
Deux mois après avoir constaté l’installation durable de l’inflation au Japon, les dernières statistiques montrent une nouvelle évolution : les hausses de prix semblent reprendre de la vitesse et surtout se diffuser à davantage de produits. Une tendance qui rapproche encore la Banque du Japon d’une nouvelle hausse des taux.
Pendant des décennies, le Japon s’est distingué des autres grandes économies par une inflation extrêmement faible, voire par des périodes de baisse des prix. Cette singularité appartient de plus en plus au passé.
À Tokyo, considéré comme un indicateur avancé de l’évolution des prix dans l’ensemble du pays, l’inflation hors produits alimentaires frais a atteint 1,8 % sur un an en août, contre 1,7 % en juillet. Plus significatif encore, l’indice excluant également l’énergie est passé de 1,8 % à 2 %.
Mais l’évolution mensuelle mérite surtout l’attention : les prix enregistrent désormais plusieurs mois consécutifs de progression soutenue. L’inflation japonaise ne repose donc plus seulement sur quelques produits particulièrement volatils.
Les hausses de prix se diffusent
L’alimentation continue de peser sur le budget des ménages, mais la dynamique s’étend à d’autres catégories de biens. Les tensions sur les coûts de l’énergie et des matières premières commencent notamment à se transmettre aux produits de consommation courante.
Cette évolution est importante. Une baisse du prix du riz ou les aides publiques destinées à contenir les prix des carburants peuvent temporairement modérer les statistiques générales sans faire disparaître les pressions inflationnistes sous-jacentes.
Pour les ménages japonais, longtemps habitués à une remarquable stabilité des prix, cette nouvelle donne est particulièrement sensible. Pour les entreprises, elle pose également la question de leur capacité à répercuter leurs coûts : une enquête de Teikoku Databank citée par Reuters montre que les petites entreprises rencontrent davantage de difficultés à augmenter leurs tarifs.
La Banque du Japon sous pression
C’est précisément ce que surveille la Banque du Japon. En juillet, elle estimait déjà que l’inflation sous-jacente devait progressivement converger vers son objectif de 2 %, tout en identifiant les prix du pétrole, la faiblesse du yen et la demande liée à l’intelligence artificielle parmi les principaux risques de hausse. Elle indiquait également qu’elle continuerait à relever son taux directeur si son scénario économique se confirmait.
Après avoir porté son taux directeur à 1 % en juin, la banque centrale pourrait donc poursuivre la normalisation de sa politique monétaire. Sa prochaine réunion est prévue les 17 et 18 septembre. Les nouvelles statistiques de Tokyo renforcent les arguments en faveur d’un nouveau relèvement, même si la décision n’est évidemment pas encore acquise.
Pour le Japon, le changement est considérable : le problème n’est désormais plus de faire revenir l’inflation, mais d’éviter qu’elle ne s’installe trop nettement au-dessus du niveau recherché.
Gaston Baht
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