Accueil Économie Asean ASEAN – AUTOMOBILE : L’électrique bouscule la domination japonaise en Asie du Sud-Est

ASEAN – AUTOMOBILE : L’électrique bouscule la domination japonaise en Asie du Sud-Est

Journaliste : Gaston Baht Date de publication : 10/09/2026
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Voiture électrique à Bangkok

 

Une voiture neuve sur cinq vendue dans les six principaux marchés d’Asie du Sud-Est est désormais 100 % électrique. Cette progression profite d’abord aux constructeurs chinois et locaux, tandis que la part des marques japonaises est tombée de 65 % en 2023 à 50 % au premier semestre 2026. Pour la Thaïlande et ses voisins, la prochaine bataille sera industrielle : attirer les usines, les batteries et les équipementiers.

 

Le paysage automobile de l’Asie du Sud-Est change rapidement. Selon une récente étude de Bank of America, les ventes de véhicules ont progressé de 11 % sur un an au premier semestre 2026 dans les six principaux marchés de l’ASEAN.

 

Le Vietnam mène la reprise avec +31 %, devant l’Indonésie (+16 %) et la Thaïlande (+15 %). Mais les situations diffèrent. En Thaïlande et en Indonésie, le rebond intervient après une période difficile. Au Vietnam, la banque juge la progression plus structurelle, portée par un taux d’équipement encore faible, la hausse des revenus et l’électrification rapide du parc automobile.

 

Bank of America prévoit une croissance annuelle moyenne des ventes de 4,5 % entre 2025 et 2030, principalement tirée par le Vietnam et l’Indonésie.

 

Une voiture sur cinq déjà 100 % électrique

 

La véritable rupture se trouve toutefois du côté des motorisations. Au premier semestre, les voitures 100 % électriques ont représenté 20 % des ventes, contre 14 % en 2025. En incluant les hybrides et hybrides rechargeables, les véhicules électrifiés atteignent 29 % du marché.

 

Cette accélération s’explique notamment par l’arrivée de modèles moins chers et mieux adaptés aux besoins régionaux. VinFast au Vietnam, Proton en Malaisie et les constructeurs chinois, notamment BYD, proposent désormais petites voitures urbaines, modèles familiaux et véhicules destinés aux flottes professionnelles.

 

La tendance était déjà très nette en 2025 : selon l’Agence internationale de l’énergie, les ventes de voitures électriques avaient alors plus que doublé en Asie du Sud-Est. Le Vietnam et la Thaïlande figuraient parmi les marchés les plus dynamiques.

 

Les constructeurs chinois gagnent du terrain

 

Cette électrification redistribue surtout les cartes entre constructeurs. Les groupes chinois, très compétitifs sur les prix et disposant d’une avance dans les batteries et les logiciels, ont fait passer leur part du marché régional de 6 % en 2023 à 16 % au premier semestre 2026, selon Bank of America.

 

Les marques locales progressent elles aussi, de 27 à 30 %, notamment grâce à VinFast au Vietnam et Proton en Malaisie. Dans le même temps, la part des constructeurs japonais est tombée de 65 % à 50 %.

 

Le changement est considérable dans une région où Toyota, Honda, Mitsubishi, Isuzu ou Nissan ont dominé le marché pendant plusieurs décennies et construit une grande partie de l’industrie automobile locale.

 

L’hybride reste dans la course

 

Pour autant, Bank of America ne prévoit pas un basculement rapide vers le tout-électrique. À l’horizon 2030, la banque estime que les voitures 100 % électriques pourraient représenter 25 % des ventes, contre 20 % actuellement. L’ensemble des véhicules électrifiés atteindrait 39 %. Autrement dit, hybrides et hybrides rechargeables conserveront une place importante.

 

Le manque de bornes de recharge, les capacités parfois limitées des réseaux électriques, le prix des véhicules, les interrogations sur les batteries et la valeur de revente ou encore l’insuffisance du service après-vente continuent de freiner le 100 % électrique. Les longues distances parcourues dans certains pays favorisent également les hybrides.

 

Cette transition à plusieurs motorisations pourrait notamment profiter à Toyota, que Bank of America considère comme le constructeur japonais le mieux placé grâce à son implantation régionale et à sa gamme importante de véhicules hybrides.

 

Pour la Thaïlande, défendre son industrie automobile

 

L’enjeu est particulièrement important pour la Thaïlande, qui a bâti depuis plusieurs décennies l’une des principales industries automobiles d’Asie du Sud-Est autour des constructeurs japonais. Bangkok cherche désormais à conserver cette position dans l’électrique.

 

Le pays ne se contente plus d’encourager les ventes. Il cherche à attirer la production des véhicules, des batteries et des composants. Selon le Board of Investment thaïlandais, près de 200 projets liés aux véhicules électriques avaient bénéficié d’incitations à l’investissement à la fin mai 2026, pour une valeur cumulée dépassant 137 milliards de bahts. Les projets concernent aussi bien les voitures que les batteries, les composants essentiels et les infrastructures de recharge.

 

Plusieurs constructeurs chinois produisent déjà localement, aux côtés de groupes européens, coréens et japonais. Cette transformation oblige aussi les nombreux équipementiers thaïlandais historiquement liés aux moteurs thermiques à s’adapter.

 

Après les voitures, la bataille des usines

 

Le même mouvement apparaît ailleurs dans la région. Les gouvernements associent de plus en plus les avantages accordés aux véhicules électriques à des obligations de production ou de contenu local.

 

L’Indonésie renforce notamment ces exigences afin de transformer la croissance du marché électrique en investissements industriels. Bank of America estime que cette évolution peut profiter aux équipementiers déjà implantés, comme Astra Otoparts, mais également favoriser l’émergence de nouveaux fournisseurs régionaux.

 

La transition automobile de l’ASEAN entre ainsi dans une deuxième phase. La première bataille concernait la vente des voitures électriques ; la suivante porte sur l’endroit où elles seront fabriquées.

 

Pour la Thaïlande, l’Indonésie, le Vietnam et la Malaisie, l’enjeu dépasse désormais la part de marché de l’électrique. Il s’agit de savoir qui produira les véhicules, les batteries et les composants de l’industrie automobile régionale de demain — et quelle place conserveront les constructeurs japonais face à la montée des groupes chinois et des nouvelles marques asiatiques.

 

Gaston Baht

 

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