
Au moins 50 personnes ont été tuées dans une frappe aérienne sur un marché de l’État Rakhine, quelques heures seulement avant le début du rapatriement de 1 476 ressortissants birmans depuis la Malaisie. Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, demande désormais à Kuala Lumpur de suspendre immédiatement le processus, tandis que le HCR s’interroge sur le caractère réellement volontaire de ces retours.
Le calendrier interpelle. Alors que la Malaisie vient d’engager un vaste programme de rapatriement de ressortissants birmans, une nouvelle frappe meurtrière dans l’État Rakhine illustre les risques auxquels restent exposés les civils en Birmanie.
Lundi 28 septembre, vers midi, l’armée birmane a, selon les informations recueillies par l’ONU, mené des frappes aériennes sur un marché très fréquenté de Kyauktaw, dans l’État Rakhine. Au moins 50 personnes ont été tuées et 58 blessées. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme prévient que le bilan pourrait encore s’alourdir.
Parmi les victimes figurent des vendeurs, des clients et des travailleurs des transports, ainsi que des femmes et des enfants. Le marché regroupait plus de 200 commerces fréquentés par plusieurs communautés, notamment rakhine, rohingya, hindoue et daingnet.
Volker Türk demande à la Malaisie de suspendre les retours
L’ONU établit elle-même le rapprochement avec la politique engagée par Kuala Lumpur : la frappe de Kyauktaw s’est produite quelques heures avant le début de la mise en œuvre du programme malaisien, qui pourrait concerner environ 5 000 ressortissants birmans.
Le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, a demandé aux autorités malaisiennes de suspendre immédiatement le processus.
Il rappelle le principe de non-refoulement, qui interdit de renvoyer une personne vers un pays où elle risque notamment des persécutions, la torture ou d’autres atteintes graves à ses droits fondamentaux.
Pour Volker Türk, les conditions en Birmanie sont actuellement « loin d’être sûres et durables ». Il juge également profondément discutable que des retours organisés dans les circonstances actuelles puissent être considérés comme véritablement volontaires.
1 476 Birmans déjà partis de Malaisie
Comme Gavroche l’indiquait le 29 septembre, une première opération a concerné 1 476 ressortissants birmans, transférés depuis des centres de détention malaisiens avant leur départ de Lumut.
Les autorités malaisiennes présentent ces retours comme volontaires et affirment que l’opération s’est déroulée selon une procédure convenue avec les autorités birmanes. Cette première phase s’inscrit dans un programme susceptible de concerner jusqu’à 5 000 personnes.
Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) exprime cependant ses inquiétudes. Dans un communiqué publié le 30 septembre, l’agence fait part de ses préoccupations concernant ces retours alors que le conflit se poursuit en Birmanie.
Le HCR souligne notamment la nécessité de déterminer individuellement si une personne choisit réellement de rentrer de manière libre et éclairée. L’agence insiste également sur l’accès aux procédures de protection et sur le respect du principe de non-refoulement.
La Malaisie défend son programme
Kuala Lumpur défend de son côté le caractère volontaire et progressif de l’opération. Le Premier ministre Anwar Ibrahim affirme que le programme résulte de négociations avec les autorités birmanes et que les 1 476 personnes de la première phase ont suivi une procédure convenue entre les deux pays.
Le chef du gouvernement présente cette politique comme une réponse à un problème ancien qui exerce, selon lui, une pression sur la Malaisie en matière de sécurité, de gestion et sur le plan social. Il assure vouloir traiter la question dans le respect de la loi et des « valeurs humanitaires », tout en donnant la priorité à la sécurité et aux intérêts de la population malaisienne.
Cette position contraste avec celle de l’ONU. Alors que Volker Türk demande à Kuala Lumpur de suspendre immédiatement les retours et que le HCR s’interroge sur les conditions permettant de garantir leur caractère réellement volontaire, le gouvernement malaisien poursuit son programme. Une deuxième phase concernant 3 524 ressortissants birmans supplémentaires a déjà été approuvée.
Une situation toujours dangereuse dans l’État Rakhine
Les inquiétudes de l’ONU ne datent pas de la frappe de Kyauktaw. Quatre jours auparavant, le Mécanisme d’enquête indépendant pour la Birmanie (IIMM), créé par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, estimait déjà que la situation dans l’État Rakhine restait « extrêmement volatile et dangereuse pour toutes les communautés ».
Le mécanisme cite les bombardements aériens, les tirs d’artillerie, les attaques de drones, les détentions arbitraires, les violences sexuelles, la torture et les meurtres. Il conclut que les conditions ne permettent toujours pas un retour sûr, volontaire, digne et durable des populations ayant fui la région.
La frappe de Kyauktaw donne désormais un relief particulier à cet avertissement.
Pour la Malaisie, qui accueille depuis des années une importante population originaire de Birmanie, la question dépasse désormais la seule gestion de l’immigration. Malgré l’appel de Volker Türk à suspendre immédiatement les retours, Kuala Lumpur maintient pour l’heure son programme. La date de la deuxième phase doit désormais être fixée en coordination avec les autorités birmanes.
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