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THAÏLANDE – CHRONIQUE : La nostalgie siamoise n’est plus ce qu’elle était

Date de publication : 01/06/2026
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Une chronique siamoise de Patrick Chesneau.

 

C’est une complainte que l’on entend de plus en plus souvent dans les milieux farang (Occidentaux). Dans les conversations tenues à l’approche du crépuscule, entre deux bières, ou sur les réseaux sociaux : « La Thaïlande n’est plus ce qu’elle était. »

 

Certains nostalgiques du passé évoquent volontiers un vent de liberté qui, selon eux, soufflait sur le pays du sourire lorsqu’ils l’ont connu il y a trente ou quarante ans. « La Thaïlande d’avant » est l’une de leurs expressions favorites. Elle leur sert à décrire une sorte de lieu mythique où « on ne se prenait pas la tête. On respirait. On était bien ».

 

À les en croire, un véritable âge d’or a existé sous cette latitude. Pour ajouter, sur un ton passablement désabusé, que cette époque détendue, presque nonchalante, est définitivement révolue.

 

Les gens du pays sont aujourd’hui moins accueillants, plus intolérants, plus maussades. Ils le disent ainsi.

 

En parallèle, ils pointent les lois applicables aux étrangers, devenues plus contraignantes, ainsi que la multiplication des tracasseries administratives. Et de citer pêle-mêle le port obligatoire du casque à moto, la nécessité de disposer d’un permis de conduire adapté à chaque catégorie d’engin, les formalités toujours plus fastidieuses pour l’obtention ou le renouvellement du visa retraite ou encore les difficultés pour ouvrir un compte bancaire.

 

Au moment de la conclusion, le désenchantement est patent : « Plus ça va, plus ça ressemble à la France et à son enfer bureaucratique. »

 

Que répondre à brûle-pourpoint aux déçus d’une évolution vraisemblablement irréversible ? D’abord, il convient d’en comprendre les causes.

 

Premier élément d’explication

 

Il y a la Thaïlande d’avant et d’après le Covid. Une véritable ligne de démarcation temporelle. De fait, la pandémie, somme toute récente, a transformé le pays en profondeur. Il suffit de se remémorer le tableau clinique de cette crise sanitaire mémorable : des centaines de milliers de citoyens, sinon plusieurs millions, ont été précipités dans un marasme économique sans précédent. Jamais n’avait-on vu auparavant des files interminables de personnes en quête de nourriture. Spectacle poignant à l’époque : des soupes populaires version thaïlandaise à Bangkok, Pattaya et dans d’autres grandes villes.

 

Trois années de pandémie se sont traduites par une paupérisation de masse. Des milliers de petites entreprises ont dû fermer. Le secteur du tourisme, qui représentait près de 20 % du PIB, a connu une chute vertigineuse, entraînant une disette financière dramatique dans quantité de foyers. Des commerces ont mis la clé sous la porte, des échoppes de rue ont disparu. Des salariés ont découvert les affres du chômage.

 

Phénomène jusqu’alors très limité, les vols et braquages de magasins, en particulier de bijouteries, ont soudain défrayé la chronique dans les milieux urbains. Certes, dans des proportions modestes par rapport aux statistiques occidentales, mais le fait est là : la légendaire insouciance des Thaïlandais s’est évaporée, au moins partiellement.

 

Depuis cette césure, le peuple siamois a pris conscience que le Royaume n’est pas à l’abri des soubresauts internationaux. Le spectre des guerres s’est insinué dans les esprits, avec des répercussions tangibles sur les prix des carburants et, plus largement, sur le coût de la vie. Au point que la Thaïlande bon marché est aujourd’hui largement une vue de l’esprit.

 

En un mot comme en cent, les Thaïlandais ont conservé leur propension hors norme à la gaieté et à la joie de vivre, mais des préoccupations lourdes occupent désormais la réflexion collective.

 

Autre considération

 

Peut-être les ressortissants étrangers, rescapés dépités d’une période plus faste, ont-ils longtemps confondu liberté avec laxisme et permissivité. Le « mai pen rai » et le « sabai sabai » sont les ingrédients de base d’un mode de vie à l’allure débonnaire pour qui vient de l’Ouest. Mais cela ne signifie en aucun cas une tolérance aux débordements.

 

Le chaos ne fait pas partie de la thainess (l’identité thaïlandaise). Bien au contraire, les sociétés du bas Mékong, profondément bouddhistes et nourries de spiritualité, sont férues de codification et de ritualisation.

 

Un certain laisser-aller dans l’application des lois locales aux étrangers était, semble-t-il, toléré où le tourisme demeurait balbutiant. Les flux venus de l’extérieur étaient alors très limités.

 

Puis l’Asie du Sud-Est a été happée, elle aussi, par la mondialisation. La fréquentation touristique s’est massifiée et les problèmes ont mécaniquement changé d’échelle. D’une simple régulation, les autorités ont dû passer à des mesures de contrainte et de coercition. Plutôt juguler que laisser le désordre s’enraciner.

 

Les effets du surtourisme

 

Au total, si la Thaïlande a changé dans sa mentalité collective en trente ou quarante ans — négativement selon les incorrigibles grincheux — c’est avant tout en raison du surtourisme et de ses effets destructeurs sur la culture, les traditions et les usages vernaculaires.

 

Plus précisément, c’est la conséquence de tendances néfastes pour les 68 millions d’habitants du Royaume, avec une accélération constatée depuis une dizaine d’années.

 

À savoir les comportements délinquants, désordonnés, ou irrespectueux de beaucoup trop d’étrangers grossiers, rustres et abonnés aux incivilités, parfois jusqu’aux exactions les plus diverses. Les entorses à la loi semblent chez eux une seconde nature.

 

Il suffit d’observer l’actualité et l’inflation des faits divers impliquant ces visiteurs, farang ou autres, pour éprouver honte et révolte. Le climat délétère qui s’est installé dans certaines enclaves — Pattaya, Koh Samui, Koh Phangan ou Phuket — affecte, par ricochet, les milliers de visiteurs et résidents de longue durée soucieux de vivre en harmonie avec ce splendide Royaume.

 

Constat brut de décoffrage

 

Il ne peut y avoir accoutumance à la répétition et à l’aggravation des faits délictueux. Nulle part sur Terre. Dans aucune société organisée soucieuse du bien-être de sa population. Le prix à payer est donc élevé pour les agissements répréhensibles d’individus représentant une véritable nuisance sociale.

 

Ces derniers ont même réussi à incommoder les Thaïlandais dont le sens de l’accueil, de l’hospitalité et du partage est pourtant reconnu comme exceptionnel. Qu’on se rassure : ces traits distinctifs n’ont pas disparu malgré les crispations engendrées par les « aliens » contrevenants.

 

Puisse le pays du sourire éviter, pour les décennies à venir, le syndrome de la grimace et de la sinistrose. Des maux qui dominent déjà une bonne partie de l’Occident.

 

Patrick Chesneau

 

Et vous ?

La Thaïlande a-t-elle vraiment changé ou est-ce notre regard qui a évolué ? Réagissez dans les commentaires.

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