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FRANCE – POLITIQUE : Vue d’ailleurs, à Évian, l’échec des centurions

Date de publication : 17/06/2026
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Chaque semaine, notre ami Richard Werly, conseiller éditorial chez Gavroche, partage sa vision de la France sur le site d’actualités suisse Blick. Vous pouvez vous abonner à sa lettre d’information, Republick, ou la consulter en ligne.

 

Voici son éditorial. La newsletter complète est disponible ici.

 

J’aurais aimé entendre Jean Ziegler commenter ce G7 à Évian, à quelques kilomètres de Genève. Je vous parle de notre regretté sociologue tiers-mondiste, car il nous a quittés le 10 juin dernier, à 92 ans. Ziegler était, comme je l’ai écrit dans Blick, aussi indispensable qu’insatiable et insupportable. Il avait, disait-il, reçu mandat de Che Guevara pour mener la lutte « dans le cerveau du monstre ». Et il le fit durant des décennies, comme universitaire, comme essayiste, comme romancier, comme député et comme rapporteur de l’ONU.

 

Je l’entends encore pourfendre l’impérialisme des États-Unis et dénoncer ce qu’il considérait comme une inacceptable impunité israélienne. Je le vois s’énerver et tourner casaque, du côté de Plainpalais, à Genève, lorsque je le critiquais pour son attachement viscéral aux révolutionnaires latino-américains reconvertis en zélés dictateurs gauchistes. Jean Ziegler va me manquer parce qu’il continua, jusqu’au bout, de se battre. Pour que l’espoir demeure.

 

Son combat, bien sûr, était à des années-lumière de celui que Donald Trump a organisé sur la pelouse de la Maison-Blanche pour son 80e anniversaire. Trump, lui, croit aux centurions. A la force. A la virilité transformée en programme politique. Or, que risque-t-on de voir sur les bords du lac Léman avec cet accord Iran-États-Unis dont le contenu n’a toujours pas été rendu public ? Une nouvelle preuve de l’échec de cette force brute à changer le monde et à libérer les peuples.

 

D’un côté, l’espoir, aussi discutable soit-il. De l’autre, le MMA et le rodéo à moto érigés en armes de destruction politique massive. Je vous laisse choisir. En n’oubliant pas, comme l’écrivait Jean Ziegler, que «la victoire des vaincus» prend souvent l’histoire en embuscade.

 

Bonne lecture et Happy Birthday quand même, Mister President !

(Pour débattre : richard.werly@ringier.ch)

 

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1 COMMENTAIRE

  1. Peut-être mû par une sorte de charité chrétienne de bon aloi qui sied aux périodes funèbres et à la modération qui sied à l’évocation du mort presque divinisé, notre éditorialiste n’en exprime pas moins une certaine « distance » à l’égard du « Savonarole du Léman » : insatiable mais de quelles soifs ? Insupportable mais pourquoi ? On n’en saura pas plus. Le temps du deuil et de la réserve passés, la langue se déliera peut-être.

    Il est vrai que Jean Ziegler marqua la Suisse de ses saillies souvent caricaturales que les médias montaient en épingle et qu’il affectionnait. La lumière des projecteurs l’enivrait et alors il ne s’embarrassait pas des « affirmations parfois hâtives », « étayées » sur un fond de marxisme primaire et caricatural que sa conversion au catholicisme dopait. Ziegler, un catholique nouveau ayant abjuré le calvinisme qui faisait du pauvre l’alpha et l’oméga de l’humanité. Le rapprochement avec Voltaire est plutôt cocasse.

    L’Occident assimilé aux turpitudes du capitalisme l’a conduit à un tiers-mondisme absolu alimenté par les indépendances des années 60. Le « Che » fut son idole au point d’en être, momentanément, le chauffeur genevois, mais la liste des dictateurs auxquels Jean Ziegler se voua est longue. La longue liste des adorations dont notre éditorialiste nous fait grâce révèle chez Jean Ziegler « un goût pour l’aveuglement politique » que certains analysent comme la constance inébranlable d’opinions inaltérables et inaltérées, une marque de pureté, de sainteté.

    Son approche radicale de l’impérialisme le conduit à faire d’Israël un cas à part, bien qu’à l’origine il en fût un soutien fervent. Les guerres de 1967 et de 1973, conduisant l’État hébreu à se défendre contre des armées ennemies, obérèrent son approche et l’antisionisme fut sa boussole d’appréciation, sans que l’on puisse distinguer, c’est la zone d’ombre, entre la critique des occupations successives de territoires et la critique de l’État dans son existence même. L’accusation d’antisémitisme dont il fut l’objet fut vivement rejetée par lui-même. Les compagnonnages de Jean Ziegler, vus rétrospectivement, jettent un éclairage suspicieux sur ses positions. Quels rapports entre Roger Garaudy, l’Abbé Pierre et Tariq Ramadan qu’il fréquenta ?

    Force est de reconnaître que Jean Ziegler avait un sens inné du théâtre dans ses exercices de prédication et d’homélie plus que d’analyse, aussi bien sur les plateaux de télévision qui en redemandaient que dans ses livres. La sociologie que Jean Ziegler pratiquait avait l’avantage, par le sens de l’image, des formules et d’une forme de poésie, de nous dispenser de réfléchir.

    Alors peut-on être amené à penser que Jean Ziegler est mort un peu trop tôt et qu’ayant assisté de loin au G7, ayant constaté une victoire des mollahs contre l’Amérique satanique, il eût troqué son catholicisme contre la religion de Mahomet ?

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