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THAÏLANDE – POLITIQUE : Les 100 jours de Srettha Thavisin et le nouveau logiciel politique thaïlandais

Date de publication : 07/12/2023
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Srettha Thavisin

 

Une analyse de Philippe Bergues

 

Depuis l’investiture de Srettha Thavisin comme Premier ministre le 23 août dernier, 100 jours viennent de s’écouler. En quoi le logiciel politique thaïlandais s’en est-il trouvé modifié ? Quels enseignements tirer de l’action gouvernementale de ces trois premiers mois ?

 

L’élément estival majeur dans la politique thaïlandaise a été le retour de Thaksin Shinawatra, permettant une trêve dans la polarisation de près de deux décennies entre l’establishment militaro-royaliste et Thaksin lui-même (de même que ses obligés du parti). A l’opposition classique Jaunes-Rouges s’est substituée une lutte politique entre partisans de la réforme (le Move Forward Party) et les tenants du statu quo incluant le Pheu Thai. Ceci est une nouveauté significative. Grâce au fameux « deal secret » négocié permettant en même temps le retour de Thaksin et une improbable alliance gouvernementale entre le Pheu Thai et les partis conservateurs, notamment militaires, que le Pheu Thai avait pourtant largement décrié durant la campagne électorale. On se souvient des discours enflammés de Paetongtarn Shinawatra à propos des « oncles » Prayut Chan-o-cha et Prawit Wongsuwon.

 

Pragmatisme politique

 

Le pragmatisme politique a prévalu. Totalement empêché d’exercer le pouvoir par une constitution confiscatoire, le Move Forward, arrivé en tête, et ses 14 millions d’électeurs ont regardé le Pheu Thai et la famille Shinawatra sceller la solution permettant une coalition avec ses ennemis d’hier. Les élites conservatrices ont considéré qu’une alliance avec Thaksin était un moindre mal face aux revendications réformatrices de la monarchie du camp « orange ». Srettha Thavisin, homme d’affaires à la réussite établie avec son groupe Sansiri Corp, fut considéré comme le pilote idoine d’une équipe gouvernementale dont l’objectif est d’améliorer la croissance économique et l’attractivité de la Thaïlande à l’international, pour un mieux-vivre du peuple thaïlandais faisant face à un contexte inflationniste. Faire progresser le niveau de vie des paysans, des ouvriers et des plus précaires dans une société très inégalitaire est le grand défi de Srettha et du Pheu Thai. Tout comme celui de la nouvelle cheffe du Pheu Thai, Paetongtarn Shinawatra, qui engage son nom de famille en soutenant une politique de redistribution.

 

Subvention numérique

 

Les 10 000 bahts numériques à dépenser localement sont la mesure phare annoncée (sous conditions de ressources), l’avenir montrera ou non l’efficacité de celle-ci. Populiste ou nécessaire ? Car des économistes de renom interrogent sur son financement par l’emprunt qui accentuerait fortement la dette publique d’environ 500 milliards de bahts. Et se disent que cet argent aurait une meilleure destination structurelle vers un aménagement du territoire plus équilibré (routes, transports, infrastructures), de meilleurs programmes de lutte contre les inondations récurrentes d’année en année ou contre la très défectueuse qualité de l’air observée dans plusieurs villes du royaume (surtout Chiang Mai et Bangkok). Quant aux fondamentaux affairistes thaïlandais, le Premier ministre Srettha n’a pas du tout bousculé l’ordre établi, les grands groupes énergétiques, du bâtiment, de l’agro-alimentaire, de la distribution, des brasseries et des services appartenant à de grandes familles puissantes, la plupart sino-thaïes, n’ont pas à s’inquiéter de la « démonopolisation » qu’avait promise la première version empêchée de la coalition Pita (8 partis dont le Pheu Thai).

 

Défi sécuritaire

 

D’un point de vue sécuritaire, Srettha Thavisin et son ministre de la Défense, Sutin Klungsang, semblent avoir trouvé un fonctionnement consensuel avec les généraux, se préoccupant du dossier encore en cours de l’acquisition d’un sous-marin motorisé réclamé par les hauts gradés et reportant dans le temps la question de la conscription obligatoire. Srettha veut donner des gages à l’armée car il sait très bien ce dont elle est capable politiquement, des gouvernements thaksiniens ayant déjà été renversés en 2006 et 2014. Le leitmotiv du chef de gouvernement est de ne pas insulter l’avenir et de paraître celui qui a réussi la réconciliation en douceur. Le tout aussi scruté par les Shinawatra qui espèrent une grâce royale définitive qui sortirait Thaksin de son « hôpital-prison » et qui rêvent d’une issue judiciaire favorable à Yingluck lors de son procès fin décembre. Qui lui permettrait, à l’instar de son frère, un retour à la maison ?

 

La diplomatie, incontestable réussite du gouvernement Srettha

 

Les aléas géopolitiques moyen-orientaux avec les actions terroristes du Hamas le 7 octobre dernier sur le sol israélien ont eu d’énormes répercussions pour la Thaïlande, pays ayant le plus d’otages avec la France (et hormis Israël) et près de 40 victimes à déplorer. En obtenant la libération de 17 de ses otages grâce à une stratégie que j’ai récemment relatée dans ces colonnes, la diplomatie thaïlandaise a montré toute son efficacité en redoublant d’efforts de négociations avec l’Iran, l’Égypte et le Qatar. Et aussi en utilisant les réseaux parallèles du président de la Chambre basse, Wan Muhamad Nur Matha, et de l’Association des anciens élèves thaïlandais-iraniens menés par Lerpong Syed. Ce pragmatisme de solutions a conduit à la réussite du gouvernement Srettha dans son objectif affiché de faire libérer ses citoyens même si quelques-uns d’entre eux demeurent toujours entre les mains du Hamas, suite à la fin de la trêve dans les combats. Les médias du monde entier ont relaté et salué cette victoire diplomatique thaïlandaise avec l’originalité de son approche. Sans aucun doute, la diplomatie façon Srettha appuyée par son ministre des Affaires étrangères, Parnpree Bahiddha-Nukara aura marqué les esprits et révélé aux Thaïlandais eux-mêmes, très majoritairement bouddhistes, qu’ils pouvaient compter sur la composante musulmane de leur population lorsqu’il s’agit de défendre l’intérêt national. Un bon point pour le gouvernement au moment où se discute aussi la pacification des trois provinces du Sud et de ses sécessionnistes islamistes.

 

En parallèle à cet écho mondialisé, Srettha a également réuni ses ambassadeurs et leur a induit d’appliquer à l’échelle planétaire la stratégie « Team Thailand » qui consiste à attirer les investisseurs étrangers sur le sol siamois. Srettha a payé de sa personne en multipliant les rencontres avec les PDG de certaines des entreprises les plus en vue aux États-Unis (Tesla, Microsoft…) lors du récent sommet de l’APEC à San Francisco et l’a fait savoir à grands coups de selfies sur les réseaux sociaux, comme celui avec Elon Musk. La diplomatie économique 2.0 en quelque sorte. Srettha veut se servir de l’économie pour légitimer son gouvernement auprès du peuple et espère une amélioration substantielle du niveau de vie. Pour transformer un jour l’essai d’un point de vue électoral, sans que l’on sache à cet instant si la législature de 4 ans ira à son terme. Thaksin et Paetongtarn regardent de près toute évolution possible.

 

Srettha et l’opposition incarnée par le Move Forward : quelle écoute possible ?

 

D’un point de vue objectif, on est très loin du programme affiché conjointement par le Move Forward, le Pheu Thai et six autres partis début juillet au moment où Pita Limjaroenrat s’apprêtait à défendre sa candidature au poste de Premier ministre devant les députés et les sénateurs. On sait ce qu’il advint, un blocage irrémédiable pour que le parti vainqueur des élections soit en incapacité de gouverner. On pouvait penser au moins que le Pheu Thai au gouvernement et le Move Forward dans l’opposition pourraient s’accorder sur les modalités de réécriture de la Constitution, en particulier sur le Sénat, car le mandat des sénateurs actuels prendra (normalement) fin au printemps 2024. Les projets butent sur la volonté de l’establishment de refuser un comité de rédaction entièrement élu par le peuple comme le souhaiterait le MFP et des organisations citoyennes comme iLaw. L’enjeu est de taille car nommés grâce à la constitution militaire de 2017 et avec le pouvoir d’élire le Premier ministre, les sénateurs ont prouvé qu’ils pouvaient aisément contourner le vote des Thaïlandais.

 

Ce dossier de réforme constitutionnelle n’avance guère et il ne semble pas certain que Srettha et le Pheu Thai, désormais aux affaires avec les partis conservateurs, aient envie de casser une certaine « normalisation » de leurs rapports mutuels.

 

Nul ne sait quand la nouvelle charte sera en vigueur. De même, le sort personnel de Pita Limjaroenrat et du parti Move Forward restent toujours inconnus. La Cour constitutionnelle interdira-t-elle le premier d’activité politique et dissoudra-t-elle le second ? Là encore, Srettha, le Pheu Thai et la famille Shinawatra observent, car des décisions drastiques ne manqueraient pas de bousculer le paysage politique et pourraient réveiller la rue thaïlandaise. Sur l’approche sociétale, le point de consensus établi entre le gouvernement Srettha et le Move Forward paraît être une accélération de la législation du mariage pour tous, réclamé par la communauté LGBT+ et accepté par une majorité de Thaïlandais.

 

Srettha, pour ou contre une amnistie politique générale ?

 

Quant aux revendications de la jeunesse pro-démocratie, force est de constater que les manifestations sont en berne depuis août. Les procès des accusés de crime de lèse-majesté continuent, certains militants sont libérés sous caution et d’autres toujours emprisonnés. L’article 112 du code pénal ne fera l’objet d’aucun débat parlementaire. Une certitude. Par contre, la question d’une amnistie politique générale de militants jaunes ou rouges condamnés de 2006 à aujourd’hui est posée et discutée, mais on observe que les forces conservatrices veulent exclure les condamnés liés à l’article 112 de cette amnistie, au nom de la défense de l’institution royale.

 

Le Pheu Thai ira t-il à l’encontre de ses nouveaux partenaires sur ce point précis ? Il est largement permis d’en douter. Srettha Thavisin, à peine entré dans ses fonctions de Premier ministre, la figure de proue du mouvement pour la réforme de la monarchie, Arnon Nampa, a été condamné à quatre ans d’emprisonnement fin septembre et a fait appel de cette décision.

 

Indéniablement, la Thaïlande est entrée dans une nouvelle ère politique depuis le gouvernement dirigé par Srettha Thavisin. Thaksin en a été l’élément déclencheur puisque le seul moyen de composer un gouvernement, constitué d’anciens partis rivaux, a été d’allier les élites conservatrices et les élites économiques du Pheu Thai, sur fond d’un programme de relance, incluant des recettes populistes. Et en sacralisant l’institution royale. L’avenir dictera la durabilité du gouvernement Srettha. Observé par le peuple qui n’accepterait pas des dérapages de corruption, de népotisme prononcé ou de promesses électorales ignorées auxquels cas le Move Forward (ou le parti qui lui succéderait en cas de dissolution) renforcerait son assise lors des prochains scrutins. Et aussi observé par l’establishment militaro-royaliste pour que le curseur des réformes (surtout constitutionnelle) n’aille pas contre leurs intérêts. Car dans ce cas, les rouages militaires et judiciaires pourraient s’activer pour rappeler à Srettha sa marge de manœuvre.

 

Philippe Bergues

 

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2 Commentaires

  1. euh si intéressant c’est :
    – souligner que le pheu thai veut relever le niveau de vie des paysans…alors que c’est Prayut qui leur a restitué une bonne partie de leurs ventes de riz après la disparition des 140 milliards de bahts sous Yingluck ?!?! …un peu gros pour un journaliste spécialisé Thaïlande
    – appeler “subventions numériques” une entreprise de démolition du Baht relevé par tous les économistes et le directeur de la banque centrale de Thaïlande…et quand ils auront leurs bitcoin et autre dans les mains …sans ordi, et sans acheteurs car les commerçants voudront de la monnaie trébuchante, que se passera-t-il ? ce qu’on ne dit pas c’est que Srettha a perdu beaucoup beaucoup d’argent en monnaie numérique…ah ça y est, pigé ?
    – il “n’a pas bousculé les grands groupes”: évidemment 50% sont des amis de Thaksin !
    – “diplomatie = réussite”…ah oui ? aller lécher les bottes des Mollah? c’est bon a court moyen et long terme? la Thaïlande y laisse quoi ?
    – aller faire le clown dans les salons des grands trust mondiaux avec ses chaussettes roses n’ont donné que ce dernier point comme commentaire..pendant ce temps , la croissance est à 1,5% , le plus faible jamais vu depuis longtemps ..et malgré une nette reprise du tourisme occidental et chinois…ah non, pour ce dernier , il s’est encore planté : boycott de Xi depuis 2 semaines car Srettha remet en question l’accord sur le TGV de Chine vers la Malaisie conclu par Prayut.
    – il se singularise par un positionnement quasi-systématiquement inverse aux projets Prayut, qui ont pour tant transformé le pays en 9 ans bien plus que les trente années passées. La coalition gouvernementale battra de l’aile bien vite !
    – réformes constitutionnelles : exact: oubliées…belle trahison !
    – inflation ? pas un mot du journaliste , pourtant les petits commerces continuent de fermer et les gens consomment de moins en moins . En cause une inflation galopante…
    mais il faut vivre au pays pour percevoir ce fait …ce qui ne semble pas le cas de ce journaliste parisien…

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