Bangkok, la vérité d’un fleuve
C’est une cérémonie de carte postale. Une scène que les touristes comme les Thaïlandais adorent filmer. Lorsque les 52 barges royales descendront le fleuve Chao Phraya jusqu’au Wat Arun pour la cérémonie royale du Kathin, ce vendredi 6 novembre, d’autres images reviendront en mémoire : celles du jubilé du défunt roi Bhumibol, ou celles du couronnement de l’actuel monarque, Sa Majesté le roi Vajiralongkorn.
Le cliché, en ces moments de ferveur monarchique retransmis par toutes les télévisions du pays, consisterait à voir dans cette procession une exception. Comme si, lorsque les barges s’emparent du fleuve, l’autre Thaïlande disparaissait. Erreur : le propre du pays du sourire est d’offrir à ceux qui y vivent, comme à ceux qui le visitent, plusieurs visages juxtaposés. Le visage des traditions royales, d’autant plus respectées et observées qu’elles sont protégées par des lois strictes et par le délit de lèse-majesté. Le visage de la modernité exacerbée de Bangkok, ville-champignon qui continue de construire alors qu’elle s’enfonce. Le visage d’un consumérisme débridé et de l’argent souvent roi, bien éloigné de l’autosuffisance que prônait le souverain disparu voici dix ans, en 2016.
C’est cette Thaïlande multiple, mais pourtant unie, que la procession des barges donne à voir. Un royaume qui, jusqu’ici, parvient à gérer sans trop d’explosions de colère ses contradictions et ses inégalités. Avec, comme clé de voûte, une monarchie perçue comme la garante d’un équilibre social entre générations, entre provinces, entre communautés religieuses, et aussi entre Thaïlandais et étrangers.
Lorsque les barges quitteront leurs ports d’attache et que leurs longues rames plongeront dans les eaux brunes (et polluées) du Chao Phraya, cette Thaïlande aux multiples facettes démontrera à la fois qu’elle conserve des racines solides et qu’elle sait concilier le passé et le présent. Dans un monde bouleversé, déstabilisé et en proie aux peurs, cette capacité du royaume à rester lui-même, cette vérité d’un fleuve, demeure, pour ceux qui le connaissent et le fréquentent, l’un de ses atouts majeurs.
Bonne lecture !























