
Alors que la transition énergétique figure parmi les priorités affichées de nombreux gouvernements asiatiques, le charbon connaît un regain spectaculaire d’intérêt. Entre vagues de chaleur annoncées, tensions sur le marché du gaz et préoccupations croissantes liées à la sécurité énergétique, cette énergie fossile reste plus que jamais au cœur du système électrique de la région.
Le charbon thermique, utilisé principalement pour produire de l’électricité, a retrouvé des couleurs ces derniers mois. Le prix de référence du charbon australien de Newcastle a dépassé les 150 dollars la tonne en juin, son niveau le plus élevé depuis deux ans.
Si l’apaisement des tensions au Moyen-Orient a récemment détendu les marchés de l’énergie, les analystes estiment que les cours devraient rester soutenus tout au long de l’été.
El Niño pousse la demande d’électricité à la hausse
La principale raison est climatique. Les prévisions annoncent un épisode El Niño particulièrement marqué, susceptible d’entraîner des températures plus élevées et des périodes de sécheresse dans plusieurs régions d’Asie du Sud et d’Asie du Sud-Est.
Ces conditions devraient accroître fortement la consommation d’électricité, notamment pour la climatisation. Face à cette demande supplémentaire, de nombreux pays continuent de s’appuyer sur le charbon, considéré comme une source d’énergie disponible, relativement bon marché et facilement mobilisable.
Le gaz ne suffit plus
La hausse des besoins énergétiques intervient alors que le marché mondial du gaz naturel liquéfié (GNL) reste sous tension. Même si les prix du gaz ont reculé ces dernières semaines, plusieurs pays asiatiques continuent de privilégier le charbon pour limiter leurs coûts de production électrique.
Le Japon, la Corée du Sud et Taïwan figurent parmi les pays qui ont accru leur recours aux centrales à charbon. La Corée du Sud a notamment augmenté ses importations de plus d’un quart au cours des premiers mois de l’année.
Cette tendance illustre une réalité souvent passée sous silence : malgré les ambitions climatiques affichées, de nombreuses économies asiatiques restent fortement dépendantes du charbon lorsqu’il s’agit de garantir un approvisionnement électrique stable.
La Chine privilégie sa sécurité énergétique
La Chine, premier consommateur mondial de charbon, renforce également son soutien au secteur. À la suite d’un accident minier survenu fin mai dans la province du Shanxi, les autorités ont renforcé les inspections de sécurité, limitant temporairement certaines productions. Dans le même temps, Pékin a demandé aux compagnies d’électricité d’augmenter leurs réserves stratégiques afin d’anticiper les pics de consommation attendus cet été et durant l’hiver prochain.
La priorité du gouvernement chinois demeure claire : éviter tout risque de pénurie énergétique susceptible de ralentir l’activité économique. Cette stratégie contribue à maintenir une forte demande sur le marché international du charbon.
Jakarta arbitre le marché mondial
Dans ce contexte, l’Indonésie occupe une position stratégique. Premier exportateur mondial de charbon thermique, l’archipel influence directement l’équilibre du marché asiatique. En début d’année, Jakarta a surpris les opérateurs en annonçant une réduction significative de sa production afin de privilégier la valeur des exportations plutôt que les volumes.
Cette décision a contribué à réduire les expéditions indonésiennes et à soutenir les prix internationaux. Mais face à la hausse persistante de la demande et aux pressions économiques internes, les autorités pourraient être tentées d’assouplir progressivement cette politique afin de profiter de cours redevenus attractifs.
Pour autant, une augmentation massive de l’offre paraît peu probable à court terme.
Une offre mondiale toujours contrainte
L’Indonésie reste aujourd’hui l’un des rares producteurs capables d’accroître rapidement sa production. En Australie, les coûts d’exploitation continuent de progresser tandis qu’en Russie, les exportations restent pénalisées par des contraintes logistiques et financières.
Résultat : malgré la hausse des prix, l’offre mondiale devrait demeurer relativement limitée, contribuant à soutenir durablement le marché.
Le grand paradoxe de la transition énergétique
Le retour en grâce du charbon met en lumière les contradictions auxquelles sont confrontés les gouvernements asiatiques. D’un côté, les objectifs de réduction des émissions de carbone se multiplient. De l’autre, les impératifs de sécurité énergétique, la croissance économique et les épisodes climatiques extrêmes poussent les États à maintenir, voire à renforcer temporairement leur dépendance à cette énergie fossile.
À court terme, l’Asie semble avoir fait son choix : face au risque de pénuries électriques et à la hausse de la consommation liée à la chaleur, la sécurité d’approvisionnement prime encore sur les ambitions climatiques. Une réalité qui rappelle combien la transition énergétique du continent reste un défi aussi complexe que stratégique.
Gaston Baht
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