
Une chronique de Patrick Chesneau.
À la pointe est de l’Isaan, à Mukdahan, en bordure du fleuve Mékong, face au Laos, l’habituelle indolence des lieux est rompue par les hymnes colorés de la joie.
Beauté ritualisée en ce 26 octobre, jour appelé Wan Ok Phansa (prononcer « Ouanne Ok » — non pas «okay» — « Ok Pannsa »), marquant la fin de la retraite monastique. Les hommes de foi sont restés cloîtrés dans leurs temples pendant les trois mois du carême bouddhiste, la retraite annuelle de la saison des pluies.
Dans le calendrier bouddhique, ce jour faste coïncide avec la date du retour de Bouddha du paradis.
Un programme de liesse particulièrement fourni.
Danses, offrandes et traditions ancestrales
À commencer par les offrandes aux moines, Tak Bat Thewo, cérémonie consacrée à l’acquisition de mérites, merit-making en anglais.
Cet événement matinal vient en contrepoint de la soirée précédente, marquée par une procession aux chandelles autour d’un lieu de culte, Tian Wian, situé au sommet d’une colline, le Wat Phra Putthabat Phu Manorom.
En journée, inévitablement, les danses traditionnelles nimbées de rythmes molam retiennent l’œil.
Des centaines de participants envahissent le macadam à proximité de la rive.
Ainsi, la ruralité se vivifie dans la célébration des traditions ancestrales.
Puis, c’est au tour des concerts et des spectacles de variétés, tant prisés du public des campagnes, d’accaparer l’attention d’une foule subjuguée.
Le Mékong s’illumine sous les étoiles
Tout le monde déambule entre les étals d’un marché artisanal et finit par s’agglutiner sur des gradins, véritables édifices de bambou montés tout exprès, pour admirer une noria d’embarcations illuminées évoluant sur la mythique artère liquide.
Cette chorégraphie aquatique déployée sous la voûte céleste indique un irrépressible désir d’harmonie.
Un besoin collectif de communion.
Clou de la soirée, les feux d’artifice.
Des gerbes fusent et, une fois parvenues à leur apogée, se fragmentent en une myriade d’explosions chromatiques.
Dans ce coin d’Orient, les visiteurs férus d’esthétisme connaissent le tarif : magie perpétuelle.
Patrick Chesneau
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