
La banque Kiatnakin Phatra relève ses prévisions de croissance pour la Thaïlande en 2026, tout en avertissant que l’économie du royaume reste confrontée à des fragilités majeures liées au tourisme, à la consommation intérieure et à la dégradation du compte courant.
L’établissement bancaire anticipe désormais une croissance du PIB de 1,9 % en 2026, contre 1,3 % auparavant. Cette révision à la hausse s’appuie sur de meilleurs résultats enregistrés au premier trimestre, un cycle d’investissement plus dynamique et un plan de relance budgétaire de 400 milliards de bahts, soit environ 2 % du PIB.
Selon les analystes de Kiatnakin Phatra, ce soutien budgétaire devrait permettre à la Thaïlande d’éviter une récession technique. Toutefois, la banque souligne que ces moteurs de croissance restent essentiellement temporaires ou décalés dans le temps.
« La révision reflète davantage la situation passée de la Thaïlande que sa trajectoire future », estime la banque, qui avertit que les effets du choc pétrolier, du ralentissement du tourisme et de la détérioration du compte courant ne sont pas encore pleinement visibles dans les statistiques économiques.
L’investissement porté par les centres de données et l’électronique
Les investissements privés ont progressé de 10,1 % au premier trimestre 2026, notamment grâce aux dépenses dans les centres de données et l’électronique. Une dynamique qui apporte un soutien réel à l’économie.
Mais Kiatnakin Phatra nuance cet optimisme. Une large partie de ces investissements dépend fortement des importations, représentant entre 60 % et 80 % des dépenses liées aux investissements étrangers.
Parallèlement, la Thaïlande continue de perdre du terrain dans des secteurs historiques comme l’automobile, la pétrochimie et l’électronique traditionnelle, plus rapidement qu’elle ne développe de nouvelles activités industrielles.
Le choc pétrolier menace la consommation
La banque estime que l’impact de la hausse des prix du pétrole et des tensions au Moyen-Orient n’apparaît pas encore clairement dans les données économiques.
Les conséquences pourraient toutefois être importantes dans les prochains mois : baisse du tourisme long-courrier, réduction du pouvoir d’achat des ménages les plus modestes et risques de perturbation des approvisionnements en pétrole brut, gaz naturel liquéfié et produits pétrochimiques.
Kiatnakin Phatra prévoit ainsi une pression croissante sur la consommation intérieure au cours des deuxième et troisième trimestres de l’année.
Une dette publique sous surveillance
Le plan de soutien budgétaire de 400 milliards de bahts devrait contribuer à hauteur de 0,3 point de croissance au second semestre 2026.
Cependant, cette relance augmente également la dette publique au-delà du plafond symbolique de 70 % du PIB fixé par les autorités thaïlandaises.
La banque estime qu’un programme crédible de consolidation budgétaire sera indispensable afin de stabiliser la dette autour de 70 à 72 % du PIB avant une réduction progressive à partir de 2027 ou 2028.
Une contestation juridique concernant le caractère « d’urgence » des dépenses liées à la transition énergétique pourrait également retarder certains décaissements.
Le compte courant bascule dans le rouge
Kiatnakin Phatra prévoit une dégradation marquée du compte courant thaïlandais. Après un excédent de 15,9 milliards de dollars en 2025, soit 2,7 % du PIB, la Thaïlande pourrait enregistrer un déficit de 4,3 milliards de dollars en 2026, équivalant à 0,7 % du PIB.
Cette évolution s’explique par plusieurs facteurs : hausse des importations liées aux investissements, baisse des exportations automobiles sous l’effet de la transition vers les véhicules électriques, recul du tourisme et détérioration des termes de l’échange.
Pour les analystes, cette situation pourrait marquer un tournant pour le baht après plus d’une décennie d’excédents extérieurs.
La Banque de Thaïlande devrait maintenir ses taux
L’inflation pourrait atteindre un pic proche de 5 % avant de ralentir progressivement lorsque les effets liés à l’énergie se dissiperont.
Malgré cette poussée inflationniste, Kiatnakin Phatra ne s’attend pas à un resserrement monétaire de la Banque de Thaïlande.
La demande intérieure reste faible et les ménages demeurent fortement endettés, contrairement à la période 2022-2023 où la reprise économique soutenait l’activité.
La banque prévoit ainsi un maintien des taux directeurs pendant toute l’année 2026 et une grande partie de 2027, estimant que le principal mécanisme d’ajustement sera l’évolution du baht plutôt qu’une modification de la politique monétaire.
Gaston Baht
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