
La hausse des prix de l’énergie commence à produire ses effets sur l’économie thaïlandaise. Consommation des ménages, tourisme et activité industrielle ont ralenti en avril, tandis que le déficit extérieur s’est fortement creusé. Les exportations technologiques et les revenus agricoles offrent toutefois quelques motifs d’optimisme.
Après un mois de mars relativement stable, l’économie thaïlandaise a montré des signes de faiblesse en avril. La hausse du coût de l’énergie, alimentée par les tensions géopolitiques internationales, commence à peser sur les ménages, les entreprises et le secteur du tourisme.
Premier signal d’alerte : la consommation privée a reculé de 2,1 % par rapport au mois précédent. En rythme annuel, sa progression est tombée à 0,8 %, contre 4,5 % en mars. La hausse des prix du carburant a réduit les déplacements des ménages et freiné les dépenses courantes. Les activités de services ont également ralenti, dans un contexte marqué par une baisse des dépenses touristiques.
Le tourisme, moteur essentiel de l’économie thaïlandaise, montre lui aussi des signes d’essoufflement. Le nombre de visiteurs étrangers et leurs dépenses ont diminué en avril, les coûts de transport plus élevés commençant à affecter la demande touristique internationale.
L’électronique continue de soutenir les exportations
Les exportations demeurent l’un des principaux moteurs de l’activité. Hors or, leur valeur a progressé de 1,3 % sur un mois et de 23,3 % sur un an.
Cette performance repose essentiellement sur la vigueur du secteur électronique. La production de composants technologiques et de disques durs a ainsi augmenté de 6,8 % sur un an, en ligne avec la forte demande mondiale.
Cette dynamique ne profite toutefois pas à l’ensemble de l’industrie thaïlandaise. La production manufacturière est restée stable par rapport à mars mais recule encore de 0,4 % sur un an. Plusieurs secteurs continuent de souffrir, notamment les équipements industriels, dont la production a chuté de 13,5 %, ainsi que l’industrie automobile, toujours en difficulté.
Les revenus agricoles repartent à la hausse
Le secteur agricole offre une note plus positive. Après avoir reculé de 5 % en mars, les revenus agricoles ont rebondi de 3,8 % sur un an en avril.
Cette amélioration s’explique principalement par la hausse des prix agricoles, en progression de 3,2 %, tandis que la production agricole est restée légèrement positive à 0,6 %.
Les économistes estiment que les risques liés au phénomène El Niño pourraient maintenir les prix agricoles à des niveaux élevés dans les prochains mois, soutenant ainsi les revenus des agriculteurs malgré les incertitudes climatiques.
Un déficit extérieur qui se creuse fortement
L’un des signaux les plus préoccupants concerne les comptes extérieurs du royaume. La Thaïlande a enregistré en avril un déficit courant de 7,6 milliards de dollars. Le déficit commercial atteint à lui seul 6,8 milliards de dollars, conséquence directe de la hausse des importations de carburants et de produits électroniques.
Parallèlement, la balance des services est redevenue négative sous l’effet du ralentissement des dépenses touristiques et du rapatriement saisonnier de dividendes par les entreprises étrangères.
Pour un pays fortement dépendant des importations d’énergie, cette évolution accroît la vulnérabilité de l’économie aux fluctuations du marché pétrolier mondial.
Une reprise attendue, mais sous conditions
Les économistes anticipent un deuxième trimestre encore difficile. Les coûts élevés de l’énergie continuent de peser sur la consommation des ménages, sur l’industrie et sur les recettes touristiques.
Pour soutenir l’activité, le gouvernement prévoit plusieurs mesures de relance au second semestre 2026. Les investissements privés devraient également contribuer à maintenir la croissance.
Cependant, les perspectives restent étroitement liées à l’évolution des marchés énergétiques. Les analystes estiment que le déficit courant pourrait rester sous pression tout au long de l’année en raison de la hausse des importations, de l’augmentation des coûts énergétiques et du ralentissement des recettes du tourisme.
Une aggravation des tensions au Moyen-Orient, notamment en cas de perturbation prolongée du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, constituerait un risque supplémentaire pour l’économie thaïlandaise.
Pour l’heure, l’électronique et l’agriculture permettent d’amortir le choc. Reste à savoir si ces deux moteurs seront suffisants pour compenser les effets durables d’une énergie plus chère sur l’ensemble de l’économie thaïlandaise.
Gaston Baht










