luc Kapetanovic — Troisième et dernier volet de notre série « S’assurer à 72 ans en Thaïlande ».
Le deuxième article s’arrêtait sur une acceptation : deux personnes de 72 et 73 ans, neuf antécédents à elles deux, assurées moyennant 15 % et 30 % de surprime, sans qu’aucune pathologie soit écartée.
Reste ce que ce résultat ne dit pas. Comment fonctionne l’autre marché, celui d’ici. Ce que tout cela coûte selon ce qu’on gagne. Et ce qu’aucun contrat ne couvre.
L’autre marché ne refuse pas de la même façon
Le comparatif que le courtier de Hua Hin m’avait envoyé le 16 juin s’intitule « comparison of all options eligible for your age ». Quatre formules chiffrées, pour 72 et 73 ans. L’âge n’était donc pas le problème — c’est l’inverse du marché français, où les deux premières portes se sont fermées sur une date de naissance.
| Formule | Plafond | Prime annuelle, deux personnes |
|---|---|---|
| Pacific Cross Maxima | 5 millions de bahts par séjour (132 000 €) | 319 110 THB (8 400 €) |
| Pacific Cross Maxima Plus | 10 millions (263 000 €) | 356 688 THB (9 390 €) |
| Pacific Cross Ultima | 20 millions (526 000 €) | 407 442 THB (10 720 €) |
| AXA International Exclusive Silver | 58 millions par an (1 526 000 €) | 701 859 THB (18 470 €) |
La première revient à peu près au prix du montage français avec la CFE. Et sur une hospitalisation lourde elle est meilleure : pas de plafond à 6 000 euros sur les honoraires, l’oncologie et les soins intensifs en frais réels, l’évacuation d’urgence comprise. Cinq millions de bahts par séjour, sans découpage par poste.
Ce qui bloque est ailleurs, et c’est écrit dans leurs règles de souscription. Les exclusions ne dépendent pas du dossier médical. Elles dépendent de la tranche d’âge à l’entrée. À partir de 70 ans, examen médical complet obligatoire, et :
| Poste | Traitement à partir de 70 ans |
|---|---|
| Yeux | Exclus, sauf accident |
| Articulations et dos | Non couverts 3 ans, puis réexamen avec 30 % à la charge de l’assuré |
| Prostate | Exclue |
| Lésions cutanées | Non couvertes pendant 3 ans |
| Dentaire et optique | Aucune couverture |
À 75 ans et au-delà, ces mêmes postes deviennent des exclusions permanentes.
Le glaucome de mon épouse et ses deux prothèses auraient donc été écartés d’office, du seul fait de son âge, avant qu’un médecin ouvre son dossier. L’assureur français l’a acceptée avec 30 % de surprime et n’a rien exclu.
J’ai posé cinq questions au courtier fin août, en lui disant que je n’achetais pas et que c’était pour écrire. Il a répondu le lendemain. Le contrat court jusqu’à 99 ans. Le renouvellement se fait sans nouvelle exclusion, quel que soit le montant des sinistres. Et les exclusions par tranche d’âge s’appliquent « only at entry age, then benefits remain the same, no matter what age ».
C’est le point important, et il vaut pour les deux marchés. Le contrat ne se vide pas en vieillissant : il est figé à l’entrée. Quelqu’un qui souscrit à 65 ans garde ses yeux et son dos couverts jusqu’à 99 ans. Quelqu’un qui souscrit à 70 les perd pour toujours.
Deux réserves. Les primes ne sont publiées que jusqu’à 75 ans : on s’engage jusqu’à 99 sur un tarif que personne ne montre au-delà. Et après les trois ans d’attente sur les articulations, la couverture n’est pas automatique — « in case of any new joint problems they will consider an exclusion ». Ces trois ans ne sont pas une carence, c’est une période d’observation.
Les limites d’entrée, enfin, ne sont pas les mêmes des deux côtés. Le contrat français s’arrête à 75 ans. Le courtier écrit qu’on peut encore déposer une demande jusqu’à 74 ans chez Pacific Cross, et jusqu’à 80 ans chez AXA International Exclusive, en précisant que l’AXA est difficile à obtenir. La porte thaïe reste donc ouverte plus longtemps. Elle donne sur un contrat qui a déjà retiré les yeux, le dos et la prostate.
Ce que ça coûte, selon ce qu’on gagne
Voici le calcul que je ne m’attendais pas à faire, et dont le résultat m’a surpris.
En France, la protection santé se paie en pourcentage du revenu. Sur une pension, la CSG, la CRDS et la CASA font 9,1 % au taux plein, 7,4 % au taux médian, 4,3 % au taux réduit, et rien du tout pour les retraites les plus modestes, qui en sont exonérées. Pour un couple, le taux normal s’applique au-delà de 40 604 euros de revenu fiscal de référence, le taux médian entre 26 168 et 40 604, l’exonération sous 20 016 euros.
En Thaïlande, elle se paie au forfait. La CFE coûte 1 968 euros par an pour une personne seule, 3 576 pour un couple. La complémentaire à notre âge, surprimes comprises, ajoute 4 128 euros pour deux. Le même montant qu’on ait 20 000 ou 90 000 euros de pension.
L’expatriation supprime la CSG, à condition d’avoir transféré son domicile fiscal, ce qui n’a rien d’automatique. En face il faut payer le forfait. Les deux se croisent autour de 45 000 euros de pensions brutes du foyer si on se contente de la CFE, autour de 89 000 euros si on ajoute la complémentaire à 72 ans. Le premier seuil n’est pas un hasard : c’est à peu près là qu’un couple passe du taux médian au taux normal.
D’où ceci. Plus la retraite est petite, plus l’expatriation coûte cher en protection sociale. Celui qui ne payait pas de CSG en France n’économise rien en partant et paie le forfait en entier. Celui qui versait 9,1 % sur 80 000 euros récupère de quoi le financer.
C’est l’inverse de ce qu’on raconte, où la Thaïlande serait la solution des petites retraites. Vrai pour le loyer et la nourriture. Faux pour la couverture santé.
Il faut nuancer, parce que la CFE a prévu le cas : en dessous de 24 030 euros de ressources, une catégorie aidée ramène la cotisation à 912 euros par an, sur demande auprès du consulat. Ça ne change pas le sens du calcul, ça le rend moins brutal. Et l’aide ne porte que sur l’assurance de base : un retraité modeste qui veut une couverture réelle paie 912 euros plus 1 950 environ, pour ce qu’il avait gratuitement.
Une précision, pour éviter le contresens. Ce calcul compare des couvertures, pas des niveaux de vie. Quelqu’un qui perd 7 000 euros de protection sociale peut très bien vivre mieux à Hua Hin qu’à Nice. Ce sont deux questions différentes.
Ce qu’aucun contrat ne couvre
Reste le point que je n’ai vu venir qu’à la fin, en relisant la notice d’assistance.
Le rapatriement sanitaire est la garantie que tout le monde croit avoir. Le contrat santé l’exclut explicitement de sa garantie transport. Il figure dans un contrat d’assistance séparé, vendu en option, et il ne se déclenche pas parce qu’on le demande : « la décision de rapatriement est prise par notre médecin conseil », et uniquement pour des soins « non réalisables sur place ». Refuser la solution proposée par leur équipe médicale annule la garantie d’assistance.
On est donc rapatrié si leur médecin juge que la Thaïlande ne peut pas vous soigner. La perte d’autonomie n’ouvre aucun droit au rapatriement — on peut être soigné ici quand on devient dépendant, c’est cher, ce n’est pas indisponible, donc le critère n’est pas rempli. S’y ajoutent l’exclusion des maisons de repos et de convalescence, y compris à la suite d’une hospitalisation, et celle de l’hospitalisation à domicile.
Le rapatriement du corps, lui, est couvert aux frais réels.
Ce qui reste
Le courtier de Hua Hin a ajouté quelque chose, après trois ans de dossiers. L’âge et la résidence en Thaïlande sont des conditions d’entrée ; au-delà, tout dépend du dossier médical, et le résultat est imprévisible. « Il y a eu des cas que je croyais impossibles et qui ont été acceptés, et d’autres dont j’étais certain qui ont échoué sur toute la ligne. » Sa conclusion : il faut toujours déposer et voir ce que répond le médecin-conseil. Vingt minutes, sauf si un examen médical est demandé.
Notre dossier le montre à l’envers. Sur sept démarches, deux seulement ont donné lieu à un examen. L’une a refusé mon épouse sans dire pourquoi, l’autre nous a acceptés tous les deux. On ne peut pas savoir à l’avance, et c’est une raison de demander plutôt que de renoncer.
Donc oui, on peut encore s’assurer à 72 ans en Thaïlande. Il faut savoir que la dérogation existe et la demander, accepter une surprime, et lire la notice plutôt que le devis.
Et ne pas attendre. Ce qui est exclu à l’entrée l’est pour la durée du contrat. L’écart entre souscrire à 64 ans et souscrire à 71 ne se mesure pas en cotisation, il se mesure en organes retirés du contrat.
Ce que ces trois articles ne traitent pas, c’est ce qui se passe ensuite : quand l’autonomie s’en va. J’ai commencé à regarder, et le tableau est différent de celui qu’on décrit dans les groupes d’expatriés. Les maisons de retraite existent à Hua Hin, certaines licenciées par le ministère de la Santé publique, et l’aide à domicile individuelle s’y achète à des tarifs qui n’ont rien de prohibitif.
Sources
Underwriting Guidelines et brochures Pacific Cross ; comparatif établi par AA Insurance Brokers le 16 juin 2026 et réponses du courtier des 24, 25 et 30 août 2026. Contrat d’assistance rapatriement VYV International Assistance, article 3. Barème des cotisations individuelles de la Caisse des Français de l’Étranger, avril 2026. Taux et seuils de CSG, CRDS et CASA : service-public.gouv.fr, fiche F2971. Les montants en bahts sont convertis à 38 bahts pour un euro.
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