Accueil Économie Thaïlande Thaïlande : les exportations s’envolent, le déficit commercial aussi

Thaïlande : les exportations s’envolent, le déficit commercial aussi

Date de publication : 26/10/2026
WhatsAppFacebookLINEX

laem chabang port

En septembre, les exportations thaïlandaises ont bondi de 24 % grâce à l’essor mondial de l’intelligence artificielle. Mais les importations ont grimpé deux fois plus vite. Pourquoi le royaume creuse-t-il son déficit en vendant plus ?

L’économie thaïlandaise affiche des performances commerciales spectaculaires. Portées par la course mondiale à l’intelligence artificielle, les exportations progressent à un rythme rarement observé. Mais derrière cette embellie se cache une réalité moins réjouissante : le royaume achète à l’étranger nettement plus qu’il ne vend.

Les chiffres de septembre 2026, publiés le 26 octobre par le Bureau de la politique commerciale et stratégique (TPSO) du ministère du Commerce, illustrent ce paradoxe. Les exportations ont progressé de 24 % sur un an, à 38,4 milliards de dollars : c’est le 27e mois consécutif de hausse. Dans le même temps, les importations ont bondi de 50,4 %, à 44,3 milliards de dollars, un record pour un mois de septembre. En août, elles n’augmentaient encore que de 25,1 %.

Résultat : le déficit commercial a atteint 5,86 milliards de dollars en un seul mois, soit environ 210 milliards de bahts. Sur les neuf premiers mois de l’année, le déficit cumulé s’élève à 43,7 milliards de dollars, plus de 1 500 milliards de bahts. Une situation qui interroge sur la solidité d’un modèle économique traditionnellement tourné vers les exportations.

L’intelligence artificielle, nouveau moteur des exportations

La Thaïlande profite pleinement de l’essor mondial de l’IA. Les investissements massifs dans les centres de données et les infrastructures numériques stimulent la demande de composants électroniques fabriqués dans le royaume. Les exportations industrielles ont ainsi progressé de 25,4 % en septembre.

Certains produits connaissent une véritable explosion : les ventes de matériel de télécommunication ont plus que doublé (+117,5 %) et celles d’ordinateurs et de composants ont progressé de 59,4 %. Les circuits imprimés et les équipements électriques suivent la même tendance.

Les États-Unis jouent un rôle majeur dans cette dynamique : ils absorbent plus du quart des exportations thaïlandaises, et les ventes vers le marché américain ont augmenté de 50,1 % sur un an. Les exportations vers l’Union européenne, la Chine, Singapour et le Japon progressent aussi fortement, portées par les chaînes d’approvisionnement de l’électronique. À l’inverse, les ventes vers l’Asie du Sud et le Moyen-Orient restent faibles.

Une croissance en « K »

Tous les secteurs ne profitent pas de cet essor. L’automobile, longtemps l’un des piliers de l’économie nationale, voit ses exportations reculer de 0,9 %. L’agroalimentaire progresse à peine : +2,5 % au total, avec d’un côté les produits bruts en hausse (fruits surgelés, caoutchouc, crevettes, volaille), de l’autre les produits transformés en baisse, plombés par l’huile alimentaire (−31,1 %) et le sucre (−16,7 %).

Les économistes de KKP Research, le pôle de recherche de la banque Kiatnakin Phatra, parlent d’une divergence « en K » : d’un côté, les secteurs liés à l’IA s’envolent ; de l’autre, le reste de l’économie exportatrice stagne.

Une facture énergétique et industrielle qui s’alourdit

Comment un pays qui exporte autant peut-il accumuler un tel déficit ?

La première explication tient à l’énergie. La hausse des prix du pétrole raffiné et du gaz naturel renchérit les importations d’un pays fortement dépendant de ses approvisionnements extérieurs.

La seconde est liée aux investissements. Pour répondre à la demande mondiale, les entreprises installées en Thaïlande importent massivement des machines, des ordinateurs et des composants. Les achats de biens d’équipement à l’étranger ont ainsi bondi de 92,3 % en septembre. Les importations de matières premières, de biens de consommation et de véhicules progressent elles aussi nettement.

Autrement dit, une partie du succès des exportations thaïlandaises repose elle-même sur des importations massives. Une mécanique qui soutient l’activité industrielle, mais qui pèse lourdement sur la balance commerciale.

Le risque d’une dépendance à l’IA

Cette situation devrait durer. Dans sa note, KKP Research prévoit que la balance commerciale restera dégradée au dernier trimestre 2026 et au premier semestre 2027, tant que les prix de l’énergie ne baisseront pas.

Un autre risque se profile : un ralentissement des investissements mondiaux dans l’intelligence artificielle. Si les géants de la technologie réduisaient leurs dépenses, les exportations électroniques thaïlandaises perdraient vite de leur dynamisme, et la faiblesse des autres secteurs apparaîtrait au grand jour. Moins de commandes liées à l’IA réduirait certes aussi les importations correspondantes, mais cet ajustement serait inégal si la facture énergétique et les investissements déjà engagés restent élevés.

La Thaïlande se retrouve ainsi face à un défi : profiter de la révolution technologique mondiale sans devenir dépendante d’un seul moteur de croissance.

Car derrière ces chiffres records, une question demeure : combien de cette nouvelle richesse profite réellement à l’économie thaïlandaise ? Lorsque des composants importés sont assemblés sur place avant d’être réexportés, la valeur qui reste dans le pays est souvent bien plus faible que ne le laissent penser les montants affichés.

Partager cet article :WhatsAppFacebookLINEXLinkedInE-mail

Vous avez aimé cet article ?

Recevez gratuitement nos lettres d’information :

Gratuit. Désinscription en un clic à tout moment.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

AFI Thaïlande

Les plus lus