
Gavroche aime l’histoire. Près de 66 ans après, la France s’apprête à accueillir sur son sol le roi et la reine de Thaïlande, Leurs Majestés Vajiralongkorn et Suthida. Le 12 octobre 1960, le roi Bhumibol Adulyadej et la reine Sirikit avaient été accueillis à l’aéroport d’Orly par le général de Gaulle, alors président de la République, et son épouse.
Le général de Gaulle avait prononcé un court discours de bienvenue : « Sire, nous sommes très heureux de recevoir à Paris Vos Majestés, très heureux de recevoir des souverains que nous connaissons et qui nous connaissent, et pour qui la France éprouve une profonde et déférente sympathie. Votre présence établit entre nos deux pays des contacts directs et, à notre époque, les contacts personnels sont plus que jamais indispensables. Nos entretiens auront pour résultat de resserrer les liens qui existent entre nos deux nations. Vive la Thaïlande ! Vive la France ! »
Le roi Rama IX, parfait francophone car éduqué à Lausanne (Suisse), avait répondu en français : « Monsieur le Président, c’est avec un très grand plaisir que nous avons écouté vos paroles de bienvenue. Nous sommes heureux de venir en France, dans ce pays plein de traditions et de culture, et où la technique moderne est florissante. Nous sommes fiers de venir dans ce berceau des droits de l’homme. Nous nous réjouissons de cette visite qui nous permet de nous rencontrer personnellement. Nous avons toujours eu une grande admiration pour votre personne, au jugement clair, et nous vous considérons comme un grand homme d’État dynamique et, surtout, comme un grand patriote. Nous apportons les meilleurs vœux du peuple thaï pour le bien-être et le bonheur du peuple français. Et nous espérons que vous accepterez nos souhaits ardents pour la prospérité de votre nation. »

Une visite d’État intense et chargée
Lors du premier jour de cette visite d’État, le général de Gaulle a remis à Rama IX les insignes de grand-croix de la Légion d’honneur avant un déjeuner intime à l’Élysée. L’après-midi, le roi Bhumibol a déposé une gerbe de fleurs sur la tombe du Soldat inconnu alors qu’au même moment, la reine Sirikit, accompagnée de la Première dame, Yvonne de Gaulle, allait visiter l’École de puériculture dans le 14e arrondissement de la capitale.
Après une réception au ministère des Affaires étrangères, dans le salon de l’Horloge, où le général Ammuay Chaya-Rochana, ambassadeur de Thaïlande à Paris, a présenté aux souverains les chefs de missions diplomatiques, un dîner officiel a clôturé la journée à l’Élysée, offert par le couple de Gaulle en l’honneur de leurs hôtes monarques. D’après des témoins, dont Jacques Foccart et André Malraux, ministre des Affaires culturelles, le général de Gaulle, auteur d’un baise-main très protocolaire, aurait été impressionné par la beauté de la reine Sirikit.
Le deuxième jour, le roi de Thaïlande s’est rendu au palais de l’UNESCO pour une réception avant de déjeuner à l’hôtel de Lauzun, sur l’île Saint-Louis, à l’invitation du Conseil municipal de Paris (il faudra attendre 1977 pour que Paris retrouve un maire).
Dans l’après-midi, le roi visita le Centre d’essais en vol de Brétigny-sur-Orge.

Le dernier jour, les souverains ont assisté à une parade de la Garde républicaine avant de se rendre au château de Versailles pour un déjeuner dans la galerie Louis XIII, présidé par le ministre André Malraux. Et, pour clôturer cette visite historique, le roi Bhumibol et la reine Sirikit ont dîné avec le couple présidentiel avant de se rendre tous les quatre à l’Opéra de Paris !
Philippe Bergues
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