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THAILANDE Sud musulman : vers une solution politique ?

Journaliste : Arnaud Dubus
La source : Gavroche
Date de publication : 17/12/2012
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Comme chaque année, la réouverture des écoles gouvernementales dans le sud du pays à majorité musulmane au début de juin a donné lieu à une recrudescence des violences: fusillade meurtrière, le 8 juin, dans une mosquée de Narathiwat, meurtre d’une enseignante enceinte, assassinat d’un bonze menant sa quête matinale d’offrandes, bombes et embuscades quotidiennes… Autant de signes qui montrent qu’un apaisement de la tourmente qui a saisi les trois provinces depuis 2003 n’est guère en vue.

 

Certains observateurs, parmi les plus pertinents, ne dissimulent par leur pessimisme. Ainsi, Mark Thamtai, expert des questions de sécurité, repousse la notion selon laquelle «l’application d’une justice équitable» constituerait une solution suffisante au conflit. «Il est tout simplement trop tard, dit-il. C’est comme si un gros fumeur, qui vient d’être diagnostiqué d’un cancer aux poumons, dit qu’il va arrêter de fumer. Cela ne peut pas nuire, mais il devra utiliser des techniques plus radicales s’il veut être soigné.»

 

Le Premier ministre Abhisit Vejjajiva semble être bien conscient de cette situation. Le fait qu’il ait évoqué, à la mi-juin, l’idée d’une «zone administrative spéciale» pour les trois provinces du sud confirme qu’il souhaite s’attaquer aux racines du problème et y apporter une solution politique. Sa déclaration, immédiatement critiquée par des associations bouddhistes nationalistes, a toutes les allures d’un ballon d’essai. Il a bien sûr pris ses précautions: «Le principe constitutionnel de l’indivisibilité du territoire doit être respecté», a-t-il dit, ajoutant même que l’élection directe des gouverneurs des trois provinces n’était «pas une chose certaine». Mais, il est bien évident que l’idée d’un statut spécial d’autonomie pour le sud ne peut, pour l’intant, recueillir l’assentiment d’une majorité de la population thaïlandaise. Aux yeux de beaucoup, “statut administratif spécial” équivaut à “séparation”, ce qui est considéré comme inacceptable. Il faut donc qu’Abhisit, tout en conservant les yeux fixés sur son objectif, avance ses pions progressivement, habitue l’opinion à l’idée d’un statut d’autonomie et module son discours en fonction de la situation politique nationale et des événements du terrain, comme l’avait fait le général De Gaulle vis à vis de la question algérienne à partir de 1958.

 

Sur le terrain, la situation s’est fortement dégradée, même avant les violences de juin. «Les méthodes de la violence sont devenues plus vicieuses. Avant, c’étaient surtout des fusillades et des bombes, mais maintenant les victimes sont souvent égorgées, y compris les femmes et des enfants âgés parfois d’à peine neuf ans. Dans la région, nous sommes au courant de tous ces incidents, mais ils ne sont pas rapportés par les médias au niveau national», considère Patimoh Poh-itaeda-oh, directrice de Women for Peace, une organisation établie à Yala qui vient en aide aux femmes victimes de la violence. Elle sait ce dont elle parle: une de ses soeurs et son frère ont été tués par balles lors d’attaques liées à l’insurrection.

 

Peu de progrès véritables semblent avoir été fait ces dernières années quant aux griefs avancés par de nombreux malais musulmans, notamment en ce qui concerne la question cruciale de la langue et de la culture malaises. «Pour citer l’intellectuel bouddhiste Nidhi Eowsriwong (de Midnight University à Chiang Mai, ndlr), je dirais que l’islam est un espace dans la sphère thaïlandaise, mais la culture malaise n’est pas un espace. Dans les écoles gouvernementales, ils ferment toujours la porte à la langue malaise», considère Mansour Saleh, animateur d’une émission radio en malais dans une station de Yala. Certaines initiatives ont été mal ressenties, comme par exemple celle, lancée par le gouvernement, pour écrire la langue malaise avec les lettres de l’alphabet thaï, au lieu d’utiliser le jawi, l’écriture traditionnelle basée sur l’arabe. L’idée n’est pas absurde, car peu de jeunes Malais musulmans maîtrisent l’écriture jawi et presque tous peuvent lire et écrire le thaï. «Cela peut permettre d’augmenter le nombre de jeunes de la région qui parlent le malais, mais je ne peux pas accepter cela, car cela revient à détruire la racine de notre langue», estime Rowsidee Lertariyapongkul, un ancien président de l’Association des jeunes musulmans de Thaïlande. Quant à la timide proposition par la Commission nationale de réconciliation en 2005 de faire du malais la “seconde langue de travail” dans le sud, elle n’a pas été appliquée, comme d’ailleurs la quasi-totalité des propositions de la Commission.

 

Un statut administratif spécial permettrait aux Malais musulmans de gérer eux mêmes leurs affaires linguistiques, éducatives et culturelles, injectant un peu de flexibilité dans la très rigide structure administrative thaïlandaise. Il permettrait aussi d’augmenter considérablement la proportion de malais musulmans au sein de l’administration locale, notamment aux échelons supérieurs – une demande déjà formulée par le leader musulman Haji Sulong en 1947.

 

L’attitude des fonctionnaires, policiers y compris, venus d’autres provinces, est l’une des causes importantes du fossé qui s’est creusé entre Malais musulmans et Thaïs bouddhistes. A plus long terme, une refonte du concept d’identité nationale thaïlandaise, étroitement basée sur la culture thaïe de la plaine centrale et le bouddhisme – incapable par conséquent d’intégrer des minorités à la culture divergente – est incontournable. Le Premier ministre Abhisit lui-même le reconnaît, tout en étant conscient des difficultés de l’entreprise. Cette question de l’identité thaïlandaise est ultra-sensible pour beaucoup de secteurs de la société et une bureaucratie pléthorique a été mise en place pour la défendre depuis les années quarante. «En Thaïlande, on peut parler des Thaïlandais d’origine chinoise, mais on ne peut pas dire les Thaïlandais d’origine malaise. Si on parle de cela, certains s’énervent. C’est pour cela qu’il est important de parler de construction nationale, des valeurs que nous avons en commun», s’indigne Voravidh Baru, sénateur de Pattani.

 

Aux yeux des milieux conservateurs, l’un des risques d’établir un statut d’autonomie pour les trois provinces du sud serait d’entraîner des demandes similaires de la part d’autres régions du pays: pourquoi, par exemple, les Thais Yuan du Nord, intégré au Siam au XVIIème siècle seulement, ne voudraient-ils pas, eux aussi, bénéficier d’une plus grande marge de manoeuvre vis à vis de l’Etat central? Qu’en diraient les Lao-Issan du Nord-Est? Une réforme politique pour octroyer un statut spécial aux trois provinces risque donc de prendre du temps. On observe toutefois des développements intéressants qui pourraient indiquer qu’une solution à la crise du Sud viendra plus du niveau local, au bas de l’échelle, que de celui de la politique nationale.

 

Ainsi, des mini-parlements, baptisés sapa churo, ont été mis en place spontanément par la population dans la quasi totalité des villages de la région. Les villageois désignent des personnalités locales, qui comprennent souvent l’imam et des leaders informels de la communauté, pour former ces conseils qui serviront d’interface avec la structure officielle de l’administration thaïlandaise: kamnan (chefs de village), conseils de sous-district… «Toutes les activités du village sont discutées devant ces mini-parlements. Quand le chef du village ou le chef du sous-district ont un projet à proposer, ils le présentent devant cette assemblée. Cela réduit considérablement les tensions», explique Rowsidee Lertariyapongkul.

 

Cette apparente réussite indique peut-être la voie à suivre. Jusqu’à présent, la voix des villageois locaux n’a pas beaucoup été prise en compte dans la formulation des politiques pour résoudre le conflit. Des politiques souvent conçues dans les bureaux des ministères de Bangkok et qui sont en décalage par rapport au terrain. «Pour nous, il est évident que la solution aux problèmes des trois provinces ne viendra pas de la politique au niveau national. Il faut que les villageois du sud eux-mêmes disent ce qu’ils désirent. Et l’Etat doit trouver des réponses à ces demandes des villageois. Si l’Etat donne des ordres: vous devez faire comme-ci, vous devez faire comme cela ; le conflit ne s’apaisera jamais. Il faut reconnaître qu’il existe un passé difficile et les habitants de la région sont très sensibles en ce qui concerne ce passé. Les villageois ont été longtemps opprimés. Aujourd’hui, il faut écouter leur voix et leur permettre de participer à la solution du conflit», conclut Patimoh Poh-itaeda-oh de Women for Peace.

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