
Chaque semaine, Richard Werly, conseiller éditorial de Gavroche et correspondant international reconnu, livre son regard sur la France dans les colonnes du média suisse Blick.
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Antonin Baudry est un cinéaste comblé. Sa « Bataille De Gaulle » en deux parties (« L’Age de fer » et « J’écris ton nom ») termine avec tous les honneurs l’été caniculaire. Près de 5 millions de spectateurs en salle ! Une pluie de commentaires positifs, après une première salve de critiques dubitatives, compte tenu de la réécriture assumée de l’histoire dans ces deux longs-métrages à grand spectacle ! Est-ce à dire que les Français raffolent d’aventures sur grand écran ? Qu’ils ont besoin de héros positifs ? Qu’ils aiment se regarder dans le miroir flatteur de la rébellion, du courage et de la résistance ? En ce début de campagne présidentielle, la tentation est surtout d’y voir, de nouveau, la fascination collective pour l’homme providentiel. Comme si seul un nouveau Général, en uniforme ou pas, pouvait sauver la France engluée dans son marécage de dépenses publiques, d’étatisme tous azimuts et de dépression populaire généralisée.
Une pièce du puzzle manque toutefois à ce raisonnement, et cela m’a valu un petit désaccord avec le cinéaste sur le plateau de LCI : De Gaulle, jusqu’en 1945, n’est pas l’homme qu’une majorité de Français ont choisi.
Il n’est ni l’élu, ni le héros du peuple qui, bien plus tard, le célébrera comme le sauveur. Quelques mois avant son discours sur le perron de l’Hôtel de Ville à Paris, le 25 août 1944, c’est autour du maréchal Pétain que se pressait la foule, le 26 avril 1944 ! Et au sein d’une partie des mouvements de résistance, jusqu’au bout, De Gaulle est combattu. Trop porteur de changements. Trop autoritaire. Trop dédaigneux des rapports de force politiques traditionnels.
C’est donc peut-être cette vérité qui, 80 ans plus tard, éclaire le succès de « La Bataille De Gaulle ». Les Français ne choisissent pas leurs héros. Ce sont les circonstances qui les dictent et les imposent, obligeant au final les « petits chevaux de la politique » à se soumettre. De Gaulle est né du chaos. Comme Napoléon avant lui. Comme Jeanne d’Arc bien avant. En sommes-nous là, en 2026 ?
Bonne lecture, avec les partisans !
(Pour débattre : richard.werly@ringier.ch)
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