
Près de trois personnes interrogées sur quatre estiment que les différents groupes de la société ne sont pas traités de manière égale par la justice thaïlandaise. Plus de deux sur trois disent également avoir peu ou pas confiance dans son équité et son impartialité. Un sondage Suan Dusit publié le 20 septembre met en lumière une forte défiance, dans le contexte des récentes affaires politiques.
Les chiffres sont particulièrement marqués. Selon la dernière enquête de Suan Dusit Poll, 73,55 % des personnes interrogées considèrent que le système judiciaire thaïlandais ne traite pas de manière égale les différents groupes de la société. Parmi elles, 38,02 % jugent que cette égalité n’est « pas du tout » assurée et 35,53 % qu’elle l’est peu.
L’enquête, intitulée « Les Thaïlandais et la confiance dans le système judiciaire », a été menée du 15 au 18 septembre auprès de 1 123 personnes à travers le pays, en ligne et sur le terrain. Suan Dusit Poll est l’institut de sondage de l’Université Suan Dusit.
Une confiance sérieusement entamée
Le deuxième enseignement de l’enquête concerne la confiance accordée au fonctionnement même de la justice. Interrogés sur son équité et son impartialité dans le contexte des récentes affaires politiques, 46,39 % des répondants déclarent avoir peu confiance dans le système judiciaire et 21,10 % aucune confiance. Au total, 67,49 % expriment donc peu ou pas de confiance. Seuls 18,52 % se disent plutôt confiants et 7,67 % très confiants.
Le sondage permet surtout de mesurer les raisons avancées pour expliquer cette défiance. L’influence ou l’ingérence politique arrive largement en tête, citée par 66,87 % des personnes interrogées parmi les facteurs qui affaiblissent leur confiance.
L’application inégale de la loi arrive ensuite, avec 58,86 %, devant le manque d’uniformité dans l’examen des affaires ou les décisions rendues, cité par 56,63 % des répondants.
Ces résultats doivent néanmoins être interprétés avec prudence. Ils mesurent la perception des personnes interrogées et ne permettent pas, à eux seuls, d’établir l’existence d’ingérences politiques ou d’un traitement judiciaire effectivement différent selon les personnes concernées.
L’égalité devant la loi, première préoccupation
Les solutions avancées par les répondants éclairent également cette défiance. Pour rétablir la confiance, 66,52 % souhaitent d’abord faciliter l’accès aux droits et à l’assistance juridique. Ils sont presque aussi nombreux, 65,45 %, à réclamer une application égale de la loi, tandis que 62,24 % souhaitent que les institutions judiciaires puissent exercer leurs missions de manière indépendante, à l’abri des ingérences.
Pornpan Buathong, directrice de Suan Dusit Poll, voit dans ces résultats une « crise de confiance », particulièrement sensible sur les questions d’équité et d’égalité.
Ngampravan Aesomnuek, doyenne de l’École de droit et de sciences politiques de l’Université Suan Dusit, souligne pour sa part le décalage entre le principe d’égalité devant la loi et la manière dont une partie de la population perçoit son application. Elle insiste notamment sur la nécessité de procédures transparentes et cohérentes et de décisions clairement expliquées au public.
Au-delà du contexte politique dans lequel le sondage a été réalisé, une préoccupation domine ainsi les réponses : la conviction que l’égalité devant la loi doit être mieux garantie.
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