
La police thaïlandaise affirme avoir démantelé un vaste réseau qui permettait à des familles chinoises d’obtenir frauduleusement la nationalité thaïlandaise pour leurs enfants. L’enquête met en cause des employés d’hôpitaux privés, un officier d’état civil et plusieurs hommes thaïlandais rémunérés pour reconnaître de fausses paternités. Les investigations, désormais étendues à plusieurs établissements de Bangkok, illustrent le durcissement de la lutte contre les réseaux criminels exploitant les failles administratives du royaume.
L’affaire dépasse largement le cadre d’une simple fraude à l’état civil. En annonçant l’arrestation de 16 suspects, la Police royale thaïlandaise estime avoir mis au jour un système organisé permettant à des familles chinoises d’obtenir la nationalité thaïlandaise pour leurs enfants grâce à de faux liens de filiation.
Au total, 42 personnes ont été identifiées et 21 mandats d’arrêt ont été délivrés. Les investigations se poursuivent.
Un système fondé sur de fausses paternités
Selon les enquêteurs, le réseau recrutait des hommes thaïlandais chargés de conclure des mariages fictifs avec des ressortissantes chinoises ou de reconnaître officiellement la paternité d’enfants dont ils n’étaient pas les pères biologiques.
En droit thaïlandais, un enfant reconnu par un père thaïlandais peut prétendre à la nationalité du royaume. C’est cette disposition que le réseau aurait exploitée pour obtenir de véritables actes de naissance thaïlandais sur la base de fausses déclarations.
Pour les autorités, l’enjeu dépasse largement l’obtention d’un passeport. Une telle identité permet également d’accéder plus facilement à certains droits administratifs et de faciliter des séjours de longue durée, tout en compliquant le travail des services chargés de lutter contre la criminalité organisée.
Un hôpital privé au cœur du dispositif
Les enquêteurs soupçonnent un employé d’un important hôpital privé de Bangkok d’avoir joué le rôle d’intermédiaire. Il aurait organisé les forfaits de maternité, préparé les documents administratifs et coordonné les démarches nécessaires à l’enregistrement des naissances.
Un officier d’état civil est également accusé d’avoir facilité ces enregistrements frauduleux.
Selon la police, chaque dossier représentait une activité lucrative : les forfaits d’accouchement étaient facturés environ 70 000 bahts, auxquels s’ajoutaient 20 000 bahts pour la préparation des documents. Les hommes thaïlandais recrutés comme « faux pères » percevaient, quant à eux, entre 2 000 et 15 000 bahts.
Une enquête née d’un vaste dossier de blanchiment
Cette affaire trouve son origine dans une enquête ouverte en 2024 après l’arrestation de Chen Yinlai, un ressortissant chinois soupçonné d’avoir participé à un réseau d’escroquerie et de blanchiment de plus de 70 milliards de bahts.
En remontant les flux financiers, les enquêteurs se sont intéressés à son entourage familial. Ils ont alors découvert que les trois enfants de son épouse chinoise possédaient tous la nationalité thaïlandaise.
Cette piste les a conduits à mettre au jour un système beaucoup plus vaste de fausses déclarations de naissance.
Des centaines de dossiers examinés
Les investigations ont permis d’identifier 164 déclarations de naissance impliquant des mères chinoises et des pères thaïlandais enregistrées entre 2023 et 2024 par l’intermédiaire du même établissement hospitalier.
Les premiers tests ADN sont sans appel : 19 enfants ne présentent aucun lien biologique avec les hommes thaïlandais qui les avaient officiellement reconnus. Les autorités ont déjà engagé les procédures d’annulation de ces actes de naissance.
Une affaire qui prend de l’ampleur
L’enquête ne se limite plus à un seul établissement. La police a annoncé avoir étendu ses investigations à cinq hôpitaux privés de Bangkok, où des dossiers présentant les mêmes caractéristiques ont été identifiés. Les enquêteurs craignent désormais que ce mode opératoire ait été reproduit dans plusieurs structures médicales de la capitale.
Lors d’une récente perquisition dans un lotissement de luxe du quartier de Rama II, les policiers ont notamment découvert un enfant disposant à la fois d’un acte de naissance thaïlandais et de documents de naissance chinois, renforçant leurs soupçons sur l’existence d’un réseau structuré.
Des ramifications jusqu’à China Railway No.10
L’enquête réserve également une autre surprise. L’un des « faux pères » mis en cause est soupçonné d’avoir servi de prête-nom thaïlandais pour China Railway No.10 (Thailand), dont il détiendrait plus de 10 % du capital.
Cette société avait déjà été citée dans l’enquête sur l’effondrement du bâtiment du Bureau national d’audit à Bangkok en mars 2025, une catastrophe qui avait fait 95 morts.
Un nouveau front dans la lutte contre les réseaux criminels
Le Département de l’administration provinciale a annoncé un durcissement immédiat des procédures d’enregistrement des naissances impliquant un parent thaïlandais et un parent étranger. Désormais, les deux parents devront comparaître ensemble devant l’officier d’état civil, des entretiens séparés pourront être organisés et des tests ADN seront exigés dans les dossiers jugés suspects.
Les avoirs financiers des personnes mises en cause font également l’objet d’investigations au titre de la législation contre le blanchiment d’argent.
Un acte de naissance est censé établir une identité. Dans cette affaire, il serait devenu une marchandise. C’est précisément ce qui inquiète aujourd’hui les autorités thaïlandaises, bien au-delà des seules arrestations annoncées cette semaine.
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