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Le français gagne du terrain dans le monde, mais pas en Asie

Date de publication : 05/11/2026
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La langue française dans le monde 2026

Le français n’a jamais compté autant de locuteurs dans le monde. Pourtant, en Asie du Sud-Est, la langue de Molière peine à retrouver sa place. À quelques jours du Sommet de la Francophonie à Phnom Penh, un nouveau rapport de l’OIF révèle un contraste saisissant entre l’essor africain et la discrète résistance du français dans les écoles asiatiques.

Le français se porte bien. Du moins à l’échelle mondiale. Avec 396 millions de locuteurs estimés en 2025, contre 321 millions en 2022, la langue poursuit son expansion. Mais derrière cette progression se cache une réalité plus nuancée : le centre de gravité de la Francophonie se déplace vers l’Afrique, tandis que son influence demeure marginale dans une grande partie de l’Asie.

C’est l’un des enseignements du rapport La langue française dans le monde, édition 2026, publié par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Une précaution s’impose toutefois. Le chiffre de 396 millions repose sur une nouvelle méthode de calcul, qui intègre notamment davantage d’enfants scolarisés en français. Avec l’ancienne méthode, le total atteint 348 millions de locuteurs, soit une progression d’environ 8 % depuis 2022. La croissance est donc réelle, mais moins spectaculaire qu’il n’y paraît.

L’Afrique porte désormais la Francophonie

Le changement est profond. L’Afrique rassemble désormais plus de la moitié des francophones du monde. Sa croissance démographique, conjuguée au développement de l’enseignement, assure l’essentiel de la progression de la langue.

L’Europe, elle, perd progressivement du poids dans cet ensemble. Non parce que le français y serait en voie de disparition, mais parce que les populations francophones y augmentent beaucoup moins vite.

Et cette évolution ne devrait pas s’arrêter. Selon l’un des scénarios du rapport, le nombre de francophones pourrait dépasser 550 millions à l’horizon 2070.

Mais à plusieurs milliers de kilomètres de ce nouvel épicentre africain, le tableau est tout autre.

En Asie du Sud-Est, le français résiste dans les écoles

Au Vietnam, seuls 0,7 % des habitants sont considérés comme francophones. La proportion atteint 0,8 % en Thaïlande et 3 % au Laos. Dans ces pays, où le français a longtemps occupé une place particulière, son usage quotidien est devenu très limité.

L’anglais s’est imposé dans les affaires, le tourisme et les échanges internationaux. Le chinois, le japonais et le coréen bénéficient également de l’influence économique de leurs pays respectifs.

Faut-il pour autant parler d’un déclin irréversible ? Les chiffres de l’enseignement invitent à nuancer le constat.

Au Laos, quelque 75 000 élèves apprennent le français dans le secondaire, auxquels s’ajoutent 3 000 élèves inscrits dans des filières bilingues. Le Vietnam compte près de 40 000 élèves et 6 500 étudiants qui étudient cette langue.

Le Cambodge, qui accueillera les 15 et 16 novembre le XXe Sommet de la Francophonie, conserve lui aussi un réseau éducatif francophone. Environ 22 500 élèves y apprennent le français comme deuxième langue vivante, tandis que 3 000 suivent un cursus bilingue. Dans l’enseignement supérieur, ils seraient entre 7 000 et 8 000 à poursuivre cet apprentissage.

Ces effectifs restent modestes au regard des populations nationales. Ils témoignent néanmoins d’une présence qui ne se limite plus au souvenir de l’Indochine française.

Car le français conserve des débouchés, notamment dans la médecine, l’hôtellerie, le tourisme, le droit et l’ingénierie. Pour une partie des jeunes Asiatiques, il représente moins un héritage culturel qu’un outil de formation et de mobilité professionnelle.

Singapour, l’autre visage du français en Asie

La surprise vient peut-être de Singapour. Sans partager l’histoire coloniale française du Vietnam, du Laos ou du Cambodge, la cité-État compte environ 12 400 apprenants du français dans ses écoles et centres privés.

Le français y occupe désormais la troisième place parmi les langues étrangères étudiées, derrière le japonais et le coréen. Cette situation illustre une évolution intéressante : là où le français ne peut plus s’appuyer sur son héritage historique, il peut encore séduire par son utilité culturelle, universitaire ou professionnelle.

Une leçon qui mérite l’attention des pays traditionnellement francophones de la région.

À Phnom Penh, la Francophonie joue aussi son avenir asiatique

Près de trente ans après le Sommet de Hanoï de 1997, la Francophonie revient en Asie du Sud-Est. Le choix de Phnom Penh ne manque pas de portée symbolique. Mais les chiffres du rapport rappellent aussi l’ampleur du défi.

Alors que l’Afrique entraîne la croissance mondiale du français, l’Asie du Sud-Est peine à élargir son cercle de locuteurs. Les établissements scolaires et universitaires entretiennent une présence réelle, sans parvenir encore à redonner à la langue une place significative dans la société.

Pour les responsables réunis au Cambodge, l’enjeu sera donc de dépasser les discours sur les liens historiques. Formation, coopération universitaire, débouchés professionnels : c’est sur ces terrains que le français peut encore convaincre les nouvelles générations.

Car si l’avenir démographique de la Francophonie se dessine en Afrique, son avenir en Asie reste à construire.

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