
Créé pour gérer les actifs de l’État indonésien, le fonds souverain Danantara est devenu en quelques mois l’un des principaux instruments de la politique économique du président Prabowo Subianto. Une évolution qui suscite autant d’espoirs que d’interrogations.
Avec près de 900 milliards de dollars d’actifs sous gestion et environ 1 000 entreprises publiques dans son portefeuille, Danantara figure déjà parmi les plus grands fonds souverains du monde.
Lancé début 2025, ce fonds devait initialement fonctionner comme un investisseur professionnel chargé d’améliorer la rentabilité des actifs détenus par l’État indonésien. Son modèle s’inspirait notamment de Temasek, la célèbre société d’investissement publique de Singapour. Mais sous l’impulsion du président Prabowo Subianto, sa mission s’est rapidement élargie.
Aujourd’hui, Danantara ne se contente plus de gérer des participations publiques. Le fonds intervient dans des domaines aussi variés que l’agriculture, les infrastructures, le tourisme, la sécurité alimentaire ou encore certains programmes sociaux du gouvernement.
Le nouvel outil économique de Prabowo
Cette montée en puissance s’inscrit dans la stratégie du président indonésien, qui souhaite renforcer le contrôle de l’État sur les secteurs jugés stratégiques et mieux valoriser les ressources naturelles du pays.
Prabowo entend notamment accroître la maîtrise nationale des exportations de matières premières telles que le charbon, l’huile de palme ou certains minerais transformés.
Pour mettre en œuvre cette politique, le gouvernement a même créé une filiale spécifique de Danantara chargée de superviser une partie de ces activités.
Pour les partisans du président, le fonds pourrait devenir un puissant levier de développement capable d’accélérer l’industrialisation du pays et de renforcer la souveraineté économique de l’Indonésie.
Des missions de plus en plus nombreuses
Cette évolution inquiète cependant plusieurs économistes. À leurs yeux, Danantara risque de cumuler trop de fonctions à la fois : fonds souverain, banque de développement, investisseur public et instrument de politique économique.
Certains observateurs estiment qu’une telle concentration de responsabilités pourrait brouiller les priorités du fonds et affaiblir sa capacité à fonctionner selon des critères strictement financiers.
La question de la gouvernance suscite également des interrogations. Plusieurs experts soulignent que les investisseurs internationaux recherchent généralement une séparation claire entre les objectifs commerciaux et les ambitions politiques des gouvernements.
Un test pour la crédibilité de l’Indonésie
Les critiques portent aussi sur la transparence. Plusieurs analystes regrettent le manque d’informations publiques concernant certaines opérations du fonds et estiment qu’il est encore difficile d’évaluer précisément sa stratégie et ses performances.
Pour autant, les marchés n’ont pas tourné le dos à Danantara. Une récente émission obligataire a rencontré un accueil favorable auprès des investisseurs, signe que le projet conserve une certaine crédibilité financière.
Le succès de Danantara dépendra désormais de sa capacité à trouver un équilibre délicat entre ambition politique et discipline économique.
Pour Prabowo Subianto, l’enjeu est considérable : faire du fonds souverain un instrument capable de transformer le potentiel économique de l’Indonésie en puissance durable. Mais si les considérations politiques prennent le pas sur la logique financière, Danantara pourrait rapidement devenir un sujet de préoccupation pour les investisseurs internationaux.
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