
Les incendies qui ravagent certaines régions d’Indonésie provoquent une nouvelle crise de pollution en Asie du Sud-Est. En Malaisie, les autorités ferment des milliers d’établissements scolaires, tandis que Singapour subit une dégradation inquiétante de la qualité de l’air. Un phénomène récurrent qui relance le débat sur les responsabilités environnementales et les limites de la coopération régionale.
En Malaisie, les fumées venues d’Indonésie perturbent désormais jusqu’au fonctionnement des écoles. Vendredi 9 octobre, les autorités ont ordonné la fermeture des établissements scolaires dans une grande partie du sud et du centre du pays, notamment à Kuala Lumpur, afin de protéger les élèves contre une pollution atmosphérique devenue préoccupante.
La ministre de l’Éducation, Fadhlina Sidek, a annoncé cette mesure jeudi soir, alors que les relevés de qualité de l’air continuaient de se dégrader. Les fermetures concernent notamment les États de Johor, Melaka, Negeri Sembilan et Selangor, ainsi que la capitale Kuala Lumpur et le centre administratif de Putrajaya.
Dans le seul État de Johor, frontalier de Singapour, 1 198 écoles accueillant plus de 617 000 élèves ont fermé leurs portes dès le 8 octobre pour deux jours. Les enseignants assurent temporairement les cours à distance, tandis que les autorités demandent aux parents de limiter les activités extérieures de leurs enfants.
À l’origine de cette situation, les incendies de végétation et de tourbières qui se multiplient sur les îles indonésiennes de Sumatra et de Bornéo. Leurs fumées, transportées par les vents, recouvrent progressivement plusieurs territoires voisins.
Un brouillard toxique qui traverse les frontières
À Singapour, le phénomène porte un nom bien connu : le haze, un épais brouillard de fumée chargé de particules polluantes. Jeudi 8 octobre, l’indice officiel de pollution atmosphérique sur 24 heures oscillait entre 98 et 139 selon les secteurs de la cité-État. Au-delà de 100, les autorités classent la qualité de l’air comme mauvaise pour la santé.
Ce brouillard ne se limite pas à réduire la visibilité. Les particules fines qu’il transporte peuvent pénétrer profondément dans les voies respiratoires et aggraver certaines maladies, notamment chez les enfants, les personnes âgées et les personnes souffrant d’asthme.
Les autorités singapouriennes recommandent donc aux populations sensibles de limiter les efforts physiques prolongés à l’extérieur. La crise intervient également dans un contexte particulier : Singapour accueille son Grand Prix de Formule 1, un événement international qui attire des centaines de milliers de visiteurs. Les organisateurs ont prévu des précautions sanitaires, notamment la mise à disposition de masques filtrants, sans remettre en cause la tenue de la compétition.
Pour les habitants de la région, ces épisodes de pollution sont loin d’être exceptionnels. Ils reviennent régulièrement pendant la saison sèche, lorsque les incendies deviennent plus difficiles à maîtriser.
Pourquoi l’Asie du Sud-Est ne parvient-elle pas à maîtriser les incendies ?
Le problème dépasse largement les conditions météorologiques. En Indonésie, certaines pratiques agricoles utilisent encore le feu pour défricher des terrains. Ces opérations peuvent dégénérer en incendies incontrôlés, particulièrement lorsqu’elles touchent les tourbières, dont les sols riches en matières organiques peuvent brûler pendant des semaines.
L’expansion des plantations, notamment celles de palmiers à huile, a longtemps contribué à la transformation de ces paysages. Cette production alimente des chaînes commerciales internationales, y compris européennes. Il serait toutefois abusif d’attribuer les incendies actuels à des plantations ou à des entreprises particulières sans disposer de preuves précises.
Face à ce problème récurrent, les pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) ont adopté dès 2002 un accord sur la pollution atmosphérique transfrontalière. Ce texte prévoit une coopération pour prévenir les incendies, surveiller les fumées et coordonner les interventions. Plus de vingt ans après, les résultats restent insuffisants. Les États coopèrent, mais la prévention des incendies, le contrôle des activités agricoles et les sanctions éventuelles relèvent essentiellement des autorités nationales.
La question des responsabilités prend aujourd’hui une dimension judiciaire. Dans la province indonésienne du Kalimantan occidental, sur l’île de Bornéo, des organisations de la société civile et des représentants de communautés locales ont engagé une action en justice contre les autorités. Les plaignants accusent notamment le gouvernement du président Prabowo Subianto de négligence dans la prévention des incendies et réclament des mesures de protection sanitaire et de restauration de l’environnement.
La procédure, engagée devant la justice indonésienne, n’a pas encore permis d’établir les responsabilités dénoncées.
Sur le terrain, les autorités indonésiennes poursuivent leurs opérations de surveillance et d’extinction. Les dernières observations satellitaires signalent une diminution du nombre de points chauds, mais les services météorologiques régionaux préviennent que les conditions sèches pourraient prolonger les risques.
Pour Singapour et la Malaisie, l’équation demeure inchangée : les fumées traversent les frontières, alors que les moyens de prévenir les incendies restent principalement nationaux. Une contradiction que les gouvernements de la région peinent toujours à résoudre, malgré plus de deux décennies de coopération.









