
Les États-Unis ne quittent pas l’Asie. C’est le message qu’Elbridge Colby, sous-secrétaire américain à la Défense chargé de la politique, a voulu faire passer le 10 août à Manille. Mais Washington demande désormais à ses alliés de consacrer davantage de moyens à leur propre défense et d’assumer une plus grande part de l’effort militaire régional.
« Les intérêts de l’Amérique sont plus que jamais engagés dans l’Indo-Pacifique », a déclaré Elbridge Colby lors d’un discours au Stratbase Institute, première étape d’une tournée qui doit également le conduire en Indonésie, en Thaïlande et au Cambodge.
Le responsable du Pentagone a voulu dissiper les interrogations sur un éventuel désengagement américain de la région.
« Nous ne partons pas ; au contraire, nous renforçons notre présence afin de garantir un équilibre des forces favorable là où cela compte le plus », a-t-il affirmé.
Washington réclame davantage à ses alliés asiatiques
Cette présence américaine doit cependant s’accompagner, selon Elbridge Colby, d’un « effort et d’une contribution beaucoup plus importants » de la part des alliés et partenaires des États-Unis.
Le responsable américain rapproche cette stratégie de celle poursuivie auprès des alliés européens de l’OTAN : Washington entend conserver un rôle militaire central, tout en rééquilibrant le partage de l’effort de défense. Il appelle notamment les partenaires asiatiques à moderniser leurs forces et à renforcer leurs capacités.
Colby résume cette doctrine par une formule : les États-Unis recherchent des « partenaires, pas des protectorats ». Washington ne souhaite pas davantage que ses alliés cherchent à exclure ou à remplacer les États-Unis dans l’architecture de sécurité régionale.
Le message est donc double : les États-Unis entendent rester une puissance militaire majeure dans l’Indo-Pacifique, mais leurs alliés devront prendre une part croissante de leur propre défense.
La Chine, grande absente du discours
Un élément de l’intervention a toutefois retenu l’attention : Elbridge Colby s’est abstenu de mettre directement en cause la Chine, pourtant au cœur des préoccupations stratégiques américaines dans l’Indo-Pacifique.
Le discours évoque la nécessité d’empêcher qu’une puissance hégémonique domine le Pacifique et de rendre toute agression militairement trop coûteuse, sans désigner explicitement Pékin comme adversaire.
Cette prudence correspond aussi à la ligne défendue par Colby dans son discours : renforcer la dissuasion militaire tout en maintenant une diplomatie active destinée à préserver la stabilité stratégique et à réduire les risques de conflit. Il cite à ce propos Eisenhower, Nixon, Kissinger et Reagan, qui avaient combiné renforcement militaire et dialogue avec leurs adversaires.
Il serait donc hasardeux d’attribuer directement le ton adopté à Manille à la prochaine rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping.
Le signal envoyé aux alliés asiatiques est en revanche sans ambiguïté : Washington entend rester en Indo-Pacifique, mais ne veut plus porter seul le poids de la défense régionale.
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