
Tailleurs structurés, toile de jean revisitée et féminité sans conventions : à Bangkok, les créateurs thaïlandais jouent sur tous les registres de l’élégance. Jusqu’au 11 octobre, la Bangkok International Fashion Week réunit maisons établies et nouvelles signatures. L’occasion de découvrir une mode locale encore peu familière au public français, mais riche de personnalités et d’inspirations.
Des tailleurs aux lignes précises chez POEM, de la toile de jean mêlée à des étoffes légères chez MERGE, une féminité qui refuse les conventions chez CHATO : les podiums de Bangkok offrent cette semaine plusieurs façons d’imaginer la garde-robe féminine.
Pour sa 19e édition, la Bangkok International Fashion Week (BIFW) réunit, du 8 au 11 octobre à Siam Paragon, dix marques thaïlandaises. Un rendez-vous bien installé dans la capitale, où maisons reconnues et signatures plus récentes présentent leurs collections.
Loin de se limiter aux vêtements traditionnels ou aux influences occidentales, la création thaïlandaise explore des univers très différents. Les défilés du vendredi 9 octobre en donnent un aperçu, avec deux maisons aux identités bien distinctes.
POEM, l’art de dessiner la silhouette
Chez POEM, le tailleur reste une pièce maîtresse. Pour célébrer ses vingt ans, la maison fondée par Chavanon Kaisiri a présenté Perennial Testimony, une collection qui revisite les éléments caractéristiques de son style.
Vestes structurées, tailles soulignées, motifs pied-de-poule et prince-de-galles composent un vestiaire inspiré des classiques de l’élégance. Mais le créateur joue aussi avec les volumes, les drapés et les plis empruntés à l’origami, cet art japonais du papier plié. Le résultat associe la précision des coupes à des lignes plus souples. Une manière de renouveler les codes du tailleur féminin sans renoncer à ce qui fait l’identité de la maison.
POEM n’est d’ailleurs pas une inconnue hors de Thaïlande. La marque a notamment développé une présence commerciale en Chine, preuve que certaines signatures locales ont déjà trouvé un public au-delà du royaume.
Changement d’atmosphère avec MERGE. Pour sa collection Tropical Bliss, présentée sous le thème Tide of Time, la marque a choisi de regarder vers les côtes thaïlandaises. La toile de jean, matière emblématique de la maison, se mêle à la mousseline et à l’organdi. Certains détails s’inspirent des filets de pêche, tandis que les couleurs évoquent les différentes lumières de la journée, des teintes claires du matin aux nuances plus profondes du soir.
Pour Jee Pornpavee Danmingyenwong, cofondatrice de MERGE, cette première participation au podium principal de la Bangkok International Fashion Week est l’occasion d’explorer les possibilités de la toile de jean, en l’associant à des matières plus légères et en s’éloignant de ses usages traditionnels.
Deux maisons, deux approches : l’une revisite les classiques du vestiaire féminin, l’autre emprunte à l’univers maritime pour renouveler une matière familière.
CHATO, une féminité qui s’affranchit des conventions
Autre signature à découvrir, CHATO participe pour la première fois au Grand Runway ce samedi 10 octobre. Sa fondatrice, May Wajana Charoensomsamai, revendique une conception de la féminité qui ne se laisse pas enfermer dans les conventions. Dans la présentation officielle de sa collection, elle évoque des femmes romantiques sans être conventionnelles, belles sans être fragiles et libres de leurs mouvements.
Cette vision complète les propositions de POEM et de MERGE, tout en rappelant que les créateurs thaïlandais ne partagent pas une définition unique de l’élégance.
La Fashion Week donne également une place à la relève. Du 1er au 4 octobre, Siam Center a accueilli les créations d’étudiants issus de treize universités et établissements thaïlandais. Une occasion pour ces jeunes stylistes de présenter leurs recherches sur les matières, les coupes et les volumes.
Aux côtés de POEM, MERGE et CHATO, des maisons comme ISSUE, NAGARA ou FLYNOW participent également à cette édition, témoignant de la diversité d’une scène créative qui s’est construite au fil des décennies.
Du tailleur minutieusement travaillé de POEM à la toile de jean inspirée des côtes thaïlandaises de MERGE, cette Fashion Week rappelle que la mode ne se résume pas aux tendances dictées par quelques grandes capitales. Derrière les vitrines internationales de Bangkok, il existe aussi des maisons locales qui méritent que l’on s’y attarde. Et pourquoi pas, demain, une place dans les garde-robes françaises ?
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