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BIRMANIE – DIPLOMATIE : L’ASEAN est loin d’avoir rompu avec le pouvoir birman

Journaliste : François Guilbert Date de publication : 24/05/2026
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ASEAN Birmanie

 

Une chronique birmane de François Guilbert

 

La mise à l’écart du général Min Aung Hlaing et de son ministre des Affaires étrangères des réunions de l’ASEAN depuis 2021 a pu laisser croire que la Birmanie avait été suspendue de l’organisation régionale. Cette impression a été renforcée par la politique de la chaise vide adoptée un temps par Nay Pyi Taw lors des sommets régionaux. En réalité, ces absences traduisaient surtout le refus du général Min Aung Hlaing d’être représenté par un délégué « non politique ».

 

Ce boycott n’a d’ailleurs pas duré. La junte a rapidement compris qu’une rupture prolongée avec l’ASEAN risquait d’ouvrir la voie à une reconnaissance accrue du Gouvernement d’unité nationale (NUG), issu des élections du 8 novembre 2020. Les avancées militaires de l’opposition en 2023 et 2024 ont finalement convaincu les généraux de « normaliser » leurs relations avec l’organisation régionale, même au prix de concessions temporaires.

 

Le coût politique restait limité : l’ASEAN n’a jamais souhaité rompre totalement avec le pouvoir militaire ayant renversé le gouvernement civil de la Ligue nationale pour la démocratie.

 

Une présence maintenue dans les structures régionales

 

Le régime militaire birman n’a cessé de vouloir faire entendre sa voix dans les instances de l’ASEAN et d’y envoyer ses représentants. Les restrictions décidées contre le Conseil de l’administration de l’État (SAC), puis le Conseil d’État pour la paix et le développement (SSPC), n’ont concerné que deux personnes et certaines réunions politiques de haut niveau.

 

Dans la quasi-totalité des autres enceintes régionales, Nay Pyi Taw a continué d’être représentée par les émissaires de son choix. Les ministres de la junte, à l’exception du chef de la diplomatie, ont ainsi participé sans difficulté aux réunions statutaires de l’organisation.

 

Malgré les crimes reprochés au régime contre les populations civiles, les hauts gradés de la Tatmadaw n’ont jamais été exclus des mécanismes régionaux de sécurité. Les nouveaux responsables militaires nommés par le général Min Aung Hlaing viennent d’ailleurs d’effectuer leurs premiers pas officiels au sein des structures de défense de l’ASEAN.

 

Les généraux birmans toujours actifs dans les forums de sécurité

 

Le 21 mai, le nouveau commandant en chef des services de défense, le général Ye Win Oo, a participé à la 23e réunion des chefs d’état-major des forces de défense de l’ASEAN (ACDFM). Deux jours plus tôt, le général Than Htaik avait pris part à la réunion des opérations militaires de l’ASEAN (AMOM).

 

Le général Kyaw Ko Htaik, chargé des affaires militaires et de la sécurité, a lui aussi participé à plusieurs rencontres consacrées au renseignement militaire régional. Ces présences confirment que les responsables au cœur de la répression en Birmanie ne sont nullement blacklistés par leurs homologues d’Asie du Sud-Est.

 

Seules certaines organisations de défense des droits humains dénoncent encore publiquement cette normalisation progressive.

 

Le monopole du discours sécuritaire

 

Dans les enceintes régionales de défense et de sécurité, seul le point de vue du régime militaire birman est aujourd’hui exprimé. Les représentants de Nay Pyi Taw y présentent librement leurs orientations politiques et militaires.

 

Selon les médias proches du pouvoir, les autorités affirment œuvrer au « renforcement de la stabilité et de la paix régionales ». Elles continuent également de défendre la légitimité du processus électoral organisé sous contrôle militaire et de présenter le gouvernement actuel comme « démocratiquement élu ».

 

Faute de contradiction ouverte de la part des autres États membres — principe de non-ingérence oblige —, ces discours contribuent de facto à banaliser le coup d’État de février 2021 et les institutions qui en sont issues.

 

Une normalisation diplomatique déjà en cours

 

Nay Pyi Taw considère désormais légitime d’exiger la reconnaissance pleine et entière du général Min Aung Hlaing comme président de la République et de Tin Maung Swe comme ministre des Affaires étrangères.

 

Les signes de normalisation se multiplient. Le 19 mai, le ministre malaisien des Affaires étrangères Mohamad Hasan s’est rendu dans la capitale birmane. S’il n’a pas rencontré le général-président, contrairement au chef de la diplomatie thaïlandaise en avril, il a néanmoins évoqué la possibilité d’une solution négociée avec l’opposition.

 

De son côté, le vice-ministre birman des Affaires étrangères Ko Ko Kyaw a participé à Manille aux consultations bilatérales Birmanie-Philippines, officiellement consacrées à la coopération avec l’ASEAN « en vue de normaliser les relations ».

 

Les défis persistants de la junte

 

Cette stratégie de normalisation reste toutefois fragile. Le régime militaire doit convaincre qu’il conserve l’initiative militaire tout en faisant face aux critiques croissantes sur le coût humain des bombardements aériens contre les populations civiles.

 

Il tente également de faire croire à la sincérité de son offre de paix alors qu’aucune proposition concrète n’a réellement été formulée. En arrière-plan, la junte cherche surtout à empêcher le retour d’Aung San Suu Kyi dans les discussions internationales sur une éventuelle sortie de crise.

 

Le pouvoir birman doit ainsi masquer le fossé grandissant entre ses discours conciliants et la réalité de la guerre menée sur le terrain.

 

L’ONU et l’ASEAN comme objectifs stratégiques

 

La récente visite de l’envoyée spéciale des Nations unies Julie Bishop illustre cette dynamique. Son quatrième déplacement en Birmanie depuis 2024 contribue à redonner une forme de légitimité internationale au régime du général Min Aung Hlaing.

 

La junte souhaite désormais retrouver pleinement sa place à l’Assemblée générale de l’ONU et récupérer, à terme, la présidence tournante de l’ASEAN. Nay Pyi Taw avait renoncé à exercer cette présidence en 2026 après le coup d’État.

 

Les autorités birmanes espèrent désormais l’obtenir dès 2029, après Singapour et la Thaïlande. Mais cette ambition se heurte déjà aux candidatures du Timor-Oriental et du Vietnam.

 

Le rendez-vous décisif de Kazan

 

Le général Min Aung Hlaing pourrait néanmoins bénéficier d’une importante tribune diplomatique en juin prochain. Du 17 au 19 juin doit se tenir à Kazan le sommet marquant le 35e anniversaire des relations entre la Russie et l’ASEAN.

 

Le président Vladimir Poutine offre ainsi au dirigeant birman la possibilité d’effectuer son premier déplacement international en tant que « président » dans un pays membre du Conseil de sécurité des Nations unies. Cette invitation intervient alors même que la Birmanie assure actuellement le rôle de coordinateur régional des relations ASEAN-Russie.

 

Cette situation place les capitales d’Asie du Sud-Est face à un véritable casse-tête diplomatique : comment organiser un sommet avec un pays tiers alors que son coorganisateur demeure officiellement écarté de certaines instances régionales ?

 

Dans plusieurs capitales, la réponse semble déjà trouvée. Beaucoup considèrent qu’une réintégration progressive des généraux birmans renforcerait la centralité de l’ASEAN et pourrait favoriser une sortie de crise dans une Birmanie plongée dans une guerre civile depuis le putsch militaire de février 2021.

 

François Guilbert

 

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