
L’année 2025 marque un triste record pour les réfugiés rohingyas : près de 900 personnes ont été signalées mortes ou portées disparues en mer d’Andaman et dans le golfe du Bengale, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Il s’agit de l’année la plus meurtrière jamais enregistrée pour les traversées maritimes en Asie du Sud et du Sud-Est.
Au total, plus de 6 500 Rohingyas ont tenté ces traversées périlleuses en 2025. Un chiffre alarmant : environ une personne sur sept a disparu ou est décédée, ce qui constitue le taux de mortalité le plus élevé au monde parmi les principales routes migratoires maritimes.
Depuis une dizaine d’années, environ 5 000 Rohingyas auraient perdu la vie en mer. « La mer d’Andaman et le golfe du Bengale sont devenus un cimetière sans sépulture pour des milliers de réfugiés désespérés », a déclaré Babar Baloch, porte-parole du HCR.
Depuis 2012, près de 200 000 Rohingyas ont pris la mer pour fuir les persécutions et les conditions de vie insoutenables. L’exode massif de 2017, lorsque des centaines de milliers d’entre eux ont fui la Birmanie vers le Bangladesh, reste un tournant majeur. Les Nations Unies avaient alors qualifié la répression subie de « nettoyage ethnique ».
Une crise qui s’aggrave en 2026
La tendance inquiétante se poursuit en 2026. Entre janvier et le 13 avril, plus de 2 800 Rohingyas ont déjà entrepris ces voyages dangereux. Ces dernières années, plus de la moitié des passagers sont des femmes et des enfants, soulignant la vulnérabilité croissante des personnes concernées.
Début avril, un nouveau drame est venu illustrer la gravité de la situation : un bateau surchargé, parti du Bangladesh le 26 mars, aurait chaviré en mer d’Andaman en raison de mauvaises conditions météorologiques. Environ 250 personnes sont portées disparues. Seuls neuf survivants ont été secourus le 9 avril près des îles Andaman. Le HCR leur fournit un soutien médical et psychosocial, en coordination avec les autorités locales.
Des départs motivés par le désespoir
Malgré les dangers extrêmes – naufrages, trafic d’êtres humains, exploitation – des milliers de Rohingyas continuent de fuir par la mer. Les embarcations, souvent surchargées et inadaptées, partent généralement de Cox’s Bazar au Bangladesh ou de l’État de Rakhine en Birmanie, à destination de la Malaisie ou de l’Indonésie.
Si la majorité des réfugiés exprime le souhait de retourner en Birmanie, les conditions actuelles rendent ce retour impossible. « Les conflits persistants, les persécutions et l’absence de citoyenneté ne leur laissent que très peu d’espoir », souligne le HCR. À cela s’ajoute une baisse significative de l’aide humanitaire au Bangladesh, où vivent environ 1,2 million de Rohingyas. En 2025, le plan de réponse humanitaire n’a été financé qu’à 53 %, aggravant la précarité dans les camps, déjà marqués par l’insécurité et le manque d’accès à l’éducation et à l’emploi.
Un appel urgent à la communauté internationale
Au total, plus de 1,3 million de Rohingyas restent déplacés dans la région. Face à cette crise, le HCR appelle les États à agir sur les causes profondes de l’exil, à développer des voies de migration sûres et légales, et à renforcer la coopération régionale pour lutter contre les réseaux de passeurs et sauver des vies. Les Nations Unies redoutent que 2026 ne devienne à son tour une nouvelle année tragique pour les Rohingyas, contraints de fuir au péril de leur vie.
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