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Thaïlande – Mae Sot : un entrepreneur français crée une ferme biologique autonome et durable

Journaliste : Lionel Corchia
La source : Gavroche
Date de publication : 01/05/2014
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L’entreprise Fertiltech, haute de ses deux ans, s’est spécialisée dans l’agriculture « aquaponique ». Proposant son savoir-faire aux populations défavorisées, elle attise déjà l’intérêt des ONG internationales.

 

Alors jeune chef d’entreprise non-conformiste et passionné de nature, Straton Alexandre, originaire d’Antibes, créa sa première ferme biologique citadine en 1977 sur le toit de son immeuble. « Partout où j’ai été, j’ai toujours eu mon pot de basilic avec moi comme Léon avec son pot de fleurs », aime à dire cet adepte de cinéma d’auteur. Derrière son chapeau et ses verres fumés, ce Jean Reno en herbe a entretenu toute sa vie ce désir d’arche autonome en marge de la société.

 

Installé depuis plus de 25 ans en Thaïlande, il eut un véritable coup de foudre pour la ville de Mae Sot, dans le Nord-Ouest du royaume. Ce paysage montagneux et sauvage en bordure de la rivière Moei faisant face à la Birmanie est pourvu d’une nature dense, parfois virginale, dont le climat peut rappeler celui de certaines de nos régions du Sud de la France en été. Un patchwork culturel entre traditions thaïlandaises et birmanes où se mêlent de nombreuses ethnies thaïes, chinoises, birmanes – essentiellement Karen et Hmong. Le bouddhisme, l’islam, le catholicisme et des réminiscences chamanes et animistes semblent y cohabiter en toute quiétude.

 

Beaucoup d’étrangers viennent à Mae Sot pour travailler bénévolement pour les ONG qui s’occupent notamment des camps de réfugiés birmans. C’est d’ailleurs lors de ces pérégrinations familiales hors des sentiers battus que Straton fit la connaissance de Bou Nan, un chef du village Hmong avec qui, au fil du temps, il est devenu très lié. « Il m’initia à la culture chamanique de sa tribu et partage l’amour que les siens portent pour la nature. Ils m’ont appris à découvrir la jungle, à tirer à l’arbalète pour chasser. Sensibilisé très vite à leurs besoins, je voulais vraiment les aider comme eux m’avaient aidé dans cet apprentissage de vie au sein de ce nouvel univers aussi familier qu’ésotérique. »

 

Mais ce ne fut qu’à l’heure de sa retraite il y a de cela quatre ans que cet amoureux de la Thaïlande décida de changer complètement d’horizon professionnel en se consacrant à la création de sa première ferme biologique. Laissant alors ses ateliers de lapidaire, Straton Alexandre décida après une période d’étude et une série d’expérimentations, entre autres avec les instituts de Chiang Mai et de Tak où il achetait ses alevins, de construire ses premières serres hydroponiques sur le toit de son restaurant Mickey Angelo, en plein cœur de Mae Sot.

 

S’en suivit la mise en œuvre d’un espace dédie en dehors de la ville plus approprie à l’expansion de sa première aqua ferme, « Les Deux Coqs ». Obtenant des résultats plus que satisfaisants, la création de Fertiltech vit le jour deux ans plus tard avec l’aide de son associé et ami François Rozet. « Nous avons voulu créer un concept innovant pour aider à la construction de fermes biologiques durables et les proposer ensuite aux villages en voie de développement dans la région de Mae Sot et au-delà, explique Straton Alexandre. Fertiltech peut générer une nouvelle source de revenus par la conception de structures autonomes utilisant moins d’eau et de ressources que l’agriculture traditionnelle par des méthodes aquaponiques. »

 

L’aquaponie est un système où les plantes et les poissons sont cultivés et élevés en symbiose. Les déchets produits par les poissons fournissent la nourriture aux plantes cultivées, les plantes filtrent l’eau qui remonte ainsi aux poissons parfaitement purifiée. Une méthode naturelle respectueuse de l’environnement sans rejet d’eau ou de filtrat, ni ajout d’engrais, et qui prend en compte le meilleur de l’aquaculture, mais aussi de l’hydroponie, une technique de culture hors-sol qui utilise des solutions nutritives renouvelées et un substrat inerte qui remplace la terre.

 

L’installation de l’aqua-ferme nécessite une surface minimum de 500 mètres carrés. Elle se monte et se démonte très rapidement grâce à sa structure légère dont les différents éléments ont été néanmoins conçus dans les meilleurs matériaux pour assurer un fonctionnement durable. Seulement deux pompes à fonctionnement électrique, solaire ou éolien, suffisent à fournir la totalité des besoins en distribution d’eau de la ferme, ce qui la rend parfaitement autonome en cas d’installation en site isole. L’aqua-ferme fonctionne ainsi en circuit ferme et ne demande donc qu’une très faible consommation d’eau. « Cette ferme aquaponique comprend des bassins pour environ 450 poissons (Tilapias) préservés de la lumière directe par une ombrière, des bacs à plantes pour la production essentiellement de salades (Batavia) et des bacs de décantation qui peuvent également fournir petits poissons d’aquarium et fleurs d’ornement, précise son concepteur. Il est important de garder un équilibre entre la population des poissons et la nourriture apportée aux végétaux. »

 

Des serres garantissent une totale protection des plantes et légumes bios contre les attaques d’insectes ou de champignons, tandis qu’un lombri-composteur assure la multiplication des vers de terre afin de nourrir les poissons, pour une production allant jusqu’à trois tonnes de poissons et 40 000 salades par an.

 

Les premiers à bénéficier de l’installation de cette nouvelle ferme bio autonome sont les habitants du village Hmong en bordure de la frontière birmane. Bassins et serres seront installés ces prochains mois avec le soutien nouvellement acquis d’une ONG suisse, Eco Ethik Ressources, supportant l’initiative de Fertiltech et s’inspirant de ce système innovateur pour leurs futures implantations en territoires thaïlandais, birman et vietnamien. Une association dont le but est de créer de la ressource alimentaire pour les populations défavorisées habitant parfois dans des zones incultivables, favorisant une production 100% écologique et complétement autonome.

 

Straton Alexandre aimerait à long terme et grâce à cette nouvelle collaboration, pouvoir créer des emplois par cette économie innovante résultant de la vente de ces cultures et former ces populations à différents types de production agricole alternative. « Mon rêve est de pouvoir rendre aux Hmong, à cette famille qui m’a adopté et fait grandir, tout ce qu’ils m’ont appris sur la beauté de leurs valeurs et de leurs combats. Je suis devenu grâce à eux bien plus qu’un homme, un être vivant en harmonie avec la nature. Ce fut mon plus beau cadeau et ce sera mon plus précieux héritage. »

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