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VIETNAM – ÉCONOMIE : Derrière les records à l’export, les fragilités du modèle vietnamien

Date de publication : 11/07/2026
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crevettes Vietnam

 

Les exportations continuent de soutenir la croissance du Vietnam, mais plusieurs signaux d’alerte apparaissent. Dépendance aux marchés américain et chinois, faible valeur ajoutée locale, hausse des coûts de production et multiplication des barrières commerciales : le modèle qui a fait le succès industriel du pays atteint aujourd’hui un tournant.

 

Le Vietnam continue de confirmer son statut de puissance exportatrice en Asie. Au premier semestre 2026, les secteurs des produits de la mer, du textile et de l’industrie manufacturière ont une nouvelle fois tiré la croissance de l’économie. Mais derrière ces résultats encourageants, les autorités comme les entreprises sont confrontées à un défi de plus en plus évident : préserver un modèle économique qui montre désormais ses limites.

 

Des exportations toujours solides

 

Les produits de la mer ont généré près de 5,7 milliards de dollars de recettes au premier semestre, en hausse de 11 % sur un an. Le textile-habillement reste lui aussi un pilier de l’économie vietnamienne avec près de 19 milliards de dollars d’exportations.

 

Ces performances confirment que le commerce extérieur demeure l’un des principaux moteurs de la croissance du pays, malgré une demande mondiale toujours hésitante.

 

Un modèle sous pression

 

Cette dynamique cache toutefois des fragilités. Le ralentissement des exportations de thon vers les États-Unis illustre le durcissement progressif des politiques commerciales américaines. Les producteurs de crevettes continuent par ailleurs de subir des droits antidumping et de nouvelles contraintes réglementaires, tandis que plusieurs secteurs font face à une hausse des coûts de production, à des difficultés de recrutement et à un accès plus limité au crédit.

 

Autre faiblesse structurelle : le Vietnam reste fortement dépendant des importations pour alimenter son industrie. Dans le textile, 60 à 70 % des matières premières proviennent encore de l’étranger, principalement de Chine. Cette dépendance réduit les bénéfices que les entreprises pourraient tirer des accords de libre-échange conclus avec l’Union européenne ou les pays du Pacifique.

 

Parallèlement, la concurrence internationale évolue. Les coûts salariaux ne suffisent plus à faire la différence. Les grands donneurs d’ordre exigent désormais davantage de transparence dans les chaînes d’approvisionnement, des délais de livraison plus courts et le respect de normes environnementales et sociales toujours plus strictes.

 

Un déficit commercial qui n’inquiète pas encore

 

Le Vietnam a enregistré un déficit commercial de 16,65 milliards de dollars au premier semestre, contre un excédent un an plus tôt.

 

Les autorités relativisent toutefois cette évolution. Une grande partie de cette hausse des importations correspond à des achats de machines, d’équipements électroniques et d’outils de production destinés à renforcer les capacités industrielles du pays. Autrement dit, Hanoï investit aujourd’hui pour produire davantage demain.

 

Les investissements directs étrangers, les transferts de fonds de la diaspora et les recettes du tourisme continuent par ailleurs d’assurer une situation macroéconomique jugée stable.

 

Monter en gamme

 

Face à ces défis, le gouvernement entend accélérer la transformation du modèle économique. Les autorités souhaitent mieux exploiter les accords de libre-échange existants, diversifier les marchés d’exportation et renforcer la lutte contre les fraudes à l’origine des produits, un sujet devenu sensible dans le contexte des tensions commerciales internationales.

 

Le développement de la logistique figure également parmi les priorités. Malgré un commerce extérieur qui dépasse désormais 900 milliards de dollars par an, le transport maritime vietnamien reste largement dominé par des compagnies étrangères. Les professionnels du secteur réclament un soutien accru afin de développer une flotte nationale capable d’opérer directement sur les grandes routes internationales.

 

Le défi des prochaines années

 

Le Vietnam reste l’une des économies les plus ouvertes d’Asie et les exportations continueront de soutenir sa croissance à court terme. Pour autant, les responsables économiques sont conscients qu’un nouveau cap doit être franchi.

 

À l’image de la Corée du Sud avant lui, le pays cherche désormais à évoluer d’une économie largement tournée vers l’assemblage vers une industrie créant davantage de valeur ajoutée. Cela suppose de réduire la dépendance aux composants importés, d’innover davantage, de renforcer les entreprises locales et de diversifier les débouchés commerciaux.

 

Le défi est de taille. Le succès économique du Vietnam repose depuis plus de vingt ans sur son ouverture au commerce mondial. Sa prochaine étape consistera à conserver cet avantage tout en développant une industrie plus autonome, plus compétitive et moins vulnérable aux tensions géopolitiques et commerciales.

 

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