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BIRMANIE – POLITIQUE : La Malaisie dévoile son programme Birman pour 2025

Date de publication : 10/06/2024
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Anwar Ibrahim

 

Une chronique d’actualité birmane de François Guilbert.

 

Au cours de son histoire, la Malaisie a d’ores et déjà été à la tête de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN) à quatre reprises. Après avoir assumé ce mandat annuel en 1977, 1997, 2005 et 2015, le premier ministre Anwar Ibrahim prendra la présidence tournante de l’organisation le 1er janvier 2025. En dirigeant expérimenté, il sait qu’il lui faut bien se préparer à gérer le défi birman et cela dès aujourd’hui. Il ne préempte pas sa présidence en enjambant celle qui a été confiée au Laos pour l’année 2024. Il ne cherche pas non plus à imposer une gestion du dossier par une troïka qui l’associerait aux présidences indonésiennes de 2023 et laotienne de 2024.

 

Non, Anwar Ibrahim juge que la situation birmane est désormais si grave qu’elle en est parvenue à miner l’unité et la crédibilité de la principale institution intergouvernementale de la région, et cela à l’heure où elle doit s’assurer de demeurer au centre des manœuvres Indo-Pacifique. Peut-être plus préoccupant encore, le leader malais pressent que la Birmanie, au fil du temps, devient un élément de la compétition grandissante entre les grandes puissances. Une raison vraiment sérieuse pour que l’ASEAN assume pleinement un rôle « dirigeant » afin de trouver une solution à une crise qui fait ressembler, de plus en plus, la Birmanie du général Min Aung Hlaing à ce qu’a été la Syrie de Bachar el-Assad depuis une décennie avec un régime contrôlant tout juste sa capitale et quelques grandes villes de garnison.

 

En public, les dirigeants malaisiens ne cachent pas leur frustration de voir la Birmanie remise encore et encore sur le métier de l’ASEAN. Un agacement perceptible également dans de nombreuses autres capitales de la région. Une aigreur qui a conduit, il y a un an, le premier ministre Anwar Ibrahim à souhaiter la suspension de la participation birmane à l’ASEAN.

 

Au cours des derniers mois, elle ne s’est pas éteinte. Loin de là ! Elle demeure une perspective que Kuala Lumpur ne veut pas écarter des débats. La mesure d’exclusion pourrait être d’autant plus légitime que la République de l’Union du Myanmar s’enfonce, chaque jour davantage, dans la fragmentation de son territoire et de sa gouvernance. On ne craint d’ailleurs plus de dire que cette atomisation politico-territoriale a en germes un éclatement effectif du pays en unités autonomes plus petites les unes que les autres, voire potentiellement chacune hostile les unes aux autres.

 

Par petites touches, le gouvernement de Kuala Lumpur esquisse ce que sera l’année prochaine son approche de la crise birmane.

 

A l’occasion de la 37ème session des tables-rondes Asie – Pacifique (APR) qui réunit chaque année, sous l’égide de l’institut d’études internationales stratégiques de Malaisie et au nom du réseau de ses homologues sud-est asiatiques (ASEAN-ISIS), plusieurs centaines d’experts et d’officiels d’Asie-Pacifique, le chef de l’exécutif malaisien et son ministre des Affaires étrangères Mohamad Hasan ont fait connaître leurs vues et les principes qui guide(ro)nt leurs actions. Dans son discours du 6 juin, le premier ministre Anwar Ibrahim a pris acte des divisions des États-membres de l’ASEAN et de leurs désaccords sur la manière d’aborder la crise birmane et ses acteurs. Toutefois, il n’en a pas moins souhaité que les messages envoyés au nom de l’organisation régionale soient, autant que possible, concordants.

 

A vrai dire, les autorités malaisiennes ne jugent pas forcément utiles de s’appuyer sur des discours et des attitudes parfaitement uniformes de ses huit partenaires aseaniens. A Singapour lors du Shangri-la Dialogue et une table-ronde intitulée « Birmanie : Opportunités pour les diplomaties au milieu de différentes visions de la paix », le Conseiller à la sécurité nationale malaisien, Raja Nushirwan, jugeait le 31 mai même fort utile que certaines nations de la communauté internationale adoptent des sanctions vis-à-vis des putschistes birmans puisque ceux-ci ne réagissent qu’aux pressions comme on le sait d’expériences anciennes.

 

Les changements dans le comportement de la junte ne se produiront que lorsqu’elle percevra des évolutions (inter)nationales préjudiciable à sa survie. Puisque nous n’en sommes pas là, encore faut-il travailler à plus de coordination et de synergies entre les États les plus préoccupés par l’anéantissement de la Birmanie et la victimisation de ses populations.

 

Une tâche qui pourrait être, plus ou moins dévolue, aux 6 ou 7 Envoyés spéciaux chargés de la Birmanie à travers le monde (cf. ASEAN, Chine, Japon, Secrétaire général des Nations Unies, Union européenne…) estiment d’une même voix Kuala Lumpur et Jakarta. En internationalisant dans les faits une crise qui l’est déjà très profondément, Kuala Lumpur veut pousser l’ASEAN à mettre de l’ordre dans sa maison et à un définir un véritable consensus de travail et de mise en œuvre des 5 points de consensus arrêtés par les chefs d’État et de gouvernement en avril 2021. Comme l’a proclamé sans détour le 4 juin le ministre Mohamad Hasan « l’ASEAN doit et peut mieux faire ».

 

Les communautés aseanienne et internationale ne doivent pas attendre plus longtemps pour agir.

 

Ce défiant d’un statu quo meurtrier, le premier ministre Anwar Ibrahim exprime des intentions proactives pour concourir à la paix, à des aides humanitaires efficientes et à d’« éventuels» engagements politiques de toutes les parties concernées. Dans un message autant adressé à ses pairs aseaniens, une présidence laotienne peu mobilisée et une junte birmane prompte à dénoncer les ingérences de ses voisins et leur irrespect des textes fondateurs de l’organisation régionale, le chef du gouvernement malaisien a proclamé haut et fort : « Ne pas agir, alors qu’il y a de bonnes raisons de croire qu’un État membre viole l’esprit de la Charte de l’ASEAN, constitue un manquement à notre devoir moral ». Une posture politique et morale appelée à être déclinée diplomatiquement au fil des mois, et pas seulement dans l’attente du changement de coordonnateur à la tête de l’ASEAN.

 

Si le leader du cabinet malaisien veut croire que l’ASEAN dispose de bien des outils pour venir en aide aux Birmans à commencer par ses 5 points de consensus, il n’en est pas moins convaincu que cela ne sera possible que si les acteurs politiques birmans sont pleinement disposés à les accueillir. Ce moment n’est malheureusement pas encore d’actualité. Pour autant, il n’y a pas de raison de se résoudre à ne rien faire. Bien au contraire !

 

Sans détailler ses intentions immédiates et futures, Anwar Ibrahim appelle à « des pistes à plusieurs volets et plus créatives ». Dans un langage moins diplomatique, cela suppose de travailler avec les oppositions ethniques et nées du coup d’État du 1er février 2021, y compris les représentants des combattants des Forces de défense populaires (PDF). L’ASEAN se réunira en sommet en juillet. Sa présidence laotienne demeure dans son silence, et les initiatives thaïlandaises semblent avoir fait long feu avec le retour de l’ex-premier ministre thaïlandais Thaksin Shinawatra sur le devant de la scène.

 

François Guilbert

 

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