
Pendant plusieurs années, l’Inde a incarné la grande promesse des marchés émergents. Sa croissance soutenue, sa population jeune et son développement industriel attiraient massivement les capitaux internationaux. Mais la montée en puissance de l’intelligence artificielle est en train de rebattre les cartes au profit d’un autre géant asiatique : la Corée du Sud.
C’est l’un des principaux enseignements des récentes conférences d’investisseurs organisées par Bank of America en Inde et en Corée du Sud. Alors que la participation à l’événement indien n’a progressé que de 5 % sur un an, celle consacrée à la Corée a bondi de plus de 80 %, signe d’un intérêt croissant pour le marché sud-coréen.
Cette évolution reflète un changement plus profond au sein des marchés émergents. La Corée du Sud représente désormais 25 % de l’indice MSCI Emerging Markets, devant la Chine, dont le poids est tombé à 19 %. L’Inde, qui pesait près de 20 % en 2024, n’en représente plus que 11 % aujourd’hui.
La raison de cet engouement tient en grande partie à l’intelligence artificielle. Les groupes sud-coréens spécialisés dans les semi-conducteurs, les mémoires électroniques et les infrastructures technologiques occupent une position stratégique dans la chaîne de valeur mondiale de l’IA. Les investisseurs parient sur plusieurs années de croissance soutenue de la demande, portée par les centres de données, le cloud computing et les applications d’intelligence artificielle.
Au-delà des puces électroniques, toute une série de secteurs industriels bénéficient de cette dynamique : équipements électriques, systèmes de refroidissement, robotique, composants électroniques et infrastructures énergétiques. Pour de nombreux gestionnaires de fonds, la Corée du Sud constitue aujourd’hui l’un des moyens les plus directs de profiter de la révolution technologique en cours.
L’Inde conserve néanmoins de solides atouts. Son économie continue de croître à un rythme enviable et de nombreux investisseurs restent convaincus de son potentiel à long terme. Mais l’approche a changé. Les gérants privilégient désormais la sélection d’entreprises plutôt qu’un pari global sur le marché indien.
Les secteurs jugés les plus prometteurs sont l’électronique, la défense, les réseaux électriques, les infrastructures ferroviaires, la logistique et l’industrie pharmaceutique. À l’inverse, certaines activités liées à la consommation ou à l’immobilier suscitent davantage de prudence.
Une autre question commence à émerger dans les cercles financiers : l’Inde pourra-t-elle conserver son avantage démographique si l’intelligence artificielle et l’automatisation réduisent progressivement les besoins en main-d’œuvre dans les services informatiques et l’industrie manufacturière ? Sans remettre en cause le potentiel du pays, ce débat illustre les nouvelles interrogations des investisseurs.
Dans cette nouvelle phase des marchés émergents, la Corée du Sud bénéficie d’un puissant moteur : l’intelligence artificielle. L’Inde demeure une destination d’investissement incontournable, mais elle doit désormais convaincre par la qualité de ses entreprises autant que par ses perspectives de croissance.
Gaston Baht
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