
Pauvreté grandissante, rapprochement diplomatique contesté et pression accrue sur les opposants : la Birmanie reste profondément marquée par les conséquences du coup d’État de 2021. Entre nouvelles restrictions économiques et révélations sur les fournisseurs de l’armée, Gavroche revient sur les principales informations de la semaine écoulée.
Politique et diplomatie
Min Aung Hlaing multiplie les remaniements ministériels
Le gouvernement birman continue de changer de visage. Le 5 octobre, le général-président Min Aung Hlaing a procédé à un nouveau remaniement, échangeant les portefeuilles de Khin Maung Soe et Maung Myint entre le ministère du Travail et celui de la Culture, des Hôtels et du Tourisme. Cette décision intervient moins de trois semaines après la nomination d’un nouveau ministre de l’Intérieur, quatrième titulaire de ce poste depuis janvier. Dans une chronique publiée par Gavroche, François Guilbert souligne la fréquence de ces changements, rarement accompagnés d’explications officielles. Selon son analyse, cette instabilité ministérielle ne traduit pas une réorientation des politiques publiques, mais illustre surtout la concentration du pouvoir entre les mains de Min Aung Hlaing, malgré la mise en place d’institutions civiles après les élections de décembre 2025 et janvier 2026.
Than Htike nommé chef d’état-major général
Le lieutenant-général Than Htike a été nommé chef d’état-major général des forces armées birmanes (terre, marine et aviation), en remplacement du général Ko Ko Oo, devenu ministre de l’Intérieur. Cette promotion le place au troisième rang de la hiérarchie militaire. Ancien commandant de la région militaire du Nord-Ouest, basée à Monywa, Than Htike occupait jusqu’ici les fonctions de chef d’état-major de l’armée de terre. Le lieutenant-général Kyaw Ko Htike lui succède à ce poste, tandis que le lieutenant-général Pyae Sone Lin prend la direction du renseignement militaire.
Anwar Ibrahim défend le dialogue direct avec Min Aung Hlaing
Le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim assume désormais ouvertement le dialogue avec Min Aung Hlaing, à la tête de la Birmanie depuis le coup d’État militaire de 2021. Après l’avoir reçu le 8 octobre à Putrajaya, près de Kuala Lumpur, il a estimé que les politiques visant à limiter les contacts avec le régime birman « n’ont porté aucun fruit ». Sans remettre officiellement en cause le consensus en cinq points de l’ASEAN, qui prévoit notamment l’arrêt des violences et l’ouverture d’un dialogue politique, Anwar Ibrahim juge nécessaire de négocier directement avec Naypyidaw. Les discussions ont porté sur les retours de ressortissants birmans présents en Malaisie, l’aide humanitaire, le commerce et la criminalité transfrontalière. Cette nouvelle approche, présentée comme plus pragmatique par Kuala Lumpur, suscite des critiques dans la région, où certains redoutent qu’elle ne contribue à légitimer le pouvoir militaire.
Des parlementaires d’Asie du Sud-Est dénoncent l’accueil réservé au dirigeant birman
L’organisation ASEAN Parliamentarians for Human Rights (APHR), qui rassemble des parlementaires et anciens parlementaires de la région, a condamné le 5 octobre la décision malaisienne de recevoir officiellement Min Aung Hlaing. Selon elle, cette invitation risque de donner une légitimité politique au dirigeant responsable du coup d’État de février 2021, alors que l’armée poursuit ses opérations contre les populations civiles. L’organisation dénonce également les rapatriements de ressortissants birmans depuis la Malaisie et réclame leur suspension tant que leur sécurité ne peut être garantie. Cette prise de position souligne les divisions régionales sur la manière de traiter avec le pouvoir militaire birman.
Human Rights Watch dénonce les violences infligées aux détenues politiques
Coups, décharges électriques, violences sexuelles et privation de soins : dans un rapport publié le 22 septembre, Human Rights Watch (HRW) dénonce les conditions de détention des femmes emprisonnées pour des raisons politiques en Birmanie. S’appuyant notamment sur les témoignages de 17 anciennes détenues, l’organisation décrit des actes de torture et des mauvais traitements dans plusieurs établissements pénitentiaires depuis le coup d’État de février 2021. Selon les chiffres cités par HRW, environ 6 600 femmes ont été détenues pour des motifs politiques depuis cette date, un bilan cumulé qui ne correspond pas au nombre de prisonnières actuellement incarcérées. L’organisation rapporte également des refus de soins, y compris pour des femmes enceintes, et demande la libération des personnes arbitrairement détenues. Les autorités birmanes contestent régulièrement les accusations internationales concernant les conditions de détention.
La Birmanie réclame des notices rouges d’Interpol contre des opposants et des médias en exil
Le régime birman a annoncé avoir engagé des poursuites contre plusieurs opposants et médias installés à l’étranger. Le 6 octobre, le vice-ministre de l’Intérieur Min Thu a indiqué devant la Chambre basse que les autorités cherchaient notamment à obtenir des notices rouges d’Interpol visant des personnalités liées au Gouvernement d’unité nationale (NUG), administration parallèle formée par des opposants au coup d’État, ainsi que des médias tels que The Irrawaddy, Mizzima, DVB, Myanmar Now et Khit Thit. Une notice rouge est une demande internationale de localisation et d’arrestation provisoire, et non un mandat d’arrêt délivré par Interpol. Le régime n’a pas apporté la preuve qu’Interpol avait effectivement publié ces notices. L’organisation internationale interdit en principe les interventions à caractère politique, militaire, religieux ou racial.
Les États-Unis lèvent les sanctions visant la fille d’un fournisseur présumé de l’armée birmane
Le Trésor américain a annoncé, le 9 octobre, le retrait de Theint Win Htet de sa liste des personnes sanctionnées. Fille de Thein Win Zaw, fondateur du groupe Shwe Byain Phyu, elle avait été inscrite sur cette liste en janvier 2024 en raison de ses liens familiaux avec cet homme d’affaires, accusé par Washington d’avoir notamment fourni du carburant à la marine birmane. L’affaire avait connu un prolongement en France : étudiante à HEC Paris, Theint Win Htet avait obtenu en juillet 2025 une décision judiciaire ordonnant sa réintégration dans l’établissement. Le Trésor américain n’a pas précisé les raisons de la levée des sanctions. Cette mesure individuelle ne signifie pas que les sanctions visant son père ou ses entreprises ont également été supprimées.
Économie
La Birmanie durcit les règles du commerce de l’or sur Internet
Le ministère birman du Commerce a confirmé le 8 octobre qu’il ne délivrait pas de certificats d’enregistrement pour la vente en ligne d’or et d’articles contenant de l’or, notamment les bijoux et les objets décoratifs. Les autorités justifient cette restriction par la volonté de limiter la spéculation et les fluctuations du marché. Les ventes de pierres précieuses peuvent, en revanche, continuer à bénéficier d’un enregistrement spécifique, sous réserve de disposer des licences nécessaires. Cette décision intervient dans un pays où l’or constitue traditionnellement une valeur refuge face à la dépréciation de la monnaie nationale et à l’incertitude économique.
Le nouveau ministre du Travail veut renforcer le contrôle des revenus des expatriés
À peine revenu à la tête du ministère du Travail, Maung Myint a annoncé vouloir durcir l’application des règles imposées aux travailleurs birmans à l’étranger. Dans une intervention diffusée le 4 octobre, il a reproché à certains migrants de ne pas transférer suffisamment d’argent par les circuits bancaires officiels. Depuis 2023, le régime exige qu’au moins 25 % des salaires gagnés à l’étranger soient rapatriés par ces canaux et impose également une taxe de 2 % sur les revenus concernés. Ces mesures sont critiquées par les travailleurs, qui dénoncent notamment des taux de change défavorables et des difficultés pour leurs familles à retirer les fonds. Pour le régime, ces transferts représentent une source importante de devises étrangères.
Le riz birman Paw San sacré meilleur riz du monde en 2026
Le riz parfumé birman Paw San a remporté le prix du meilleur riz du monde lors de la World Rice Conference 2026, organisée à Manille, aux Philippines, du 7 au 10 octobre. Annoncée le 9 octobre par la Fédération birmane du riz (MRF), cette distinction est la deuxième obtenue par cette variété, déjà récompensée en 2011. Une délégation de 55 représentants du gouvernement et d’entreprises exportatrices birmanes avait fait le déplacement pour promouvoir la production nationale et discuter de nouveaux débouchés commerciaux, notamment aux Philippines, en Malaisie et en Afrique. La fédération ambitionne d’exporter trois millions de tonnes de riz de qualité supérieure durant l’exercice 2026-2027, un objectif qui reste à atteindre dans un contexte économique difficile.
L’aéroport de Magway assure des liaisons intérieures les lundis et jeudis
L’aéroport de Magway, dans le centre de la Birmanie, assure désormais des liaisons intérieures régulières les lundis et jeudis, selon les organisateurs des vols. Ces dessertes permettent de rejoindre Rangoun, Naypyidaw, Mandalay et Heho, principale porte d’entrée aérienne vers le lac Inle. Les vols en provenance de Rangoun et de Naypyidaw sont programmés le lundi, tout comme la liaison de Magway vers Mandalay. Le jeudi, des départs sont prévus vers Rangoun et Heho. Les voyageurs sont invités à vérifier les horaires et la disponibilité des billets directement auprès des compagnies aériennes avant leur déplacement. Cette desserte vise à améliorer les déplacements entre la région de Magway et plusieurs grandes villes du pays.
Société, répression et conflit
Plus de 37 millions de Birmans vivent dans la pauvreté ou risquent d’y basculer
Plus de deux habitants sur trois vivent dans la pauvreté multidimensionnelle ou risquent d’y tomber en Birmanie, selon un rapport publié le 8 octobre par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Sur les quelque 37,4 millions de personnes concernées, près de 18 millions sont déjà considérées comme pauvres et 19,5 millions supplémentaires se trouvent dans une situation de grande vulnérabilité. Cette mesure dépasse les seuls revenus : elle prend également en compte l’accès aux soins, à l’éducation, à l’eau potable et à un logement convenable. Les conflits armés, les déplacements de population et les difficultés économiques aggravent une situation dans laquelle de nombreuses familles ne disposent plus de ressources suffisantes pour faire face à une nouvelle crise.
Quatre-vingt-sept personnes arrêtées dans une opération contre les escroqueries en ligne
Les autorités birmanes ont annoncé l’arrestation, le 5 octobre, de 87 personnes soupçonnées de participer à des escroqueries sur Internet et à des activités de jeux clandestins dans le sud de l’État Shan. Parmi elles figurent 75 ressortissants chinois et 12 Birmans. L’opération s’est déroulée près du village de Nalon, dans la commune de Hopong, où les forces de sécurité affirment avoir découvert des installations temporaires équipées de 524 téléphones, de plusieurs ordinateurs et de quatre terminaux Starlink. Ce bilan provient des autorités militaires et n’a pas été vérifié de manière indépendante. L’affaire illustre néanmoins la persistance des réseaux de cyberescroquerie dans plusieurs régions frontalières de Birmanie.
Des entreprises malaisiennes mises en cause dans l’approvisionnement de l’aviation militaire birmane
Une enquête publiée le 7 octobre par l’organisation Justice For Myanmar met en cause trois entreprises établies en Malaisie pour leurs relations présumées avec l’aviation militaire birmane. Selon des documents commerciaux et des échanges obtenus par l’organisation, FJ Global Aeroparts aurait cherché à acquérir des pièces destinées à des avions de combat, des hélicoptères et des drones utilisés par l’armée. Asia AeroTechnic aurait reçu des ingénieurs birmans pour discuter de réparations sur un Airbus A319, tandis que Skyways Technics Asia, filiale d’un groupe danois, aurait expédié des composants aéronautiques à des intermédiaires identifiés comme fournisseurs de l’armée. L’enquête distingue les livraisons documentées des commandes simplement recherchées. Justice For Myanmar demande aux autorités malaisiennes d’enquêter sur ces activités, susceptibles, selon elle, de contribuer aux capacités militaires d’un régime accusé de nombreuses attaques contre des civils.
À Rangoun, les acheteurs d’un programme immobilier de luxe réclament leurs appartements
Le programme immobilier The Central, situé sur Kabar Aye Pagoda Road à Rangoun, fait l’objet d’un différend entre son promoteur, Marga Landmark Development, et des acquéreurs qui attendent toujours la livraison de leurs logements. Le 3 octobre, le Bureau des enquêtes spéciales (BSI) a inspecté et placé sous scellés le bureau commercial du projet, selon la presse locale. Plus d’une centaine d’acheteurs se sont mobilisés pour obtenir des explications, certains affirmant avoir déjà versé jusqu’à 90 % du prix de leur appartement. Le promoteur assure vouloir achever les travaux et livrer les logements. L’affaire illustre les difficultés du secteur immobilier birman, fragilisé par la pandémie, le coup d’État et les perturbations économiques qui ont suivi.
Le téléphérique du Rocher d’Or s’apprête à reprendre du service
Le téléphérique desservant la célèbre pagode de Kyaiktiyo, dans l’État Môn, doit reprendre ses activités la semaine prochaine, après une période de maintenance durant la saison des pluies. Les responsables du site annoncent avoir achevé les vérifications mécaniques et les inspections de sécurité nécessaires à sa remise en service. Cette liaison facilite l’accès au Rocher d’Or, l’un des principaux lieux de pèlerinage bouddhiste de Birmanie, perché sur les hauteurs de Kyaikto. La date exacte de réouverture n’a pas encore été précisée.
Dix membres des Forces de défense du peuple se rendent à l’armée
Les autorités militaires birmanes ont annoncé la reddition de dix membres des Forces de défense du peuple (PDF), dont neuf hommes et une femme, lors d’une cérémonie organisée au quartier général du commandement militaire du Sud-Est, dans l’État Môn. Selon l’armée, les intéressés ont remis plusieurs armes, dont un fusil AK-47, des armes artisanales et des grenades, en échange de récompenses financières totalisant 21 millions de kyats. Ils ont ensuite été confiés à leurs familles après avoir signé des engagements de bonne conduite. Le régime affirme que ces anciens combattants avaient été recrutés sous la contrainte et avaient décidé de quitter les groupes armés en raison de mauvais traitements et de conditions de vie difficiles. Ces déclarations, diffusées par les médias officiels, n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante. Depuis le coup d’État de février 2021, les PDF constituent l’une des principales composantes de la résistance armée au pouvoir militaire.
Une ancienne responsable de laboratoire médical meurt en prison à Mandalay
Khin Thida, ancienne responsable d’un laboratoire médical de l’Université de médecine de Mandalay, est décédée le 28 septembre à la prison d’Obo, faute de soins appropriés, selon le Comité de coordination des forces populaires contre la dictature de Mandalay (AFCC). Arrêtée le 15 août 2023 pour sa participation au Mouvement de désobéissance civile (CDM), lancé après le coup d’État de février 2021, elle avait été condamnée à 22 ans de prison pour des accusations de « terrorisme ». Dans un communiqué publié dimanche 11 octobre, l’AFCC dénonce les mauvais traitements infligés aux prisonniers politiques et réclame que les responsables rendent des comptes. Les circonstances médicales exactes de son décès n’ont pas été vérifiées de manière indépendante.
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