
Le vice-Premier ministre et ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Sihasak Phuangketkeow, a rencontré à Paris plusieurs experts internationaux du droit de la mer afin de préparer la réponse de Bangkok à la décision du Cambodge d’activer une procédure de conciliation dans le cadre de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM). Une nouvelle étape dans un différend maritime ancien qui oppose les deux voisins autour des ressources du golfe de Thaïlande.
La rencontre s’est tenue à la résidence de l’ambassadeur de Thaïlande en France, en marge de la réunion ministérielle de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), à laquelle participait le chef de la diplomatie thaïlandaise.
Cette consultation intervient après la décision du Premier ministre cambodgien Hun Manet d’adresser des lettres à Bangkok et au Secrétaire général des Nations unies afin d’engager la procédure de conciliation prévue par la Convention sur le droit de la mer.
Un différend ancien aux enjeux énergétiques majeurs
Au cœur du contentieux se trouve une zone du golfe de Thaïlande où les revendications maritimes des deux pays se chevauchent. Cette région est considérée comme stratégique en raison de son potentiel en hydrocarbures, notamment en gaz naturel.
Depuis plus de vingt ans, Bangkok et Phnom Penh tentent de trouver un accord sur la délimitation de leurs espaces maritimes et sur l’exploitation éventuelle des ressources énergétiques qui s’y trouvent.
Pour les deux pays, l’enjeu est considérable. Alors que la demande énergétique continue de progresser en Asie du Sud-Est, l’exploitation de nouveaux gisements pourrait renforcer leur sécurité énergétique et attirer d’importants investissements.
Après la fin du protocole de 2001
Le dossier a pris une tournure nouvelle après la décision de la Thaïlande de mettre fin au protocole d’accord signé en 2001, qui constituait jusqu’à présent le principal cadre de négociation bilatérale sur les revendications maritimes.
Face à cette évolution, le Cambodge a choisi de recourir aux mécanismes prévus par le droit international afin de porter le différend sur une scène plus large que les seules discussions entre les deux capitales.
La procédure de conciliation prévue par la CNUDM vise à favoriser un règlement pacifique des différends. Ses conclusions ne sont toutefois pas juridiquement contraignantes, contrairement à une décision rendue par une juridiction internationale ou un tribunal arbitral.
Bangkok prépare sa stratégie juridique
Les autorités thaïlandaises assurent travailler depuis plusieurs mois sur ce dossier. Avant son déplacement à Paris, Sihasak Phuangketkeow avait déjà réuni les principales administrations concernées afin de coordonner la stratégie juridique et diplomatique du royaume.
La procédure est désormais entrée dans une phase plus concrète. Le ministre a indiqué que la Thaïlande avait déjà présélectionné deux conciliateurs appelés à représenter le royaume dans le cadre du mécanisme prévu par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer.
Conformément aux règles de la procédure, chaque pays désigne deux conciliateurs, tandis qu’un président indépendant est choisi pour diriger les travaux de la commission.
Sihasak n’a pas révélé l’identité des candidats retenus, mais a précisé qu’ils avaient été sélectionnés en raison de leur expertise en droit international, de leur expérience des procédures internationales et de leur impartialité. Bangkok doit prochainement notifier officiellement les Nations unies de ses choix.
Une procédure appelée à durer
Selon le ministre thaïlandais des Affaires étrangères, les procédures de conciliation comparables engagées dans le cadre de la Convention sur le droit de la mer durent généralement au moins un an et peuvent se prolonger davantage lorsque les dossiers sont complexes.
Le différend maritime entre la Thaïlande et le Cambodge devrait donc s’inscrire dans le temps long.
Au-delà des aspects juridiques, cette affaire touche directement aux intérêts économiques et énergétiques des deux pays. Elle pourrait également influencer les relations bilatérales entre Bangkok et Phnom Penh dans les années à venir.
Après des décennies de négociations essentiellement bilatérales, le contentieux maritime entre les deux voisins entre désormais dans une nouvelle phase, plus internationale, dont l’issue pourrait avoir des conséquences durables sur l’exploitation future des ressources du golfe de Thaïlande.
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