
Par Ioan Voicu, ancien ambassadeur de Roumanie en Thaïlande
Cette brève chronique vise à familiariser les lecteurs de Gavroche avec l’article publié par le Secrétariat de la Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique (ESCAP) le 1er avril 2026, intitulé « Present conflict in the Middle East: Risks and opportunities for South Asia ».
Bien que la source originale soit un document technique, son contenu mérite d’être largement diffusé auprès d’un public plus large. L’article propose une analyse approfondie des conséquences du conflit actuel au Moyen-Orient sur les économies d’Asie du Sud. Il s’agit d’une interprétation doctrinale élaborée par des experts de l’ESCAP, et non d’une prise de position officielle engageant les États membres.
Des tensions géopolitiques aux chocs énergétiques
L’article met en lumière l’intensification des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, en particulier le conflit impliquant la République islamique d’Iran. Ces tensions exercent une forte pression sur les systèmes mondiaux, notamment en matière de paix, de commerce et de marchés énergétiques.
Le Moyen-Orient reste une région essentielle pour l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz. Toute perturbation y provoque des effets en chaîne à l’échelle planétaire. La hausse spectaculaire du prix du pétrole brut Brent, qui a dépassé les 100 dollars le baril et atteint environ 120 dollars début mars 2026, illustre parfaitement cette volatilité. Elle s’explique notamment par les craintes d’une possible perturbation du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du commerce mondial de pétrole.
La vulnérabilité particulière de l’Asie du Sud
Les pays dépendants des importations énergétiques, en particulier les économies en développement, sont les plus exposés. L’augmentation des prix de l’énergie renchérit les coûts de transport, accentue les pressions inflationnistes et fragilise les équilibres macroéconomiques.
Les pays d’Asie du Sud figurent parmi les plus vulnérables en raison de leur forte dépendance aux combustibles fossiles importés du Moyen-Orient. Le Pakistan et le Bangladesh importent une part importante de leur gaz naturel liquéfié du Qatar et des Émirats arabes unis, tandis que l’Inde tire près de la moitié de ses importations de pétrole brut de cette région, une grande partie transitant par le détroit d’Ormuz.
Des épisodes passés de volatilité pétrolière ont déjà provoqué des crises économiques dans la région, comme au Sri Lanka. Les hausses actuelles risquent d’entraîner des effets similaires : dégradation de la balance des paiements, affaiblissement des monnaies nationales, inflation accrue et fortes pressions budgétaires. Ces répercussions touchent l’ensemble des secteurs : transport, industrie, agriculture et services. La dépendance énergétique apparaît ainsi comme un facteur de vulnérabilité systémique qui peut freiner le développement.
Une crise qui peut aussi devenir une opportunité
L’article ne se limite pas à un constat alarmiste. Il considère que cette crise peut constituer une opportunité de transformation structurelle. Elle souligne l’urgence de réduire la dépendance aux énergies fossiles importées et de renforcer la sécurité énergétique à long terme.
Dans cette perspective, la transition vers les énergies renouvelables est présentée comme une stratégie à « triple dividende » :
– Renforcer la sécurité énergétique en diminuant la dépendance aux importations et en limitant l’exposition à la volatilité des marchés internationaux. L’Asie du Sud dispose d’un important potentiel en énergie solaire, hydraulique et éolienne.
– Soutenir la croissance économique grâce à la création d’emplois, à l’attraction de capitaux privés et au développement d’industries locales dans les technologies solaires, le stockage d’énergie et la modernisation des réseaux électriques.
– Améliorer la santé publique et protéger l’environnement en réduisant la pollution de l’air, un problème majeur dans de nombreuses villes de la région, tout en facilitant le respect des engagements climatiques.
Des progrès réels mais insuffisants
Certains avancées ont déjà été réalisées : plusieurs pays ont investi dans l’énergie solaire, amélioré leur efficacité énergétique et adopté des politiques favorables aux renouvelables. La coopération régionale s’intensifie également, notamment via les échanges transfrontaliers d’électricité entre l’Inde, le Népal, le Bhoutan et le Bangladesh.
Cependant, ces efforts restent inégaux et insuffisants. Des obstacles majeurs persistent en matière de financement, d’infrastructures et de régulation. Les réseaux électriques ne sont pas toujours adaptés à l’intégration massive d’énergies renouvelables, et les risques d’investissement continuent de freiner le secteur privé.
Conclusion
Les auteurs insistent sur la nécessité de renforcer la coopération régionale : développement des interconnexions électriques, partage des connaissances techniques et harmonisation des cadres réglementaires. Ils soulignent le rôle clé de l’ESCAP en tant que plateforme neutre pour le dialogue politique, le renforcement des capacités et l’assistance technique.
En définitive, dans un contexte international marqué par l’incertitude, la sécurité énergétique ne peut plus reposer uniquement sur les combustibles fossiles. Pour les pays d’Asie du Sud, la transition vers les énergies vertes représente à la fois une nécessité stratégique et une véritable opportunité de développement durable.
Cette analyse met ainsi en évidence une double réalité : la gravité des risques liés aux tensions géopolitiques actuelles et le potentiel de transformation qu’elles offrent aux économies vulnérables.
Ioan Voicu
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