
Une chronique cambodgienne de Yann Moreels
Les Thaïlandais portent de nouveaux coups aux différents accords conclus avec le Cambodge. Cela fait des semaines que le gouvernement cambodgien bataille avec son voisin pour reprendre le dialogue et revenir aux frontières reconnues par les accords internationaux. Le gouvernement siamois de M. Anutin fait fi de tous les écrits et de toutes les demandes de réunion de la commission ad hoc, tout en renforçant ouvertement la présence thaïlandaise dans les zones occupées, notamment par des militaires.
En particulier, durant le Nouvel An khmer, mais aussi thaïlandais, la venue de visiteurs sur le temple conquis de Trapeang, accompagnée de nombreuses photographies publiées dans la presse, a fortement choqué la population khmère.
On savait depuis le début que ce conflit comportait plusieurs volets plus ou moins voilés, notamment autour du temple contesté de Temple de Preah Vihear et de son chemin d’accès. Mais de là à revendiquer d’autres ruines khmères le long de la seule frontière reconnue pendant plusieurs décennies, il y avait un pas supplémentaire.
La rupture de l’accord énergétique
Et voilà que la Thaïlande met fin, le 5 mai 2026, à l’accord bilatéral de coopération maritime énergétique signé il y a vingt ans avec le Cambodge. Cet accord, évoqué depuis le début du conflit comme l’une des raisons cachées des tensions, apparaît désormais au grand jour.
Il s’agit du partage maritime dans le golfe et donc des eaux nationales des deux pays, en particulier des zones connues pour receler de possibles réserves de gaz et de pétrole offshore.
L’ASEAN tente une médiation
Allons à Manille…
Le Gouvernement royal de Phnom Penh a déploré une décision unilatérale qui s’ajoute à l’ensemble des efforts de négociation menés sans relâche par le ministre des Affaires étrangères Prak Sokhonn. Celui-ci saisit tous les mécanismes internationaux possibles afin de régler le différend maritime.
Quant à ASEAN, désormais présidée par les Philippines, elle a joué, ce jeudi 7 mai 2026, un rôle d’arbitre très officiel entre les Premiers ministres des deux grands pays continentaux, en conflit durable depuis bientôt un an.
Le 8 mai, jour mémorable, un document a été signé à Cebu : un habituel mémorandum d’entente (MOU) où chacun campe sur ses positions, le Premier ministre cambodgien appelant au droit international, tandis que son homologue thaïlandais défend une situation qu’il juge « établie ».
Une paix encore fragile
La fin attendue des fortes chaleurs le mois prochain jouera-t-elle un rôle pour calmer les esprits de part et d’autre ? Ceux-ci demeurent encore très échauffés dans cette période de guerre froide qualifiée de cessez-le-feu, même si l’on entend parfois, de temps à autre, une détonation provoquée par un villageois excédé.
Rappelons qu’il existe encore au Cambodge un camp de réfugiés regroupant des villageois expulsés de leurs maisons par l’agression militaire thaïlandaise. Qui, au final, aura le sens de l’honneur ?
La venue de Emmanuel Macron, président français, à la mi-novembre 2026, devrait encourager la diplomatie, sur terre comme sur mer, des deux côtés.
Un soutien technique, une assistance, une expertise en droit international et des conseils destinés à apaiser les tensions militaires ne pourront qu’être utiles, tant ce conflit ne mènera à rien.
Puissent les exigences de paix l’emporter sur les volontés de puissance et de domination économique, si nuisibles aux deux populations.
Yann Moreels
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