
Douze ans après le coup d’État militaire de 2014, le chef du People’s Party et leader de l’opposition thaïlandaise, Natthaphong Ruengpanyawut, accuse le pays de rester prisonnier d’un « régime bleu » qui, selon lui, perpétue l’héritage politique et institutionnel de l’armée sous des formes plus discrètes mais toujours plus puissantes.
Dans une longue déclaration publiée vendredi sur Facebook, à l’occasion de l’anniversaire du putsch mené par le général Prayut Chan-o-cha, le dirigeant de 39 ans affirme que si les chars ont disparu des rues, « le processus de confiscation du pouvoir du peuple continue ».
Un « régime bleu » accusé de verrouiller le pouvoir
Le terme de « régime bleu » fait directement référence à la couleur du parti Bhumjaithai, aujourd’hui pilier central de la coalition gouvernementale après sa victoire électorale décisive en février dernier.
Selon Natthaphong Ruengpanyawut, le système mis en place depuis 2014 a profondément remodelé les institutions politiques et judiciaires afin de maintenir le pouvoir entre les mains d’une élite éloignée des électeurs.
Le chef de l’opposition accuse notamment la Cour constitutionnelle, le Sénat, les agences indépendantes et certaines institutions judiciaires d’être devenus des instruments destinés à neutraliser les adversaires du pouvoir. « Les institutions censées protéger la démocratie se sont progressivement transformées en mécanismes de contrôle politique », estime-t-il.
Répression politique et dissolutions de partis
Dans son texte, Natthaphong évoque au moins 200 procédures judiciaires engagées contre des militants, opposants ou manifestants, dont plusieurs affaires de lèse-majesté. Il affirme également que les autorités ont réprimé des manifestations pacifiques à au moins 74 reprises depuis le coup d’État de 2014.
Le leader du People’s Party rappelle par ailleurs que sept grands partis politiques ont été dissous au cours des douze dernières années, dont Future Forward et Move Forward, les deux formations qui ont précédé son propre parti. Ces dissolutions successives illustrent, selon lui, un système politique destiné à empêcher toute remise en cause réelle de l’establishment.
Une critique directe de la Constitution de 2017
Natthaphong Ruengpanyawut cible particulièrement la Constitution de 2017, rédigée sous la junte militaire après le coup d’État. Selon lui, ce texte a institutionnalisé un système où les principaux centres de pouvoir — armée, Sénat, justice constitutionnelle et administration — échappent largement au contrôle populaire.
Il accuse également les dirigeants actuels de chercher à consolider leur domination politique et économique à travers les nominations au sein de la justice, de l’armée, de la police et des organismes indépendants. Le chef de l’opposition estime que ce modèle bloque les réformes structurelles, alimente la corruption et accentue les inégalités sociales.
Appel à une nouvelle Constitution
Face à cette situation, Natthaphong appelle à l’élaboration d’une nouvelle Constitution afin de restaurer ce qu’il décrit comme une véritable « politique de l’espoir ». Malgré les obstacles politiques et judiciaires, il affirme rester convaincu que le soutien populaire demeure « le principal moteur du changement démocratique » en Thaïlande.
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