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Mais qu’a-t-il voulu prouver ? Pourquoi diable Emmanuel Macron, après avoir «câliné» Donald Trump pendant tout le sommet du G7 à Évian, a-t-il poussé pour obtenir la signature au château de Versailles du protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran ?
L’idée, sans doute, était de redorer le blason diplomatique de la France et de l’Europe, complètement tenus à l’écart de ce conflit dont le président français a dit lui-même, à plusieurs reprises, qu’il « n’est pas notre guerre ». Alors pourquoi ? Pour l’image ? Ou parce que sa lecture de Donald Trump reste radicalement fausse ?
Le locataire de la Maison-Blanche ne respecte que la force. Lui offrir des dorures à foison ne le calme pas. Au contraire. Trump, après Versailles, va se prendre encore plus pour le nouveau « Roi Soleil ».
Avouez qu’en comparaison, la méthode Meloni est autrement plus efficace. Un punch direct, sous le menton, après quelques murmures à l’oreille de Trump dont on ne connaît toujours pas le détail. Non, Giorgia n’a jamais quémandé un selfie. Et non, l’Italie n’est pas un paillasson. L’iconographie des réseaux sociaux a ensuite fait le reste. Tout y passe. Giorgia en train de gifler le malotrus Trump. Giorgia en train de le mettre K.O. Giorgia qui dit non en boucle sur TikTok. Emmanuel Macron, ce président si féru de numérique, vient de prendre une leçon de diplomatie-pugilat instagramable.
Tout ceci serait drôle, voire anecdotique, si Giorgia Meloni n’était pas celle qui, voici peu, rêvait d’être un pont entre l’Europe et les États-Unis du président MAGA. Et si Emmanuel Macron n’avait pas fait de la défense de la souveraineté européenne son credo politique. Qui, franchement, a mieux défendu cette souveraineté ces derniers jours ?
Attendus à Antibes ce jeudi pour le sommet franco-Italien annuel, Emmanuel et Giorgia vont pouvoir renvoyer un selfie à Donald. Mais avec quel émoji pour l’accompagner ?
Bonne lecture, en entonnant « Bella Ciao » !
(Pour débattre : richard.werly@ringier.ch)
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Tout avait si bien commencé, G. Meloni était la seule dirigeante européenne invitée à l’investiture de D. Trump en 2025. Les compliments du milliardaire sur la beauté de l’Italienne n’ont pas eu l’air de la choquer. Pas la moindre suspicion de rejet, en apparence. Elle échouera pourtant à amadouer l’Américain sur les droits de douane imposés à l’UE. Une première fracture dans l’idylle. L’opposition au pape Léon, dont Trump ne se déclarait pas « fan », devait fragiliser davantage l’apparente lune de miel entre Rome et Washington. Un parfum de blasphème s’empara de Giorgia qui, en Italienne et chrétienne, assimile le pape, le Vatican et l’Italie. La susceptibilité ultramontaine ne fit qu’un tour. Le refus d’impliquer son pays dans la guerre en Iran envenimera la fracture.
L’Italie prend ses distances et entame un rapprochement avec les alliés européens. E. Macron accueille Meloni sur les airs de « Felicità » au G7. L’accueil suivant, à Antibes, fut des plus chaleureux. Une nouvelle lune de miel semble s’esquisser et remplacer l’ancienne, « La donna è mobile »… entonnera certainement Donald…
Tout comme Poutine avait réussi à « réunifier » l’Europe face à l’Ukraine, Trump réussit à réunir l’Europe face aux USA, au point de se présenter, telle Jeanne naguère, en porte-étendard de l’Europe, éclipsant presque le rôle que s’attribue le président français.
Il est à noter que Meloni a toujours professé des positions « atlantistes », même si une partie de l’opinion, comme en France et en Espagne, est « anti-américaine » et très nettement en faveur du soutien à l’Ukraine, contrairement au Hongrois Viktor Orban, son « allié » le plus proche. Sa disparition lui permet d’afficher une position moins ambiguë, mais qu’il faut replacer dans le contexte politique italien.
La popularité de G. Meloni s’est dégradée, venant de subir, mi-mars 2026, un revers dans sa proposition de référendum rejetée. Des élections législatives en 2027 pourraient remettre en cause les équilibres parlementaires. Le dernier exercice théâtral et savamment médiatisé devait resserrer le sentiment de la fierté italienne souillée. Déambulant, les jours suivants, dans les rues de Rome, l’acclamation fut totale, si ce n’est, comme après la victoire des généraux de l’ancienne Rome, le triomphe.
L’orientation de G. Meloni vers un « populisme apaisé », que partage une partie du camp républicain aux USA, pourrait avoir un effet sur d’éventuels réajustements au sein des camps populistes moins favorables à une Europe unifiée. Des réorientations que la perspective d’élections à venir dans certains pays, comme en Allemagne ou en France, pourrait favoriser.
Depuis le vieil Ésope et notre bon La Fontaine, les ressorts profonds de l’âme humaine ont été scrutés à travers ces petites histoires au langage épuré, à l’imagination riche et à la philosophie profonde. Leur lecture est toujours une source de plaisir tant elles visent juste.
L’échange entre l’Italienne et l’Américain renouvelle la fameuse histoire du Renard et des Raisins. En anglais, cela a donné naissance à des expressions comme sour grapes (« raisins aigres ») ou it’s a case of the fox and the grapes, pour décrire l’état d’esprit de ceux qui dénigrent ce qu’ils ne peuvent obtenir…
Jean de La Fontaine, Fables, Livre III, fable 11
Certain renard gascon, d’autres disent normand,
Mourant presque de faim, vit au haut d’une treille
Des raisins mûrs apparemment,
Et couverts d’une peau vermeille.
Le galant en eût fait volontiers un repas ;
Mais comme il n’y pouvait atteindre :
« Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats. »
Fit-il pas mieux que de se plaindre ?