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CHRONIQUE: A Sukhothai : le dernier voyage

Journaliste : Michel Hermann
La source : Gavroche
Date de publication : 19/09/2018
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Chefs d’îlots : à quoi ça sert ? Afin d’assurer le relai entre les consulats français et les expatriés ou français de passage, les ambassades françaises à l’étranger s’appuient sur un groupe de bénévoles, appelés chef d’Îlots, chargés dans une zone géographique du pays de l’assistance à la communauté française en cas de besoin (sécurité, catastrophe naturelle, conflits, guerre civile, etc.). La tâche de ces volontaires, qui n’ont aucun mandat officiel, s’est naturellement élargie à d’autres activités d’assistance (hôpitaux, accidents, décès, police, administration, etc.) qui ne relèvent pas directement du consulat. La petite chronique ci-dessous en est un bon exemple. Il s’agit du décès d’un touriste français en juillet à Sukhothai.

 

Moiteur tropicale, fatigue, cœur usé :
Les Parques ont décidé d’abréger le destin
D’Olivier, un soir d’été pluvieux et chagrin,
Sur un marché de Sukhothai, sans s’annoncer.

 

Une crise cardiaque l’a pris par traîtrise
Alors qu’avec femme et fille, il musardait
Entre restaurants de rue et petits marchés,
Cherchant subsistance pour un dîner surprise.

 

Il ne s’est pas méfié. La veille à Lopburi,
Il s’était perdu à vélo dans les ruelles
De la cité des singes. Inhabituelle
Escapade sous des nuages lourds et gris,

 

Qui s’acheva plus tard à l’hôtel, épuisé
Avec une pressante douleur thoracique.
A cinquante-six ans, cet ingénieur atypique,
Curieux et assoiffé de savoir, qui naviguait

 

Entre réalité et esprit d’aventure,
A terminé sa course un mois de juillet
En Thaïlande. Ce destin inachevé
Laisse autour de lui une terrible blessure.

 

Malgré tous les efforts de réanimation
Des urgentistes de l’hôpital de Sukhothai,
L’infarctus du myocarde gagna la bataille.
La vie quitta son corps en toute discrétion

 

Le jeudi dix-neuf juillet à vingt-et-une heure.
Son corps fut placé à la morgue, en attendant.
Pour la veuve, Edwige, quarante-et-un ans,
Et sa fille, Anaëlle, onze ans, ce malheur

 

En terre lointaine, méconnue, mystérieuse,
Les laissa désemparées. L’immense chagrin,
Le choc, la solitude des durs lendemains
Ne pouvaient occulter, hélas, les laborieuses

 

Mais incontournables tâches administratives :
Acte de décès et rapatriement du corps.
Nos chemins se sont croisés autour de la mort.
Rapidement, après des émotions furtives,

 

Tan, mon épouse, et moi-même, orchestrâmes
Le ballet administratif thaïlandais
Et français, côté Consulat, pour démêler
L’écheveau de procédures sans cœur ni âme.

 

Actes de décès, de l’hôpital et Mairie
De Sukhothai, traduction « Certifiée conforme »
Et autres documents, furent prêts dans les formes
Dès le week-end. Le Consulat français agit

 

Pour une fois diligemment. La transcription
De l’acte de décès du mort au Consulat,
Fut faite le mardi. Cela facilita
Les démarches pour son transfert en avion

 

Vers la France. Les choses allèrent bon train.
Edwige, qui fit preuve d’une dignité
Exemplaire dans ce malheur, organisait
Le rapatriement du corps avec le soutien

 

De son beau-frère, qui par chance, travaillait
Dans les assurances en France. Anaëlle
Gardait ses larmes pour après. Clarté irréelle
Parmi nous tous, patiemment, elle centralisait

 

Sur son IPAD informations et documents
Que nous lui fournissions. Chance et volonté
Surmontèrent l’improbable finalité :
En une semaine, l’affaire était bouclée.

 

Le mercredi suivant, Edwige et Anaëlle
Prenaient l’avion pour Paris. Le cercueil scellé
Suivit le vendredi. Ce voyage rêvé
A trois, ruiné par une destinée cruelle,

 

Prit fin à Sukhothai. Il se voulait festif,
Car Olivier connaissait déjà le pays
Du sourire. Ses forces vives l’ont trahi
Au début du pèlerinage, sans motif.

 

Edwige retrouvera ses deux autres fils,
Les grands frères d’Anaëlle. Ce sentiment
De vide nous habite aussi, tellement
Nous nous sommes investis dans cette injustice.

 

Avec cette épreuve, nous sommes devenus
Amis et complices. Nos rapport fusionnels,
Confortés par cette infortune accidentelle,
Comblent l’espace laissé par ce corps perdu…

 

Michel Hermann

 

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