
Une chronique siamoise de Patrick Chesneau
De récents incidents impliquant des Français, ont entaché les festivités de Songkran à Phuket, provoquant un débat nourri chez les Thaïlandais et parmi les étrangers. Faut-il minimiser, voire ignorer une réalité aux conséquences inflammables ?
Ou mettre les pieds dans le plat, désigner les faits et nommer les auteurs, au risque de recourir à des termes suscitant instantanément la controverse ? C’est le cas de l’expression « French arabics ».
Certains crient immédiatement au racisme et à la stigmatisation ethnique quand ils lisent ces deux mots ou les entendent. La formule, certes globalisante, vise à décrire un public clairement identifié, composé de touristes aisément repérables. Jusqu’ici, tout va bien.
Le problème sémantique naît quand l’expression suscitée désigne des visiteurs expressément fauteurs de troubles. Pour leurs accusateurs, il s’agit de gens coutumiers d’incivilités, d’infractions graves, d’entorses à la loi locale, d’actes répréhensibles, de comportements délictueux, d’usage et de trafic de stupéfiants, de violences répétées, d’attaques contre des policiers, d’agressions physiques, de bagarres de rue, de conduite dangereuse à moto, d’infractions multiples au code de la route, d’ivresse au guidon, de vitesse excessive, de non-port du casque, responsables d’accidents de la circulation, de nuisances sonores, de harcèlement des femmes du pays d’accueil. N’en jetez plus, la cour est pleine.
En somme, des semeurs répétitifs de désordre
Au fait, d’où vient l’expression « French arabics » ? Comment est-elle apparue ? À la vérité, on se perd en conjectures.
Deux thèses s’opposent. Certains affirment qu’on la doit à des expatriés français installés dans le Royaume, donnant ainsi libre cours à un racisme visant leurs compatriotes d’ascendance immigrée. À l’inverse, d’autres martèlent que l’expression a été inventée par les Thaïlandais eux-mêmes, façon de désigner, pour ceux qui s’essaient à l’anglais, les visiteurs français de phénotype maghrébin, qu’ils assimileraient, par comparaison et association d’idées, à des Arabes du Golfe.
Difficile de trancher quant à l’origine de cet assemblage linguistique. La dénomination ne comporte, a priori, aucune connotation raciste chez les Thaïlandais qui l’utilisent. Qu’elle soit répandue ou rare, elle ne sert qu’à décrire et caractériser le public dont il est ici question. Quoi qu’il en soit, ces deux mots accolés figurent désormais dans l’espace numérique fréquenté par les étrangers vivant en Thaïlande.
Dans l’Hexagone, le terme le plus approchant serait « Français issus de l’immigration maghrébine », ayant pris le pli de venir régulièrement en vacances en Thaïlande. Nombreux à Pattaya, on les rencontre surtout à Phuket. Bangla Road, à Patong, est leur terrain de jeu. Ils ont leurs adresses, leurs établissements de vie nocturne, leurs boîtes de nuit, leurs cercles d’amis. Non loin de Freedom Beach, l’un de leurs quartiers favoris a acquis une indéniable notoriété : Les 4000. Référence directe à une cité de La Courneuve.
Plusieurs membres de ce groupe ont récemment défrayé négativement l’actualité de Songkran à Phuket.
Incidents en série
Le plus médiatisé a été une bataille d’eau, à base de comportements violents, virant au règlement de comptes à coups de lance à incendie à partir d’un camion-citerne, instrument généralement dévolu aux pompiers. Chauffeur de van « attaqué », circulation bloquée, policiers molestés…
Tableau clinique édifiant
Comme souvent en pareille circonstance, la généralisation et l’amalgame semblent être des phénomènes inévitables. Il suffit de mettre en exergue les agissements condamnables de quelques individus pour qu’une très mauvaise réputation rejaillisse sur une communauté entière ou un ensemble de personnes. Les touristes partageant le type physique précité, avec la même couleur de peau, sont vite rangés dans la même case, logés à la même enseigne. L’opprobre qui frappe les délinquants ne fait guère de nuances dans les commentaires sur internet. Autrement dit, en termes d’image, les bons et les innocents écopent bien malgré eux de la condamnation du public, au même titre que les vrais coupables.
Car les habitants de Phuket sont exaspérés. Ils ont beau alerter, pointer des faits divers récurrents, rapporter une réalité qu’ils estiment plus que dérangeante, rien n’y fait jusqu’à présent. La situation semble même s’aggraver. Les riverains de Patong et autres stations balnéaires réputées pour leur vie nocturne enfiévrée soulignent l’apparition d’une forme d’insécurité de rue et, phénomène récent et fort heureusement encore minoritaire, de relations conflictuelles entre la population locale et cette catégorie particulière de vacanciers.
La police a-t-elle les moyens de mettre hors d’état de nuire les fauteurs de troubles publics ? Interpellations, arrestations, amendes, emprisonnements, révocations de visa, expulsions du territoire ne semblent pas suffire. Comment juguler le flot montant des incivilités ? D’aucuns réclament des initiatives fermes et intransigeantes des autorités thaïlandaises.
Ce pourrait être un panel de mesures variées : expulsion automatique dès la première incartade sérieuse, blacklistage des contrevenants pour les empêcher de revenir, réduction de la durée de séjour autorisé sans visa, filtrage dans le pays d’origine au moment de la délivrance des visas par l’ambassade de Thaïlande à Paris, exigences financières accrues à l’arrivée, contrôles renforcés aux différents points d’entrée (aéroports et postes-frontières), obligation de produire un casier judiciaire vierge avant toute admission dans le Royaume, ou encore traçage numérique renforcé des touristes dans leurs déplacements.
Curieusement, nombreux sont les touristes et les ressortissants français établis en Thaïlande qui acquiescent à davantage de formalités et, partant, à plus de tracasseries.
Comme les Thaïlandais, ils poussent un cri du cœur : en finir avec le laxisme et l’impunité dont, à leurs yeux, semblent parfois jouir les délinquants.
Leur raisonnement est simple
Ils estiment eux aussi pâtir collectivement de la réputation détestable des fauteurs de troubles. Leur propre confort de vie sur place et le maintien de relations harmonieuses avec les Thaïlandais imposent, selon eux, d’en passer par davantage de restrictions et l’instauration d’une répression accrue.
Patrick Chesneau








