
Une analyse de Philippe Bergues
Un débat musclé s’est déroulé au Parlement thaïlandais, à l’initiative de l’ancien président de la Chambre basse, Wan Muhamad Noor Matha, qui a exigé la dissolution de l’ISOC (Commandement des opérations de sécurité intérieures), en raison de son coût et d’un questionnement sur son efficacité. Cette position ferme de Wan n’est en soi pas une surprise. Elle intervient trois mois après la tentative d’assassinat du député Kamolsak Leewamoh, non résolue à ce jour. Appartenant au parti sudiste Prachachart dont Wan Muhamad Noor Matha est le chef, le député visé aurait été victime d’une opération spéciale où un officier militaire et un véhicule de l’ISOC seraient en cause, mais l’affaire n’avance pas réellement.
Une charge lourde portée par Wan Muhamad Noor Matha contre l’ISOC
L’ancien président de la Chambre basse a étayé son argumentaire lors de l’examen du projet de loi de finances de 3788 milliards de bahts pour l’exercice 2027. Sa demande de la dissolution de l’ISOC est liée « au chevauchement de ses fonctions avec celles d’autres agences de l’État et que ses performances ne justifient pas son budget » a t-il déclaré. De plus, « le conflit qui perdure depuis longtemps dans les provinces frontalières du sud se serait apaisé si les comités de l’ISOC avaient fonctionné normalement » a ajouté Wan, désormais président du Conseil consultatif du Premier ministre Anutin. « Je crois qu’il est temps de dissoudre l’ISOC. Des milliards de bahts lui ont été alloués au fil des ans, et nous devons nous demander si ces dépenses ont été judicieuses » a t-il conclu.
Le « non » catégorique d’Anutin
En réponse, le général Chaipruak Doungprapat, secrétaire général de l’ISOC, a défendu la nécessité de l’existence de l’ISOC, comparant l’organisation thaïlandaise à celle du département américain de la Sécurité intérieure, qui coordonne plusieurs agences de sécurité. Le Premier ministre Anutin a fermement rejeté la demande parlementaire de Wan Muhamad Noor Matha, aujourd’hui un de ses plus proches collaborateurs. Du siège du Bhumjaithai, sans vouloir entrer frontalement en conflit avec Wan, Anutin Charnvirakul a répondu à la presse par un « n’y pensez surtout pas ! » (à dissoudre l’ISOC). Anutin a ajouté que cette organisation « existe depuis tant d’années », laissant entendre le rôle décisif des militaires dans ce qui peut être perçu comme une menace pour la sécurité nationale.
La réponse sans ambiguïté du Premier ministre est tout sauf surprenante. Comment pourrait-il supprimer le « bras politique » de l’armée qui, depuis des décennies, a mis hors de nuire, avec ses « méthodes », tant d’opposants, des militants communistes dans les années 1970 aux plus récents activistes anti-monarchie ? Toujours est-il que l’audace de Wan Muhamad Noor Matha sur la question aura surpris le chef du gouvernement, sans que leur visite officielle commune en Malaisie ne soit remise en cause.
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