
Coups, décharges électriques, violences sexuelles, privation de soins : Human Rights Watch dresse un tableau particulièrement sombre des prisons birmanes. L’organisation s’est penchée cette fois sur le sort des femmes détenues pour des raisons politiques depuis le coup d’État militaire de février 2021.
Plus de cinq ans après le coup d’État, les prisons birmanes continuent d’accueillir de nombreux opposants au pouvoir. Dans un rapport publié le 22 septembre, Human Rights Watch (HRW) documente les conditions de détention des femmes emprisonnées pour des motifs politiques et dénonce des mauvais traitements qu’elle décrit comme largement répandus.
Depuis février 2021, plus de 30 000 personnes ont été détenues pour des raisons politiques, selon les chiffres cités par l’organisation. Parmi elles figurent environ 6 600 femmes et 640 enfants. Il s’agit d’un chiffre cumulé depuis le coup d’État et non du nombre de prisonniers politiques actuellement incarcérés.
Pour établir son rapport, HRW a interrogé en 2025 et 2026 dix-sept anciennes prisonnières politiques ayant connu onze prisons et centres d’interrogatoire différents. L’organisation s’est également entretenue avec des proches, des avocats et des défenseurs des prisonniers politiques.
Coups, décharges électriques et violences sexuelles
Les témoignages recueillis décrivent des passages à tabac avec des bâtons, des chaînes ou des tuyaux métalliques, des brûlures de cigarettes, des décharges électriques et le maintien prolongé dans des positions douloureuses. HRW rapporte également des violences sexuelles ainsi que des fouilles corporelles intrusives utilisées, selon l’organisation, pour humilier les détenues.
« Les femmes détenues comme prisonnières politiques en Birmanie décrivent un système carcéral dans lequel la souffrance et la négligence sont à la fois délibérées et routinières », estime Bryony Lau, directrice adjointe pour l’Asie de Human Rights Watch.
Ces témoignages font écho aux conclusions publiées en 2025 par des enquêteurs des Nations unies, qui avaient déjà documenté des actes de torture dans les lieux de détention birmans, notamment des passages à tabac, des décharges électriques et différentes formes de violences sexuelles.
Des soins médicaux déficients
Le rapport insiste également sur les carences médicales. D’anciennes détenues affirment que l’administration pénitentiaire leur refusait ou retardait l’accès aux soins nécessaires, y compris pour des maladies graves.
Le rapport évoque également la situation des détenues enceintes. Une ancienne prisonnière, arrêtée en 2021 alors qu’elle était enceinte de trois mois, raconte avoir été frappée et soumise à des décharges électriques. Plus tard, lorsqu’elle a perdu les eaux à minuit, elle affirme avoir dû attendre jusqu’à 10 heures du matin l’autorisation de rejoindre un hôpital. Après son accouchement, des gardiens lui auraient immédiatement remis des chaînes aux pieds. HRW fait également état, sur la base d’autres témoignages et sources, de détenues ayant dû accoucher en cellule faute de soins d’urgence.
Selon l’Assistance Association for Political Prisoners (AAPP), citée par HRW, plus de 2 300 personnes sont mortes en détention depuis le coup d’État. De son côté, Myanmar Prison Witness a documenté 290 décès de prisonniers politiques entre février 2021 et le 16 septembre 2026, dont 43 femmes et enfants. Les deux organisations n’utilisant pas les mêmes critères de recensement, leurs chiffres ne sont pas directement comparables.
Les autorités n’ont pas répondu au rapport
Les autorités birmanes n’avaient pas réagi aux accusations précises formulées par Human Rights Watch. Sollicité par l’agence Reuters, un porte-parole du gouvernement n’avait pas répondu.
Le pouvoir birman rejette toutefois régulièrement les accusations internationales concernant les conditions de détention. Il affirme que les prisonniers bénéficient des soins prévus par la réglementation pénitentiaire et conteste généralement la qualification de « prisonniers politiques », considérant que les personnes concernées ont été poursuivies pour des infractions prévues par la loi.
Human Rights Watch demande aux autorités de mettre fin aux actes de torture et aux mauvais traitements, de garantir l’accès aux soins et de libérer les personnes détenues arbitrairement pour avoir exercé pacifiquement leurs droits fondamentaux.
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