
Le Vietnam s’impose comme le grand rival de la Thaïlande sur le très lucratif marché asiatique du durian. Après avoir dépassé son voisin en volume sur le marché chinois en 2025, Hanoï accélère : nouvelles plantations agréées par Pékin, capacités de contrôle renforcées et ouverture du marché indien. Avec une production qui devrait atteindre 2,08 millions de tonnes cette année, pratiquement autant que la Thaïlande, la bataille pour le « roi des fruits » change de dimension.
La domination thaïlandaise sur le marché du durian n’est plus aussi incontestée. Le Vietnam développe rapidement ses capacités de production et d’exportation, avec un objectif prioritaire : consolider sa place en Chine, de très loin le premier marché mondial pour ce fruit.
Le 20 août, l’Administration générale des douanes chinoise (GACC) a approuvé 401 nouvelles zones de culture et 166 installations de conditionnement vietnamiennes. Selon le ministère vietnamien de l’Agriculture et de l’Environnement, le pays compte désormais 1 917 zones de culture de durians approuvées par les autorités chinoises.
Cette décision arrive à un moment stratégique. La récolte des Hauts-Plateaux du Centre, l’une des principales régions productrices du Vietnam, monte en puissance entre août et octobre.
La Chine ouvre davantage ses portes
Le Vietnam a également renforcé son dispositif sanitaire, devenu déterminant depuis le durcissement des contrôles chinois sur la présence de cadmium et d’auramine O.
Depuis le 5 août, le pays dispose d’une liste actualisée de 50 laboratoires agréés par les autorités chinoises pour effectuer les analyses nécessaires avant exportation. Leur capacité combinée atteint entre 10 000 et 13 000 échantillons par jour.
Selon Pham Van Duy, directeur adjoint du Département de la transformation, de la qualité et du développement des marchés, ce réseau doit permettre de répondre aux besoins des exportateurs, y compris pendant les périodes de forte récolte.
L’enjeu est considérable. En 2025, la Chine a importé environ 1,87 million de tonnes de durians frais. Le Vietnam en a fourni quelque 940 000 tonnes et a ainsi dépassé la Thaïlande en volume.
La Thaïlande a toutefois conservé la première place en valeur, avec environ 4 milliards de dollars d’exportations vers la Chine, contre quelque 3,44 milliards pour le Vietnam.
La Thaïlande reprend l’avantage en 2026
La bataille est cependant loin d’être gagnée pour Hanoï. Au premier semestre 2026, la Thaïlande a nettement repris l’avantage sur le marché chinois : ses ventes ont atteint environ 3,79 milliards de dollars, contre 846 millions pour le Vietnam.
Cette photographie reste toutefois partielle. Le calendrier agricole vietnamien diffère de celui de la Thaïlande et une grande partie de la récolte des Hauts-Plateaux arrive sur le marché au second semestre.
Surtout, les deux pays disposent désormais de capacités de production comparables.
Le Vietnam prévoit une récolte d’environ 2,08 millions de tonnes en 2026, contre environ 2,07 millions de tonnes pour la Thaïlande. Un rapprochement spectaculaire pour un secteur longtemps dominé par le royaume.
Les plantations vietnamiennes réalisées entre 2021 et 2023 dans les Hauts-Plateaux du Centre et le sud-est du pays commencent en outre à atteindre leur pleine productivité.
Dang Phuc Nguyen, secrétaire général de l’Association vietnamienne des fruits et légumes, estime que la production nationale pourrait prochainement atteindre entre 2,2 et 2,5 millions de tonnes par an.
L’Inde, nouveau débouché
Hanoï cherche parallèlement à réduire sa dépendance envers la Chine
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Depuis le 13 juillet, l’Inde autorise officiellement l’importation de durians frais vietnamiens. Cette ouverture donne accès à un marché de plus de 1,4 milliard d’habitants, où la progression de la classe moyenne soutient la demande pour les produits alimentaires importés.
Le marché chinois restera néanmoins décisif à court terme. Pour le Vietnam, la question n’est plus seulement de produire davantage, mais de garantir la traçabilité et la qualité sanitaire des fruits exportés.
Les autorités vietnamiennes savent qu’un problème de conformité pourrait rapidement entraîner la suspension de producteurs ou d’installations et permettre à leurs concurrents de reprendre des parts de marché.
Quatre milliards de dollars en ligne de mire
Le gouvernement vietnamien vise désormais environ 4 milliards de dollars d’exportations de durians en 2026. Sur les huit premiers mois de l’année, celles-ci sont estimées à 1,95 milliard de dollars, dont environ 1,85 milliard vers la Chine.
Dang Phuc Nguyen se montre encore plus ambitieux. Il estime que les ventes pourraient atteindre 4,5 milliards de dollars cette année si la dynamique actuelle se poursuit, puis se stabiliser à terme entre 4,5 et 5 milliards de dollars par an.
Le Vietnam n’a donc pas encore détrôné la Thaïlande. Mais un seuil important a été franchi : après l’avoir dépassée en volume sur le marché chinois en 2025, il dispose désormais d’une production comparable à celle du royaume.
Pour la Thaïlande, longtemps presque incontournable sur ce marché, le durian vietnamien est devenu un concurrent qu’elle ne peut plus ignorer.
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