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BIRMANIE – CONFLIT : Voici le vrai visage de la guerre qui s’éternise

Journaliste : François Guilbert Date de publication : 04/07/2026
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avions Birmanie

 

Une chronique birmane de François Guilbert

 

Depuis une vingtaine d’années, l’association à but non lucratif ACLED recueille et analyse des données sur les conflits armés à travers le monde. Elle identifie et cartographie avec précision les affrontements, leurs modes opératoires et leurs bilans humains. Ces informations, régulièrement mises à jour, sont librement accessibles en ligne. Examinons-les afin de dresser un bilan de la guerre civile birmane déclenchée par le putsch militaire il y a 65 mois.

 

Selon cette source de référence dans les milieux académiques et onusiens, du 1er février 2021 à la fin juin 2026, plus de 100 000 Birmans ont perdu la vie lors d’affrontements armés, de bombardements aériens ou d’explosions de mines antipersonnel, soit une moyenne d’une cinquantaine de morts par jour depuis 1 976 jours. La majorité de ces décès résulte de l’usage indiscriminé de la force par l’appareil sécuritaire contrôlé depuis Nay Pyi Taw. La Birmanie est aujourd’hui le pays confronté au conflit interne le plus meurtrier au monde ; c’est aussi l’un des plus fragmentés, avec au moins 1 200 groupes armés actifs.

 

Depuis 2024, plus de 15 000 Birmans perdent la vie chaque année

 

Au rythme observé au premier semestre, le bilan de 2026 s’annonce aussi sombre que les précédents. Ni la période électorale ni les cent premiers jours du mandat du général Min Aung Hlaing n’ont marqué de ralentissement de la violence.

 

Au cours de la campagne électorale et des scrutins de décembre 2025 à janvier 2026, plus de 3 500 personnes ont perdu la vie. Depuis l’entrée en fonction du général-président, le 11 avril 2026, 2 300 victimes supplémentaires sont venues alourdir ce bilan.

 

Si la Birmanie est aujourd’hui un peu moins meurtrie qu’en 2022-2023 (plus de 23 200 morts) ou en 2023-2024 (plus de 18 800 décès), le niveau de violence demeure extrêmement élevé. Au cours du seul dernier mois, plus de 1 100 personnes ont été tuées, sans compter la surmortalité liée aux difficultés d’accès aux soins et aux médicaments.

 

Pour la deuxième année consécutive, plus d’un millier de personnes seront tuées par des bombardements aériens

 

L’arme aérienne est employée quotidiennement et fait chaque année davantage de victimes, notamment parmi les enfants, qui représentent 22 % des morts. Utilisée dès 2021, elle a vu ses effets meurtriers multipliés par 18 depuis 2024. Plus de 500 personnes ont déjà été tuées par des frappes aériennes au cours des six premiers mois de cette année.

 

À ce bilan s’ajoutent les victimes des drones, devenus omniprésents sur les champs de bataille depuis 2022. En moyenne, ces plateformes armées provoquent désormais près de 600 morts par an. Malgré cette montée en puissance des frappes à distance, les affrontements terrestres restent les plus meurtriers et concentrent près de 65 % des décès.

 

La guerre civile birmane est d’abord menée par des fantassins

 

La Tatmadaw bénéficie d’un appui-feu croissant, qu’il provienne des airs (avions d’attaque, hélicoptères, paramoteurs, gyrocoptères ou drones), des voies d’eau ou de l’artillerie. Les tirs d’artillerie, dont les effets ont plus que doublé depuis la fin de 2022, provoquent en moyenne plus de 700 morts par an.

 

Le recours aux mines antipersonnel et aux engins explosifs improvisés est encore plus meurtrier. En cinq ans, ces armes ont causé plus de 11 000 morts et un nombre bien supérieur de blessés. Elles constituent une menace permanente pour les porteurs recrutés de force et les conscrits, souvent dépourvus de formation et d’équipements adaptés.

 

La conscription de masse pérennise les violences contre les civils

 

Les incorporations sont souvent traumatisantes. Elles succèdent fréquemment à des enlèvements sur les lieux de vie, de travail, dans les rues ou les transports, et s’accompagnent parfois de pratiques d’extorsion. Des pères de famille, des mineurs ou des hommes ayant dépassé l’âge légal de conscription figurent parmi les personnes enrôlées, souvent sans contact avec leurs proches pendant des semaines.

 

Depuis l’entrée en vigueur de la loi sur le service militaire populaire, le 10 février 2024, vingt-six cohortes de 5 000 hommes ont été appelées sous les drapeaux de la Tatmadaw. Au total, près de 13 millions de Birmans et de Birmanes sont désormais légalement susceptibles d’être mobilisés pour deux années de service. Cette dynamique ne concerne pas uniquement la junte : l’ensemble des groupes armés recrute aujourd’hui, souvent sous la contrainte, pour alimenter les combats actuels et futurs. La généralisation de la conscription laisse présager de nouveaux drames humains.

 

François Guilbert

 

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