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THAILANDE Dreamlopments : une micro-assurance pour tous les immigrés birmans

Journaliste : Eva Garrel
La source : Gavroche
Date de publication : 19/04/2017
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Dreamlopments a été créé en 2015 par Nicolas Durier, médecin de profession. Après plus d’un an de travail, deux de ses projets s’apprêtent à voir le jour : la création d’une micro-assurance santé pour les migrants birmans, et le développement de l’accès au traitement de l’hépatite C auprès de la population toxicomane thaïlandaise.

 

Dreamlopments, c’est avant tout l’aventure d’un homme : Nicolas Durier. Obélix est tombé dans la marmite du druide quand il était petit. Nicolas, lui, est tombé dans celle de l’aide humanitaire. A peine sorti du lycée, il décide de suivre des études de médecine avec le rêve profond de prendre part le plus rapidement possible aux actions de Médecins Sans Frontières. Dès l’obtention de sa première année, l’étudiant lillois se fait connaître de l’association et entre en contact avec des acteurs clés, demande et redemande des stages, et part finalement en Afrique pour de courtes missions.

 

Ses efforts et sa détermination sont rapidement couronnés de succès : à l’obtention de son diplôme, le nouveau médecin est directement engagé par MSF dans le cadre d’un programme de traitement du sida en Thaïlande.

 

Suite à cette expérience, il s’engage dans différentes missions de l’association avec laquelle il travaillera pendant plus de sept ans. Pourtant, Nicolas Durier ne se destinait pas à travailler au Pays du Sourire. Ce qu’il désirait, c’était mettre ses compétences au profit de situations de crise, de préférence en Afrique. Le destin en a décidé autrement et la Thaïlande, dont il maîtrise parfaitement la langue, est devenue sa seconde patrie.

 

Nicolas Durier devant l’hôpital de Mae Sot, près de la frontière birmane

 

Plutôt que de participer à des missions organisées par diverses ONG, l’humanitaire décide alors de choisir ses combats, d’agir pour des causes qui lui tiennent à cœur. Il veut venir en aide aux plus marginalisés, et ce de la manière la plus efficace et complète possible. C’est alors que l’idée de Dreamlopments naît.

 

Dreamlopments n’est ni une ONG, ni une fondation, 
mais une entreprise sociale à but non lucratif. Si ce virage de l’organisation à l’entreprise peut étonner, il est le fruit d’une grande réflexion sur le meilleur moyen d’apporter une aide durable aux populations oubliées.

 

Le médecin français démontre ainsi qu’une nouvelle forme d’entrepreneuriat est possible. A partir de valeurs philanthropiques, le « social business » travaille à développer des projets durables et humains, éloignés d’une optique de profit, avec un réel souhait de transformer positivement la société.

 

Selon Nicolas Durier, le domaine privé dispose d’une plus grande marge de manœuvre en terme d’aide au développement que les ONG et fondations qui, par leur statut, prodiguent une aide souvent temporaire et réduite. « L’aide au développement n’a de sens que dans sa capacité à octroyer sur le long terme de l’indépendance et du pouvoir aux individus pour qu’ils puissent agir eux-mêmes sur les conditions auxquelles ils sont confrontés, explique-t-il. Donner la parole à ceux qui n’en ont pas, ce n’est pas parler pour eux, mais leur donner les moyens de prendre la parole. »

 

En se donnant la possibilité de commercialiser des services, l’entreprise sociale permet de mettre en place une aide qui ne dépendra plus des donateurs mais entrera, à terme, dans une mécanique d’autosuffisance et trouvera une place dans un domaine pérenne.

 

Une micro-assurance pour les migrants


 

Dreamlopments travaille aujourd’hui sur deux projets menés de front : la création d’une micro-assurance santé pour les migrants birmans, et le développement de l’accès au traitement de l’hépatite C auprès de la population toxicomane thaïlandaise.

 

Il y a dix ans, dans le cadre d’un projet de recherche clinique en Thaïlande, Nicolas Durier rencontre François Nosten, responsable au sein de l’ONG Shoklo Malaria Research Unit, qui le sensibilise aux problèmes sanitaires des réfugiés et migrants birmans vivant le long de la frontière. Ces derniers sont condamnés à un accès aux soins, sinon impossible, au mieux minime. Si une assurance gouvernementale existe, elle ne correspond pas à la réalité du quotidien de cette population mobile et majoritairement en situation irrégulière.

 

Suite à une enquête auprès de cette population entre 2014 et 2015, le médecin comprend l’intérêt majeur de la création d’une assurance santé adaptée et entreprend une étude complète de faisabilité en 2016. Le processus est lancé. Grâce à une équipe de travailleurs sociaux directement issue de la population migrante, Dreamlopments réunit toutes les modalités que le service devra couvrir afin d’être viable et complet. L’assurance proposée devra demander un faible premium et être réglable de manière mensuelle pour convenir à une population principalement payée à la journée. Les deux tiers des migrants étant non enregistrés, elle devra être accessible aux réfugiés en situation irrégulière. L’accès aux soins sera lui possible dans des structures birmanes comme thaïlandaises, la frontière étant particulièrement poreuse. Cette étude a été complétée par un modèle financier complet et par une analyse juridique et légale.

 

Jeunes écoliers birmans scolarisés à la frontière

 

« Le développement de cette micro assurance se fera en trois temps, précise Nicolas Durier. Son instauration le long de la frontière, son extension aux alentours de Bangkok et autres zones birmanes et thaïlandaises, et enfin à d’autres pays de la région. » Avec un coût fixé à 100 bahts par mois et avec un objectif de 50 000 souscripteurs, Dreamlopments prévoit ainsi de couvrir près de 80% des coûts de mise en place du projet et des soins médicaux d’ici à trois ans. Pour boucler le budget, l’entreprise travaille dès à présent sur diverses actions, comme la création d’un service de visites à domicile payant pour les non membres, et invite de nouvelles entreprises à investir dans le projet, toujours dans une optique d’entrepreneuriat solidaire. Les premières assurances seront disponibles dès le deuxième semestre de 2017.

 

Eradiquer l’hépatite C

 

En Thaïlande, 80% des personnes qui s’injectent des drogues sont atteintes de l’hépatite C. Si une récente révolution thérapeutique à permis le développement d’un médicament pouvant guérir intégralement le virus, l’accès à ce traitement est très limité dans les pays en voie de développement en raison de son prix élevé, de l’absence de programmes gouvernementaux dédiés et de la stigmatisation des populations touchées.

 

Dreamlopments travaille avec trois ONG thaïlandaises spécialisées dans l’accompagnement des toxicomanes pour fournir un accès au traitement à grande échelle à Bangkok, Chiang Maï et Songkhla. Ce projet est développé sous forme d’étude clinique et veut démontrer que le traitement peut être administré par des services communautaires, hors des hôpitaux, permettant ainsi à la quasi totalité des individus vulnérables d’être soignés, tout en interrompant la transmission du virus au sein de cette communauté. Cette étude, qui sera mise en place courant 2017, permettra alors un contrôle important de l’épidémie.

 

Centre communautaire de prévention et de support pour les toxicomanes à Bangkok

 

Ces deux projets d’envergure ne sont qu’un point de départ pour l’entreprise naissante. Nicolas Durier ne compte pas s’arrêter là et souhaite mettre en place toujours plus de rêves en matière de développement, dans la lignée du nom de son entreprise : Dreamlopments – mot valise fusionnant rêve et développement. Définitivement rêveur, ce chef d’entreprise et médecin humanitaire compte bien démontrer que l’on peut agir pour réaliser tout ce dont on peut rêver.

 

Eva Garrel

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