
Le gouvernement thaïlandais franchit une nouvelle étape dans le durcissement de sa politique sur les armes à feu. Après avoir rappelé aux particuliers qu’ils devaient laisser leurs armes à leur domicile, le Premier ministre et ministre de l’Intérieur Anutin Charnvirakul a ordonné la suspension temporaire de la délivrance de nouveaux permis permettant d’acheter une arme.
Cette décision intervient après la fusillade du 7 août à l’école Debsirin Nonthaburi, au nord-ouest de Bangkok. Un adolescent de 14 ans avait auparavant tué ses grands-parents avec l’arme de son grand-père, légalement enregistrée, avant d’ouvrir le feu dans son établissement scolaire puis de retourner l’arme contre lui. Le bilan s’est élevé à neuf morts en comptant l’auteur des tirs.
Gavroche a déjà consacré plusieurs articles à la tuerie, au renforcement de la sécurité dans les écoles et à l’importante circulation des armes dans le royaume. Les nouvelles décisions gouvernementales concernent désormais directement les conditions d’acquisition et de détention des armes.
Plus de nouveaux permis d’achat jusqu’à nouvel ordre
La mesure la plus immédiate concerne le permis appelé en Thaïlande Por 3, document administratif nécessaire pour acheter une arme à feu. Sa délivrance aux particuliers est suspendue jusqu’à nouvel ordre.
Les autorités doivent parallèlement recenser les demandes encore en attente ainsi que les permis déjà délivrés. Les personnes ayant acheté une arme grâce à un Por 3 disposent de 30 jours pour demander le Por 4, qui correspond à l’autorisation de détenir légalement cette arme. Passé ce délai, l’arme pourra être considérée comme détenue illégalement.
Pour un lecteur français, la distinction est importante : le Por 3 autorise l’acquisition d’une arme, tandis que le Por 4 concerne sa détention. Il ne s’agit donc pas simplement de suspendre un « permis de port d’armes », mais bien de fermer temporairement l’accès légal à de nouvelles acquisitions.
Les armes à prix réduit pour les fonctionnaires dans le viseur
Le gouvernement suspend également les nouveaux programmes dits de « welfare guns », un dispositif propre à la Thaïlande permettant à certaines catégories d’agents publics — policiers, militaires, fonctionnaires ou responsables locaux notamment — d’acquérir des armes à des tarifs préférentiels.
Ce système est depuis longtemps controversé. Certaines armes achetées dans ce cadre ont ensuite été revendues, alimentant les interrogations sur leur traçabilité.
Le gouvernement veut également contrôler davantage les armureries. Les registres de ventes devront être comparés aux permis délivrés et aux données fiscales. Les stocks et ventes de munitions, notamment dans les stands de tir, feront eux aussi l’objet d’une surveillance renforcée.
Vers une nouvelle loi sur les armes
Ces mesures sont présentées comme provisoires, en attendant une réforme plus profonde de la législation.
Anutin Charnvirakul a chargé le vice-Premier ministre Pakorn Nilprapunt, responsable des affaires juridiques, d’accélérer la préparation d’un nouveau texte. Le gouvernement souhaite qu’un projet soit présenté dans un délai de 60 jours. Il doit notamment améliorer le recensement des armes, renforcer le contrôle du commerce et durcir les sanctions.
Le ministère de l’Intérieur envisage également de rendre périodique le renouvellement des autorisations de détention. Selon les dernières mesures détaillées par le Département de l’administration provinciale, ce renouvellement interviendrait tous les cinq ans. Un système électronique doit en outre permettre à terme de suivre les permis et les transactions en les reliant aux bases de données des douanes et de l’administration fiscale.
Le problème des millions d’armes déjà en circulation
Suspendre les nouvelles acquisitions ne règle toutefois qu’une partie du problème.
Comme Gavroche l’a récemment expliqué dans un article consacré au chiffre souvent cité des « 10 millions d’armes », les dernières estimations internationales de référence remontent au Small Arms Survey de 2017. Elles évaluaient alors à environ 10,3 millions le nombre d’armes détenues par des civils en Thaïlande, dont plus de quatre millions non enregistrées.
Ces données, désormais anciennes, ne permettent pas de connaître précisément le nombre actuel d’armes en circulation. Elles donnent néanmoins une idée de l’ampleur du défi auquel sont confrontées les autorités.
Le gouvernement entend donc parallèlement intensifier la lutte contre les armes clandestines, notamment celles vendues sur les réseaux sociaux et d’autres plateformes en ligne.
Administration et police sommées de travailler ensemble
Jeudi 13 août, Anutin Charnvirakul a également profité d’un atelier consacré à la sécurité locale pour demander aux chefs de district et aux responsables de la police de travailler davantage en binôme, à partir des mêmes informations.
Des contrôles et barrages doivent notamment permettre de rechercher plus systématiquement les armes illégales. Cette coopération ne concerne pas seulement les armes à feu : elle englobe également les stupéfiants, le crime organisé, les réseaux d’influence et différentes formes de criminalité locale.
La réunion a rassemblé 564 responsables de 25 provinces des régions centrale et orientale, représentant 209 districts et 355 commissariats.
Après les annonces, l’épreuve de l’application
La Thaïlande avait déjà renforcé à plusieurs reprises son dispositif après des fusillades meurtrières, notamment en suspendant temporairement certaines licences et en imposant de nouvelles restrictions après les attaques de ces dernières années. Les résultats sont restés limités et des millions d’armes, enregistrées ou clandestines, demeurent en circulation.
La nouveauté réside donc moins dans la volonté affichée de durcir la législation que dans l’ampleur des mesures désormais annoncées : suspension des nouvelles acquisitions, réexamen des permis, contrôle des armuriers et des munitions, remise en cause des armes subventionnées et préparation d’une nouvelle loi.
Après la tuerie de Nonthaburi, l’enjeu sera surtout de savoir si ces décisions temporaires déboucheront cette fois sur une réforme durable du système thaïlandais de contrôle des armes à feu.
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