
Gavroche a sélectionné pour vous quelques nouvelles saillantes en Birmanie durant la semaine écoulée. Un survol de l’actualité indispensable pour tous ceux qui s’intéressent à ce pays d’Asie du Sud-Est.
Politique, Diplomatie
Alors que des médias birmans ont affirmé que le président chinois Xi Jinping figurait parmi les premiers dirigeants à féliciter Min Aung Hlaing pour son accession à la présidence, aucun message en ce sens n’a été relayé sur les canaux officiels de Pékin, contrairement à celui adressé au président vietnamien To Lam. Cette réserve, limitée à une mention dans le China Daily et à une communication mesurée du ministère chinois des Affaires étrangères, illustre une prudence calculée. Pékin semble ainsi ménager ses marges de manœuvre diplomatiques et préserver son image internationale, dans un contexte où la légitimité du nouveau dirigeant birman reste largement contestée.
L’ambassade de Chine en Birmanie a profité du festival de Thingyan pour mener une opération de communication sur les réseaux sociaux, mettant en scène son personnel en tenues traditionnelles aux côtés de l’ambassadrice Ma Jia, dans une célébration affichée de l’amitié sino-birmane. Cette initiative a toutefois été perçue par certains observateurs comme une réaffirmation implicite du soutien de Pékin au régime militaire, déjà manifeste à travers les ventes d’armes et l’appui diplomatique dans les instances internationales.
Lors de sa première rencontre avec l’envoyé spécial chinois Jiang Xinzhi, Min Aung Hlaing a réaffirmé de protéger les intérêts sécuritaires et économiques chinois. Il s’est engagé à relancer les projets des Nouvelles routes de la soie, à stabiliser la frontière et à garantir la sécurité des ressortissants chinois, tout en réitérant son adhésion au principe d’une seule Chine. La nomination de l’ancien ambassadeur en Chine Tin Maung Swe comme ministre des Affaires étrangères confirme cette orientation diplomatique.
L’ONU a pris acte des récentes amnisties en Birmanie, incluant la libération de Win Myint et la commutation de certaines peines de mort, tout en les jugeant insuffisantes. António Guterres appelle à la libération de tous les détenus politiques, dont Aung San Suu Kyi, et à un dialogue inclusif. Les organisations de défense des droits humains rappellent un bilan lourd depuis 2021, avec près de 8 000 morts et plus de 20 000 prisonniers politiques toujours détenus.
Le Parti de l’Union, de la solidarité et du développement (USDP), proche de l’armée, a organisé le 17 avril à Naypyidaw une cérémonie religieuse au sein de son siège. Dirigeants, membres et familles ont assisté à une séance de prières et d’enseignements bouddhistes, accompagnée d’offrandes aux moines, dans le cadre des célébrations du Nouvel An.
Dans son discours d’investiture, le chef de la junte Min Aung Hlaing a présenté une vision globale pour l’avenir du pays, évoquant réformes politiques, développement économique et cohésion nationale. Il a notamment mis en avant un projet de système fédéral, des investissements dans l’éducation et la santé, ainsi que le soutien aux PME et au monde rural, sans oublier la création d’un ministère dédié aux femmes. Des annonces qui interviennent dans un contexte de conflit persistant et de critiques internationales, laissant planer des doutes sur leur mise en œuvre effective.
Économie
Face à une crise énergétique aggravée par l’instabilité au Moyen-Orient et le manque de devises, le gouvernement de Min Aung Hlaing renforce ses liens avec les entreprises d’État chinoises. Le ministre de l’Énergie Ko Ko Lwin a négocié des importations de carburant depuis le Yunnan et signé des accords pour relancer la production pétrolière et développer les infrastructures liées au pipeline sino-birman. Cette stratégie inclut également des projets avec le Laos et la Russie. Malgré cela, la population reste confrontée à des pénuries d’électricité et à une inflation persistante.
La première mission internationale du ministre de l’Énergie s’est déroulée en Chine, soulignant la priorité accordée à cet allié. Les discussions ont porté sur des projets majeurs comme la centrale hydroélectrique de Shweli et la centrale à gaz de Mee Lin Gyaing, essentielle pour l’approvisionnement énergétique de Rangoun. Plusieurs projets ont cependant été perturbés par l’instabilité militaire.
Ko Ko Lwin a également promu une coopération énergétique à long terme, incluant le développement de réseaux électriques reliant le nord et le sud du pays, ainsi que des projets hydroélectriques transfrontaliers et des infrastructures solaires. En attirant les investissements chinois, le régime cherche à moderniser ses infrastructures et à pallier les pénuries chroniques, tout en renforçant son intégration économique avec la Chine.
La Birmanie discute aussi avec la Russie de la mise en place d’un système de contrôle du réseau électrique basé sur des technologies russes, a indiqué le ministère de l’Électricité et de l’Énergie. Ce projet vise à optimiser la production, la transmission et la distribution d’électricité, tout en réduisant les pertes et les coûts pour les consommateurs. Moscou pourrait également former des techniciens birmans dans ce domaine.
Société
Les habitants de la région de Rangoun font face à des pénuries d’eau liées à des coupures d’électricité fréquentes depuis le 18 mars, appelées à durer jusqu’à fin juin. Le système de distribution tournante mis en place par les autorités perturbe l’approvisionnement, les pompes à eau dépendant du courant. Face à une production électrique insuffisante, des livraisons d’eau d’urgence ont été organisées dans plusieurs quartiers.
L’ONG Fortify Rights a appelé Bangkok à accorder un statut légal et à faciliter la réinstallation de 40 réfugiés rohingyas arrivés en Thaïlande en février, après avoir été renvoyés de force en Birmanie par l’Inde en 2025. L’organisation dénonce un « refoulement en chaîne » exposant ces exilés à la détention, à l’extorsion et à de nouveaux déplacements forcés, et exhorte les autorités thaïlandaises à garantir leur protection.
À Danai, dans l’État kachin, un site de culte catholique utilisé comme camp de déplacés depuis 2017-2018 a été officiellement restitué à la communauté religieuse. Après près de neuf ans d’occupation, les autorités locales et les comités concernés ont procédé à la remise du lieu, permettant aux fidèles de reprendre possession des installations. La cérémonie s’est tenue en présence de responsables locaux, religieux et de représentants des comités de déplacés.
La 43e édition du festival de l’aspersion du banyan Maha Bodhi se tiendra le 30 avril au pagodon Shwedagon à Rangoun, à l’occasion de la pleine lune de Kason. La cérémonie débutera à 7 heures, avec la participation de responsables religieux et de fidèles, qui pourront accomplir des rituels d’aspersion d’eau autour des arbres sacrés. Des distributions de nourriture caritative sont également prévues.
Répression / Conflit
L’Armée de libération nationale Ta’ang (TNLA) a suscité une vive controverse en adressant ses félicitations à Min Aung Hlaing pour son accession à la présidence. En reconnaissant le nouveau gouvernement et en se disant ouverte au dialogue, elle marque une rupture avec la ligne portée par la Révolution de Printemps.
Des organisations de la société civile ta’ang ont vivement condamné la TNLA pour avoir félicité Min Aung Hlaing, qualifié de « terroriste », après son accession à la présidence. Réseaux civils, école et groupes liés au mouvement de désobéissance civile dénoncent une position contraire aux aspirations du peuple ta’ang et appellent au retour à la ligne révolutionnaire, certains menaçant de boycotter le mouvement.
Des forces de résistance, dont les People’s Defence Forces (PDF), ont affirmé avoir tué 13 soldats de la junte lors d’offensives menées du 7 au 12 avril dans les régions de Mon et de Bago, aboutissant à la prise de deux postes militaires avec l’appui de la KNLA et de l’ABSDF. Les combats ont provoqué le déplacement de plus de 13 000 civils, tandis que des frappes aériennes de l’armée ont endommagé habitations et monastères.
Pour l’un de ses premiers actes officiels, Min Aung Hlaing a accordé une amnistie à plus de 4 300 détenus, incluant une réduction de peine pour Aung San Suu Kyi et la libération de Win Myint. Malgré cela, l’ONU et les ONG dénoncent une mesure limitée, ne concernant qu’une minorité des prisonniers politiques. Le sort d’Aung San Suu Kyi reste incertain, alimentant les inquiétudes internationales.
L’ancien président Win Myint a été libéré après plus de cinq ans de détention, mais a refusé de signer les conditions imposées par le régime. Certains analystes y voient le résultat d’un accord implicite entre Pékin et Naypyidaw pour légitimer de futures élections. Si cette libération a suscité de l’espoir, le maintien en détention d’autres figures de la NLD confirme que le contrôle militaire reste intact.
La documentariste Shin Daewe, 52 ans, condamnée à la prison à vie en 2024 en vertu de la loi antiterroriste, a été libérée de la prison d’Insein dans le cadre d’une amnistie liée au Nouvel An birman, selon sa famille. Arrêtée en octobre 2023 par la junte, elle avait été condamnée en janvier 2024.
La junte birmane a intensifié ses opérations militaires dans l’État de Rakhine, menant plusieurs frappes aériennes sur les communes de Mrauk et Punagyun, rapporte Chindwin News Agency. Un monastère bouddhiste du village de Kyauksepin a notamment été touché et incendié. Au total, six bombes auraient été larguées sur Punagyun et deux autres sur Mrauk.
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