
Coup de théâtre dans la politique commerciale américaine. Le 20 février, la Cour suprême des États-Unis a invalidé les droits de douane imposés au titre de l’IEEPA (International Emergency Economic Powers Act), jugeant ces mesures illégales. Cette décision annule à la fois les tarifs « réciproques » appliqués à plusieurs pays et les surtaxes liées au fentanyl visant la Chine.
Mais l’accalmie n’aura pas duré longtemps.
Trump dégaine un tarif universel de 15 %
En réaction, le président américain a immédiatement activé la Section 122 du Trade Act, instaurant un tarif universel temporaire de 10 %, rapidement relevé à 15 %, applicable à l’ensemble des partenaires commerciaux pour une durée maximale de 150 jours.
Les droits sectoriels déjà en place — notamment ceux relevant des Sections 232 et 301 — restent toutefois inchangés.
Cette mesure sert de transition, le temps pour l’administration américaine de lancer de nouvelles enquêtes commerciales susceptibles de déboucher sur des tarifs plus durables et plus ciblés.
Un « reset » tarifaire pour l’Asie
Concrètement, le nouveau tarif universel de 15 % remplace les anciens droits différenciés par pays. La surtaxe spécifique de 10 % imposée à la Chine en 2025 au titre du fentanyl disparaît également.
Deux effets majeurs sont attendus :
L’écart tarifaire entre la Chine et le reste de l’Asie se réduit nettement, ce qui pourrait freiner, à court terme, la diversion des flux commerciaux hors de Chine.
L’incertitude commerciale risque de repartir à la hausse dans les prochains mois, à mesure que le Bureau du représentant américain au commerce (USTR) multipliera les enquêtes sectorielles et nationales.
Pékin, gagnant provisoire
À court terme, la Chine semble être la principale bénéficiaire de cette convergence tarifaire. Son fardeau douanier effectif passerait d’environ 31 % (11 % de droits hérités du premier mandat Trump + 10 % de tarifs réciproques + 10 % liés au fentanyl) à environ 26 % (11 % sectoriels + 15 % universels).
De plus, certains produits — notamment électroniques — exemptés sous la Section 122 mais non sous les anciens tarifs liés au fentanyl pourraient bénéficier d’un allègement supplémentaire.
Cette réduction relative des écarts tarifaires devrait soutenir les exportations chinoises vers les États-Unis et réduire les incitations à faire transiter les marchandises via l’ASEAN pour contourner les droits de douane.
Un avantage fragile
Cet avantage pourrait toutefois être de courte durée. L’USTR prépare déjà de nouvelles investigations susceptibles d’aboutir à des tarifs sectoriels plus permanents une fois la période de 150 jours écoulée.
La Chine reste confrontée à un empilement complexe de droits de douane relevant des Sections 301, 232 et 201, et les autorités américaines pourraient la cibler plus sévèrement que les autres économies asiatiques lors des prochaines vagues tarifaires.
En clair, si Pékin respire aujourd’hui grâce à la réduction de l’écart tarifaire, le risque d’un durcissement ciblé reste élevé. Pour l’Asie, le « reset » douanier américain marque moins une détente qu’une nouvelle phase d’incertitude stratégique.
Gaston Baht
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