
Les autorités cambodgiennes ont saisi plus de 220 tonnes de viande congelée portant des étiquettes en langue thaïlandaise lors d’une série d’inspections menées dans plusieurs entrepôts de Phnom Penh. Cette opération intervient alors que le gouvernement renforce ses contrôles sur les importations en provenance de Thaïlande, dans un contexte de tensions persistantes entre les deux pays.
Selon Kim Meas Sokseha, directeur général de la Direction générale de la protection des consommateurs, de la concurrence et de la répression des fraudes (CCF), les autorités ont inspecté le 10 juin trois entrepôts situés dans les districts de Prek Pnov, Russey Keo et Sen Sok.
Dans un premier entrepôt situé dans le district de Prek Pnov, les inspecteurs ont découvert 215 colis de viande congelée portant des inscriptions en thaïlandais, représentant environ 430 kilogrammes de marchandises. La principale saisie a toutefois eu lieu dans un entrepôt du district de Russey Keo, où les autorités ont recensé 25 catégories de produits carnés étiquetés en thaïlandais pour un volume total dépassant 218 tonnes.
Les marchandises ont été placées sous séquestre conformément aux procédures judiciaires en vigueur. Les autorités poursuivent désormais leurs investigations afin de déterminer leur origine exacte et les conditions de leur importation sur le territoire cambodgien.
À ce stade, aucun risque sanitaire n’a été évoqué. Les vérifications portent principalement sur la légalité des importations et sur d’éventuelles fraudes concernant la provenance des produits. Les enquêteurs examinent également certaines marchandises portant des étiquettes en khmer afin de vérifier qu’elles ne dissimulent pas une origine étrangère.
Un troisième entrepôt inspecté dans le district de Sen Sok ne contenait pas de viande en provenance de Thaïlande. Selon les autorités, les produits stockés sur ce site provenaient notamment d’Inde, de Chine et d’Australie.
Des contrôles renforcés sur les importations thaïlandaises
Cette opération intervient au lendemain d’un appel du président du Sénat Hun Sen à renforcer la lutte contre les importations illégales en provenance de Thaïlande. L’ancien Premier ministre, qui demeure la personnalité politique la plus influente du pays, a demandé aux autorités d’identifier non seulement les contrebandiers mais également les éventuels fonctionnaires ou responsables impliqués dans ces filières.
La saisie s’inscrit dans un contexte plus large de refroidissement des relations économiques entre Phnom Penh et Bangkok. Depuis les tensions frontalières apparues en 2025, les autorités cambodgiennes ont multiplié les contrôles sur certains produits importés de Thaïlande, tandis que plusieurs responsables politiques encouragent les consommateurs à privilégier les produits locaux ou les marchandises provenant d’autres pays.
Pour autant, le Cambodge n’a pas décrété d’embargo général sur les produits thaïlandais. Les autorités rappellent régulièrement que le royaume demeure soumis à ses engagements au sein de l’ASEAN et de l’Organisation mondiale du commerce. Hormis certaines restrictions ciblées, notamment sur les carburants et le gaz, les échanges commerciaux entre les deux pays se poursuivent.
Un commerce toujours important malgré le recul des échanges
Malgré la fermeture de la frontière terrestre entre les deux royaumes depuis près d’un an, les marchandises continuent de circuler par voie maritime ou via des pays tiers, notamment le Laos.
Selon les statistiques de la Direction générale des douanes et accises du Cambodge, les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint 696 millions de dollars au premier trimestre 2026. Les importations cambodgiennes en provenance de Thaïlande ont représenté plus de 514 millions de dollars sur cette période, contre 181 millions de dollars d’exportations vers le marché thaïlandais.
Ces chiffres marquent toutefois une baisse de près de 40 % par rapport à la même période de 2025. La Thaïlande demeure néanmoins le cinquième partenaire commercial du Cambodge, derrière la Chine, les États-Unis, le Vietnam et le Japon.
Selon plusieurs économistes cambodgiens, les tensions politiques et frontalières ont favorisé une baisse de la consommation de produits thaïlandais et encouragé la recherche de fournisseurs alternatifs. Ils soulignent toutefois que l’économie cambodgienne reste encore fortement dépendante de nombreuses importations en provenance de son voisin.
Les autorités n’ont pas encore indiqué si des poursuites judiciaires seraient engagées contre les propriétaires des marchandises saisies. L’enquête se poursuit.
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