
L’ancien président philippin Rodrigo Duterte a ordonné et encouragé des milliers d’exécutions systématiques dans le cadre de sa « guerre contre la drogue » et doit être jugé pour crimes contre l’humanité. C’est ce qu’ont affirmé lundi les procureurs de la Cour pénale internationale (CPI) à l’ouverture des audiences préliminaires à La Haye.
Des accusations de meurtres systématiques
Lors de la première des quatre journées d’audience destinées à déterminer si les charges seront confirmées, l’accusation, la défense et les représentants des victimes ont présenté leurs déclarations liminaires.
La procureure Mame Niang a déclaré que la « guerre contre la drogue » menée par Duterte avait entraîné la mort de milliers de civils, dont de nombreux enfants. Selon elle, les variations du nombre de victimes en fonction des déclarations publiques de l’ancien président démontrent qu’il contrôlait la situation.
Détenu à la CPI depuis mars 2025, Rodrigo Duterte fait face à trois chefs d’accusation de meurtre constitutifs de crimes contre l’humanité. Les poursuites portent sur 49 incidents ayant entraîné 76 morts et deux tentatives de meurtre. Les procureurs le considèrent comme coauteur indirect de crimes liés à la campagne nationale antidrogue menée durant sa présidence (2016-2022), ainsi qu’aux activités présumées du « Davao Death Squad » lorsqu’il était maire de Davao.
Les faits examinés couvrent la période de novembre 2011 à mars 2019. En 2019, les Philippines se sont retirées du Statut de Rome, traité fondateur de la CPI, à l’initiative de Duterte.
Une décision attendue dans les 60 jours
Les audiences doivent se poursuivre jusqu’à la fin de la semaine. Le bureau du procureur devra convaincre les juges qu’il dispose d’éléments suffisants pour ouvrir un procès. Les magistrats auront ensuite 60 jours pour décider de confirmer ou non les charges.
Rodrigo Duterte n’assiste pas aux audiences, invoquant un état de santé mentale incompatible avec le suivi des débats. La Cour a toutefois estimé le mois dernier qu’il était apte à être jugé.
Son avocat, Nicholas Kaufman, a rejeté l’ensemble des accusations. Il a soutenu que son client, élu à sept reprises en vingt ans, avait mis en œuvre des politiques de lutte contre la pauvreté et que sa rhétorique visait à instaurer la peur et le respect de la loi, sans intention criminelle.
Les victimes redoutent un retour politique
Les représentants des victimes ont averti les juges des conséquences d’un abandon des charges. L’avocat philippin Joel Butuyan a estimé qu’un non-lieu pourrait permettre à Duterte de revenir aux Philippines « en héros ».
Il a également évoqué le risque de voir émerger de nouveaux dirigeants favorables à l’impunité, en référence à Sara Duterte, actuelle vice-présidente et fille de l’ancien chef de l’État. Cette dernière a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2028 et fait l’objet de trois procédures de destitution au Congrès philippin.
Plusieurs proches de victimes ont exprimé leurs craintes de représailles. Certains affirment avoir subi du harcèlement en ligne de la part de partisans de Duterte.
Mobilisation devant la CPI
Des partisans et des opposants de l’ancien président ont manifesté devant le siège de la CPI et devant le centre de détention où les autorités le détiennent.
Les soutiens de Duterte accusent l’administration du président Ferdinand Marcos Jr. de financer les déplacements de familles de victimes et d’activistes à La Haye. Les intéressés démentent, assurant recevoir l’appui d’églises et d’organisations non gouvernementales.
Les partisans de l’ancien président estiment également que la procédure vise à affaiblir la candidature de Sara Duterte. Certains continuent de défendre le bilan sécuritaire de l’ex-chef de l’État, estimant que les accusations nécessitent des preuves directes et qu’un pays en développement comme les Philippines a besoin d’un dirigeant ferme.
Les juges de la CPI rendront leur décision sur la confirmation des charges dans un délai de deux mois.
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